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24 avril 2009

La rue du Château

Y a-t-il eu dans le passé un château sur le parcours de cette rue qui relie une partie du 15e arrondissement à notre 14e ? La toponymie est parfois fantaisiste et les légendes souvent, courent les rues ! Non, il n’y eut jamais de château , rue du Château …

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Son nom ne rappelle même pas un pavillon de chasse qu’aurait eu, à son voisinage, le duc du Maine (bâtard de Louis XIV), mais seulement une charmante « folie » baptisée «  Fantaisie », dont le propriétaire fut le grand ennemi de Voltaire : Fréron.. Ce dernier publia à partir de 1754 jusqu’en 1776 ses chroniques dans un recueil d’articles qui  furent édités sous le titre de : « L’Année Littéraire ». Voilà pour la petite Histoire. Il faut dire qu’au XVIIIe siècle, quelques « folies » parsemaient ces territoires voués à la chasse…  aux lapins ( voir la rue du Terrier aux lapins, notre actuelle rue Didot ) et que nous étions en dehors de l’enceinte des Fermiers Généraux, la campagne n’étant pas encore urbanisée de ce côté- là. Elle deviendra plus tard au XIXe  siècle, notre futur quartier Plaisance. Au début du XXe siècle, on note la présence d’un « phalanstère » fréquenté par les Surréalistes et qui se situait peu avant le pont des Cinq martyrs du Lycée Buffon, au numéro 53. Sans doute,  il s’agissait d’un des nombreux hôtels meublés qui dans les années 20 et 30 fleurissaient le long de cette rue populaire, commerçante et très animée, au contact de la gare Montparnasse toute proche.

Ainsi, cette rue ne peut que faire rêver le flâneur, celui dont l’âme est assez imaginative pour parcourir les vastes antichambres et pièces d’apparat d’un château fantôme qui n’a jamais existé !

23 avril 2009

l'Avenue Denfert-Rochereau

L’avenue Denfert-Rochereau, précédemment rue du même nom, et antérieurement à 1879, appelée rue d’Enfer dès 1569, pose par ses noms successifs, plusieurs énigmes historiques. Elle porta également entre autres, le nom de Chemin de Vanves… On voit mal comment elle pouvait se raccorder à l’actuelle rue Raymond Losserand (ex rue de Vanves). Mais il y a parfois des bizarreries dans la toponymie des lieux.

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Le bâtiment de l'octroi de Nicolas Ledoux

L’appellation « d’Enfer » est sujette à controverse. Il s’agissait d’une voie romaine secondaire, dite « via Inferior » d’où, par un jeu de mot involontaire « d’enfer » , voie conduisant à l’ancien château de Vauvert et à ses diables légendaires, dont le site se situait sur l’actuel jardin du Luxembourg. Mais peut-être cela relève-t-il de la simple légende car les historiens ne sont pas tous d’accord sur le sujet.

Longeant de tous temps de nombreuses communautés religieuses, cette artère fut placée en 1879 sous l’invocation militaire du colonel Denfert-Rochereau, mort en 1878, qui ne rendit Belfort avec les honneurs de la guerre qu’en 1871, qu’après quelques semaines de combat prolongeant la cessation officielle des hostilités. Ce qui permit à ce territoire de rester dans le giron de la France.

Il ne faut pas confondre l’ancienne rue d’Enfer, devenue notre avenue, avec l’ancien boulevard d ’Enfer, devenu le boulevard Raspail, lequel garde au niveau du numéro 247 un vestige de son antique appellation : le passage d’Enfer.

Quelques personnalités ont vécu avenue Denfert-Rochereau :chateaubriand-francois-rene.1191382188.jpg Chateaubriand, de 1826 à 1838 au numéro 92 (infirmerie de Marie-Thérèse) ;ledru-rollin.jpg Ledru-Rollin (ici à gauche) au numéro 81, Proudhon au numéro 83. Parcourant cette avenue, une ambiance provinciale se dégage et rappelle que ces lieux étaient au 18ème siècle empreints d’une atmosphère campagnarde et bucolique.

NDLR : documentation provenant du n° 33 de la SHA du 14ème

21 avril 2009

Oh ! la vache...

Autrefois, les vaches attendaient de voir passer le train de 8h 47 pour se mettre au travail, c’est-à-dire brouter… du trèfle ou les hautes herbes des prairies. Aujourd’hui, elles montent sur les toits, comme jadis un certain « bœuf », leur petit frère !

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Ainsi, si vous vous promenez rue Daguerre, vous verrez au-dessus de la boutique d’un fromager inspiré, sis au 5 de cette voie piétonne, une vache contempler la foule des passants de son œil languide. Notre fromager pour bien marquer l’identité originale de son commerce a disposé au niveau du premier étage de l’immeuble, la statuaire de ce bovidé au pelage éclatant de lumière. Ici, l’abondance et les fragrances de moult fromages s’entrecroisent, se marient, s’agglutinent pour créer un océan de senteurs puissantes et offrir à la narine experte et sensible que vous possédez, la vigueur chaleureuse du camembert premier, mêlée à l’arôme puissant du munster, tandis que la cancoillotte flirte avec le brie de Meaux en perspective d’épousailles éternelles.

Pendant ce temps, où vous êtes charmé par l’ambiance olfactive des lieux, notre vache paisible et sereine, convaincue de l’importance de son rôle, offre sa silhouette rassurante à nos yeux de flâneur surpris, tandis que le chaland distrait ou inculte se fait prendre au piège des parfums issus des terroirs fromagers de France et de Navarre !

Ainsi, cette vache « au balcon », si quelque peintre de talent se fut trouvé dans les alentours, eût pu devenir le modèle d’un tableau que le douanier Rousseau n’eût pas renié ; lui, qui s’entendait si bien à fixer les lignes d’une réalité «  émerveillée », et ceci sous les traits d’une dessin naÏf rehaussé d’aplats aux couleurs débarrassées de toute vibration impressionniste. Heureuse vache ! Je vous vois encore traversant les airs, propulsée par le pinceau fougueux d’un Chagall…à moins que les peintres de Barbizon eussent, eux aussi, pressenti toute la sensibilité contenue dans les courbes sinueuses de votre croupe épanouie !

Mais revenons à notre «  sujet » : la vache de la rue Daguerre. Le photographe éponyme aurait pu, lui aussi, fixer les traits de la bête ! C’eût été une belle étude à traiter pour ses premières expériences photographiques. Et là, ce bovidé élégant, mammifère ongulé, artiodactyle, nous rappelle, tout simplement que le quartier fut, il y a longtemps «  hors les murs », au-delà de la ville, et que moulins, prés fleuris, jardins et fermes peuplaient tout l’espace laissé libre alentour.

Heureux temps, où les vaches avaient leurs sabots posés en pleine terre et non sur des semelles de ciment. Elles possédaient à profusion du trèfle à brouter sur de vraies prairies naturelles. Aujourd’hui, elles montent au balcon pour mieux se faire connaître et nous voir, nous les humains, afin que nous puissions mieux apprécier la bonté de leur âme à tout jamais réfugiée dans la mélancolie de leur regard, mélancolie qui nous emporte et nous rappelle la musique d’un souvenir, quand nous étions enfants, et que nous parodions en tirant la langue, la poésie de ses paroles : meuuhh…

R.Rillot

25 mars 2009

A voir, à admirer, à préserver ... les portes du 14ème

Les quelques photos présentées ici, - voir l'album -ne se veulent pas exhaustives quant aux nombreux modèles de portes d’entrée propres à nos immeubles, haussmanniens pour nombre d’entre eux, mais elles dévoilent souvent une forte originalité dans la conception, le décor, la réalisation de ces portails parfois monumentaux mais toujours élégants par leurs proportions .

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Que de volutes sculptées, de mascarons à têtes de faune, de satyres ou de femmes, souvent accompagnés d’un décor floral abondant, très en vogue à la fin du 19e et au début du 20e siècle ! La virtuosité de ces œuvres montre une inventivité des sculpteurs de cette époque, un savoir-faire sans doute à jamais perdu de nos jours, et qui devait demander à l’artiste une parfaite maîtrise dans l’appropriation des modèles et une parfaite connaissance du matériau utilisé, en l’occurrence le calcaire grossier, susceptible de se plier à l’imagination et à la virtuosité toujours forte des artistes.

A vous de juger et d’apprécier lors de vos futures promenades dans le quartier, ce passé révolu mais toujours bien vivant. Cet héritage est à préserver , car les générations futures s’étonneront sans aucun doute du « bel ouvrage » que représentent ces portails accueillant les habitants au pied de leur immeuble.

R.R

23 mars 2009

La rue Paul Fort

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Elle n’a rien d’original, cette rue. Deux cent mètres bordés d’immeubles sans caractère. Une impression de solitude, d’abandon presque. Tout en haut, elle fait un coude qui débouche sur une ligne de crête formée par la rue de la Tombe Issoire et la pente versante de la vallée de la Bièvre, qu’empreinte l’avenue Reille. Et pourtant , le fait de porter un nom reconnu de la poésie, lui donne presque le sourire, un côté aimable, une juvénile gaîté que n’aurait pas refusé notre poète.

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Paul Fort avec Georges Brassens

Paul Fort ? Qui connaît ou se rappelle de ce poète ? Il fut pourtant très prolifique en son temps, fin 19e, début 20e siècle. Qui parle encore de ces « Ballades françaises » parus en 1897 ? L’aisance de son écriture, la prolixité de ses écrits, l’expression quotidienne de l’existence, les sujets éternels que sont l’amour, la mort, la fraternité, le bonheur simple, le rattachent spirituellement à François Villon, Verlaine, Apollinaire. Il fut le compagnon de Jarry, de L.P. Fargue et Francis Jammes.

Sa poétique se résume en une phrase : « il faut être de toutes les écoles avec conviction. Autrement dit, il ne faut être d’aucune ». Bel éloge à la liberté , à la rupture avec les formes académiques de la prosodie classique. Dès 1894, il inaugure le « vers libre », et en 1896/97, une forme nouvelle appelée prose poétique… « Un style pouvant passer au gré de son émotion, de la prose au vers, et du vers à la prose ; la prose rythmée formant la transition. Ainsi la prose rythmée et le vers libre ne deviennent qu’un instrument gradué… » C’est ce que Charles Morice appela : « le langage total ».

Au soir de sa vie, Paul Fort écrivait :

« L’amour aura le dernier mot
Quant à la mort, qu’importe :
Je suis au tombeau. Le rossignol chante »…

Un testament universel dont chacun est un peu le destinataire !

R.Rillot

21 mars 2009

21 mars, c’est le printemps !

Une magnifique Plate-bande au jardin du Luxembourg MBelin.JPG

Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s'est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.

Il n'y a bête ni oiseau
Qu'en son jargon ne chante ou crie :
" Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie. "

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie
Goutte d'argent d'orfèvrerie ;
Chacun s'habille de nouveau :
Le temps a laissé son manteau.

René Charles d’Orléans (1394 – 1465)

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches…. (Verlaine)

Allez voir le bel album de Marie Belin

17 mars 2009

Inconnus et oubliés dont les noms sont inscrits sur nos murs

Nicolas-Antoine_Taunay_Auto-retrato.jpgNicolas Taunay : De tous les éponymes de nos rues du 14ème, Nicolas Taunay est, si l'on peut dire, le plus inconnu. Il s'agit d'un peintre éminemment classique qui vécut de 1758 à 1830 et, jouissant visiblement d'une protection, fut admis à l'Académie de Peinture dès 1784, après un séjour à Rome en qualité de pensionné de Louis XVI. Rescapé de la Révolution (malgré ses accointances aristocratiques), Taunay fut membre de l'Institut. Envoyé en mission à Rio de Janeiro entre 1816 et 1824, il y participa à l'organisation d'une Académie des Beaux Arts.

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Héroisme des marins du navire Le Vengeur

Il a aussi laissé (au Louvre) des œuvres à sujet historique ou plutôt anecdotique telles que "Un ermite prêchant" et, surtout, une peu banale composition : "Jeune fille effrayée par la vue d'une ourse endormie allaitant ses deux petits" !

Jean-Noël Hallé : Né et mort à Paris – 1754 – 1822 -, Hallé est plutôt un oublié qu'un inconnu, car, ami et rival de Corvisart et médecin de Napoléon comme lui, il jouit toujours, dans le monde médical, d'une considération méritée. D'une vaste érudition, fruit d'une formation classique prodiguée par des précepteurs maîtres ès Lettres et Sciences (Latin, Grec, Mathématiques), il fut reçu docteur en médecine à l'issue de brillants examens dès 1778 et se classa au premier rang des jeunes membres de la Société Royale de Médecine. Cette nouvelle institution, sous la protection de Louis XVI et de Turgot, entendait promouvoir une médecine dégagée de l'empirisme professé par la Faculté.

Parallèlement à l'exercice de sa profession, Hallé publia de nombreux travaux sur la médecine générale et l'hygiène. Mais il assuma aussi deux autres tâches considérables : la mise à jour de la partie médicale de l'Encyclopédie de Diderot et la direction de la rédaction du "Codex medicamentarius", base encore, paraît-il, de la pharmacopée moderne.

R.-L. C

12 mars 2009

Le Lion de Belfort et le Colonel Denfert-Rochereau

Le Lion de Belfort est détenteur du record mondial de volume en sculpture animalière, dû à l'illustre Bartholdi (spécialiste des œuvres géantes).

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Le lion de Belfort, à Denfert

Il y a maintenant quelques années, il avait subi une révision complète dans une entreprise spécialisée d'Argenteuil : il s'agissait d'une restauration du squelette de fer qui sert de support à sa robe de cuivre, d'un décapage-lustrage de celle-ci et, nous a-t-on dit, d'un traitement de surface protégeant l'animal de l'oxyde de carbone et des gaz brûlés provenant de l'intense circulation automobile qui entoure en permanence le monument.

A ce propos, remarquons que cet événement parisien a révélé à la plupart de nos concitoyens que notre Lion n'était pas en bronze, mais bien en cuivre repoussé, erreur si répandue qu'elle a trompé jusqu'à l'excellent historien de Paris : Hillairet (et ses successeurs).

On sait que le Lion de Belfort parisien est la reproduction de son jumeau de Belfort, également œuvre de Bartholdi, mais d'une tout autre technique, puisqu'il a été exécuté, entre 1875 et 1880, en grès rouge des Vosges, en des proportions voisines de notre Lion (hauteur : 11m. longueur 22m). Les deux monuments ont ainsi été réalisés de façon concomitante, puisque le nôtre (construit par l'entreprise Mesureur et Monduit) a été inauguré en 1880.

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Son homologue à Belfort

Un symbole de résistance à l'oppression

Mais venons-en à la motivation profonde de ce double hommage mémorisant de façon spectaculaire et durable ( depuis 120 années !) l'extraordinaire fait d'armes que fut l'échec magistral et quasi unique de la Prusse et de ses alliés devant Belfort en 1870-1871 : l'opinion unanime y vit la revanche, certes ponctuelle, d'un baroud d'honneur, mais qui ne fut pas sans fruit, puisqu'il permit à la France de conserver Belfort lors du traité de Francfort. Ce sentiment, suscité par un fait en somme local, est bien traduit par les deux inscriptions gravées sur la tranche du socle de chacun des deux lions : - A Belfort : "Aux défenseurs de Belfort 1870- 1871" - A Paris : " A la Défense nationale 1870 – 1871".

De la sorte, le fait d'armes de Belfort est salué en la personne collective de ses auteurs sur les lieux mêmes de leur exploit. A Paris, le Lion de Belfort est devenu le symbole de la résistance des Armées de la République à l'envahisseur durant cinq mois ( de septembre 1870 à janvier 1871.)

C'est ici le lieu de dire que, malgré son nom donné à l'ex barrière d'Enfer ( par un jeu de mots facile), l'attention du public a été orientée bien plutôt sur le Lion que sur le colonel Denfert-Rochereau, qui fut le seul organisateur de la défense de la place forte, à lui confiée par le gouvernement de la Défense nationale.

Le Colonel Denfert-Rochereau

Pierre_Philippe_Denfert-Rochereau_by_Georges_Lafosse.jpgDès le 19 octobre 1870, le Colonel du Génie Pierre Philippe Denfert-Rochereau (gravure de Georges lafosse), homme d'une énergie et d'une activité extraordinaires. (Il s'était distingué en Italie, en Crimée et en Algérie), disposait d'une garnison de 16000 hommes, mais provenant de formations hétéroclites. Il les amalgama si bien qu'il en fit un corps discipliné, avec lequel il soutint le siège de Belfort durant 105 jours, après une occupation de deux semaines dans l'attente de l'ennemi.

Celui-ci était commandé par le général bavarois von Tresckow, qui n'y conquit pas son bâton de Feldmaréchal. Par d'habiles et savants travaux, Denfert-Rochereau avait interdit l'assaut de sa place forte, malgré un bombardement de 73 jours consécutifs ( 400 000 projectiles sur la ville et ses abords !). Paris avait capitulé le 28 janvier 1871, et ce n'est que le 16 février que le Colonel Denfert-Rochereau consentit, sur la demande expresse du gouvernement français - et " la place n'étant pas entamée" – à évacuer la ville et les forts.

C'est ainsi que la garnison de Belfort sortit librement de son enceinte inviolée, avec drapeaux, armes et bagages… Elle avait perdu le quart de ses effectifs ( 4745 tués ou blessés graves….)

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Et dans le cadre de l'époque

Le Colonel Denfert-Rochereau (1823 – 1878) ne bénéficia d'aucun avancement. Il devint député de Paris, rallié à Gambetta, qui avait été l'inspirateur et l'animateur de la Défense nationale en "l'Année terrible". La 3ème et la 4ème République oublièrent Denfert-Rochereau. Ce n'est que la 5ème qui, en 1979, s'avisa de l'absence d'effigie sur la place qui s'honore de son nom. On apposa alors un large médaillon du Colonel à l'avant du socle de notre Lion ( ce piédestal vient d'ailleurs d'être nettoyé.) Mais, pour aller voir la physionomie de Denfert-Rochereau et en distinguer les traits, il faut risquer sa vie. Aussi, en donnons-nous une image très ressemblante.

On a souvent dit que ce félin géant avait été tourné vers l'ouest, en 1880, pour ne pas porter atteinte aux susceptibilités germaniques. Ceux qui l'ont cru ne connaissaient pas l'usage de la boussole, car son corps est orienté plein sud…

R.L. Cottard. Ex président d'honneur de la S.H.A du 14e.

09 mars 2009

Inconnus et oubliés dont les noms sont inscrits sur les murs...

ASPIRANT DUNAND, (1920 – 1942)

Jean-Louis Dunand était le fils d'un grand artiste, le sculpteur, dinandier et laqueur Jean Dunand ( 1873 – 1942), dont l'atelier était situé au N° 72 de la rue Hallé. Jean-Louis était élève-officier à l'Ecole de Saumur et il avait 22 ans quand il tomba pour la France, le 20 juin 1940, à la tête de la Section qu'il commandait, devant Saumur. Il faisait partie, avec ses camarades de l'Ecole de Cavalerie et ceux de l'Ecole d'Infanterie de Saint-Maixent, de la petite troupe de garçons qui avaient accepté de sacrifier leur jeune vie de vingt années – et qui parvinrent à interdire, durant deux mortelles journées, le passage de la Loire, à l'ennemi.

L'Aspirant Dunand fut titulaire à titre posthume de la Médaille militaire, et son nom a été donné au square – jusqu'alors anonyme – jouxtant le marché entre nos rues Brézin et Mouton-Duvernet, ainsi qu'à la piscine située derrière ce square. Dans ce square, un cèdre du Liban planté le 12 avril 1996, rend hommage à Khalil Gibran (1883-1931), poète et peintre libanais.

N.B. : Si étonnant que cela paraisse, la mention "Aspirant Dunand" est absente de la dernière édition de la "Nomenclature officielle des Voies publiques et privées" de Paris (mars 1997), de même que des mises à jour au 27/08/98. Les plaques officielles, elles, sont bien en place.

CECILE-CHARLOTTE FURTADO-HEINE

Héritière de plusieurs familles de grands banquiers européens, Mme Furtado-Heine (1821 – 1896) fut certainement l'une des plus généreuses figures de la philanthropie du XIX°siècle en France.

Pour nous borner ici à notre 14ème, elle consacra plusieurs millions de francs-or à la création  d'un grand et très moderne dispensaire, prototype européen de ce genre d'établissement. Celui-ci subsista chez nous, rue Delbet, durant près d'un siècle; démoli voici déjà plusieurs années, il n'en demeure que le porche monumental, qui vit passer tant d'humanité souffrante. Etendant son intérêt à notre commune-mère, le Grand-Montrouge, Mme Furtado-Heine la dota d'une crèche qui rendit les plus grands services aux familles ouvrières. Les ateliers pour le travail des aveugles furent une autre de ses créations. Au surplus, d'un esprit parfaitement œcuménique, cette grande dame subventionnait aussi bien la construction d'une chapelle que d'une synagogue.  Elle a sa rue proche de son dispensaire disparu  et fut l'une des premières femmes Officiers de la Légion d'honneur.

Pour répondre à une question : Mme Furtado-Heine était de nationalité française et passa en France – son séjour de prédilection - la grande majorité de sa vie.

27 février 2009

les rues de nos quartiers

Sophie GERMAIN (1776 – 1831)

sophiegermain.jpg« Mathématicienne française », dit sobrement la plaque de la rue du 14ème qui a été dédiée à cette très savante personne, rarissime exemple féminin dans la branche ardue où elle s’illustra. Il est d’ailleurs étonnant de constater que le mouvement féministe ne la revendiqua jamais au nombre de ses précurseurs. Dès le début du XIXème siècle, elle correspondait avec les plus éminents mathématiciens français et étrangers, les Le Gendre, Gauss, Lagrange. Les travaux du physicien Chladni orientèrent Sophie Germain vers l’étude théorique des vibrations des lames élastiques, auxquelles elle consacra trois mémoires, travail qui fut couronné par le prix des sciences mathématiques de l’Académie des Sciences. Mais elle contribua largement par d’autres mémoires à l’étude de la théorie des nombres. sophie2Germain.jpgEn arithmétique (certes non élémentaire !), elle aurait (d’après l’Encyclopaedia universalis) réalisé la démonstration du célèbre « grand théorème de Fermat ». La seule image que nous ayons de cette « femme de chiffres » est une médaille à sa mémoire sur l’avers de laquelle elle est qualifiée de « philosophe ». Elle y offre un agréable profil gauche et un romantique casque de cheveux à coques et rouleaux…Il y a également un buste.

20 février 2009

la rue des Thermopyles ou les graffitis dans la cité

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Lorsque les murs dessinent des rivières arc-en-ciel, que le ruisseau retient les pleurs d'un enfant, la rue affiche son cœur courant d'air et le ciel  chante en solo la romance de la pluie.

A cœur-volant, un peuple d'ombres écrit des histoires, et le livre ouvert du vent raconte le poème imaginaire de la ville.

Alors, les pavés brûlent dans la jungle des cris, et les larmes sèchent sur le fil du désamour.

Alors, la rue respire comme un chant de bleuets. Chaque gosse porte à sa bouche ensoleillée le sang rouge d'une rose émerveillée.

La rue devient une forêt d'aquarelles, où mille étoiles rassemblent les épis du jour, où mille soleils enflamment les carrefours, tandis que mille regards s'envolent, papillons incandescents dans l'incendie mourant du soir.

R. Rillot

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07 février 2009

Promenades plaisantes de Plaisance

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29 janvier 2009

Les Atlantes

Le passant distrait qui ne lève jamais la tête, ne pense pas un seul instant à la position inconfortable des deux Atlantes du 20bis de la rue d'Alésia. Ceux-là ne bronchent, ne faiblissent ni ne murmurent. Seuls, les habitants des étages leurs sont reconnaissants, car sans eux, ils ne retrouveraient peut-être pas leur logis. Mais écoutons les confidences de ces mystérieux Atlantes.

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"Nos épaules sont lasses, nos muscles meurtris, nos vertèbres écrasées, nos os brisés et nos cervelles asphyxiées. Nous sommes des esclaves. Parfois, il nous vient à l'esprit de tout laisser tomber… mais que diraient les propriétaires ? Alors nous continuons silencieux à contenir notre souffrance au cœur de la pierre. Passants, n'entendez-vous pas nos cris? Soyez compatissants, faites-nous un petit sourire en passant."

Ce que je fis immédiatement, et ils m'en remercièrent par un clin d'œil !

R. Rillot

20 janvier 2009

la rue Froidevaux

Cette rue, située à la limite du quartier Montparnasse, fut jusqu’en 1896, appelée : la rue du Champ-d’Asile.

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Il s’agissait d’une ancienne voie de la commune de Montrouge, dont le territoire s’étendait au nord jusqu’au boulevard Edgar Quinet actuel. Son  existence fut bien antérieure à la création de l’actuel cimetière Montparnasse réalisée en 1824. En fait, le « Champ d’Asile »  n’était que le premier et fort ancien cimetière, celui des Frères de la Charité, qui possédaient en ces lieux, des terrains de culture sur lesquels ils inhumaient leurs défunts –(secteur sud-ouest de l’actuel cimetière  dans lequel on trouve encore les restes d’un moulin…) En 1896, la Ville de Paris donna à cette rue, le nom du Lieutenant-Colonel des sapeurs-pompiers Froidevaux ( 1827 – 1892) mort en combattant l’incendie d’une manufacture située au 67 boulevard de Charonne.

maryse bastie.jpgIl faut signaler par ailleurs, que la grande aviatrice Maryse Bastié ( 1898 – 1852) repose au cimetière Montparnasse ( 6e division, en bordure de l’allée principale). Elle a habité au N° 23 de cette même rue.

Egalement, Marcel Duchamp, peintre et joueur d'échec professionnel, habita au 37 de la rue Froidevaux.

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R.R. – N.D.L.R. Documentation extraite de la Revue N° 33 de la S.H.A. du 14e .

02 janvier 2009

la rue de la Gaité

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Si cette rue, célèbre entre toutes par les nombreux théâtres et music-halls qui la composent, n’a que trois cent mètres de longueur, elle remplit bien son rôle de dispenser de nombreux spectacles, où le rire, la comédie,  font bon ménage avec le drame «  pour rire ». Après l’annexion de 1860 de ce quartier « hors les barrières », le premier plan officiel du « Nouveau Paris », nous la montre plus longue, puisqu’elle se poursuivait sur le tracé de la rue Vandamme, jusqu’à la rue du Château dans le 15e arrondissement.  En effet, dès la fin du XVIIe siècle, ce simple chemin conduisait directement à l’actuelle commune de Clamart. On signale sa présence sur le plan dit de Roussel ( 1730).  Sous Napoléon Ier, son appellation était donnée pour le «  chemin du Montparnasse », et ce n’est que vers 1830 qu’elle reçut le nom de rue de la Gaité, nom particulièrement insolite lorsqu’on sait qu’elle est parallèle au mur la séparant du cimetière Montparnasse, qui avait été inauguré en 1824 !…

Cette nouvelle appellation était due à l’environnement particulièrement festif qui animait les alentours. De nombreux restaurants, guinguettes, bals, cabarets, foisonnaient en ces lieux où la campagne, à l’époque, jouxtait les barrières de l’octroi, et où les marchandises de toute sorte ne payaient pas les taxes d’entrée dans le Paris d’alors.  C’était la banlieue de l’époque. Bientôt, sous le Second Empire, de nombreux théâtres s’installèrent ici. Le seul qui existât antérieurement était le Théâtre Montparnasse (depuis 1819), bien que la salle actuelle du dit théâtre n’eût été édifiée qu’en 1886. Signalons que le regretté Bobino ne datait que de 1868… mais qu’il a été entièrement reconstruite depuis.

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 Aujourd’hui, l’activité des théâtres continue de prospérer en ces lieux un peu mythiques, mais toujours bien vivants. On peut regretter seulement que l’installation un peu provocatrice, ces dernières années, de « sex-shops » ne ternisse la « gaieté » naturelle et de bon aloi qui animait ces lieux  depuis le  XIXe siècle. Gageons que la renaissance de cette rue dans l’avenir, puisse pérenniser pour le plus grand nombre, la rencontre du rire avec la comédie, que dispensent pour un public toujours fidèle, les « planches » d’un théâtre populaire de qualité.

 R.R  -  N.D.L.R.  Documentation extraite du N° 33 de la Revue de la S.H.A du 14e

22 décembre 2008

La rue du Moulin-vert

 

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Cette rue nous rattache au passé lointain où le territoire du « Petit-Montrouge » était couvert jusqu’au XVIIIe siècle, de nombreux moulins qui drainaient les moissons venant de la Beauce et des territoires de la campagne immédiate. Rappelons que sur notre territoire, il existait la rue du Moulin-de-Beurre qui a disparu lors des travaux de rénovation de Plaisance. Il existe encore aujourd’hui, dans ce même quartier la rue du Moulin-de-la-Vierge…

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La rue du Moulin vert dans sa partie pietonne ou l'outrance écologiste: une rue résidentielle avec potelets, sans commerces , sans voitures, et qui ne conduit pas d'un point à un autre n'est  qu'un désert.
Dès le début du XVIIIe siècle les plans de l’époque montrent la rue du Moulin-vert, partant de la chaussée du Maine, sous le nom de chemin des Bœufs, pour gagner le chemin de Plantes, (l’actuelle rue) ; puis sous le nom de passage de la Chaumière, qui rejoignait le sentier du Terrier-aux-Lapins, notre rue Didot actuelle. On peut remarquer que, dans la seconde partie du tracé défini ci-dessus, on trouve encore un étranglement où de très vieilles maisons indiquent les vestiges caractéristiques de l’ancien passage. Quant à la partie de la rue comprise entre la rue Didot et la rue de Gergovie, celle-ci  ne date que de 1882, bien qu’elle reprenne le tracé d’un petit chemin ou passage antérieur. Dans les années 80 du 19e siècle , a été bâti du côté des numéros impairs, un triple ensemble immobilier assez monumental. On peut signaler également que fut fondé au N° 92, à la veille de la guerre de 1914, la troupe des Eclaireurs de France.

Rêvons un peu : le moulin disparu, fut remplacé par un cabaret qui fut célèbre dans la première moitié du XIX° siècle. Ainsi, le « cœur des villes change plus vite que le cœur des humains »…

R.R. – N.D.L.R. Documentation extraite du numéro 33 de la S.H.A. du 14e.

10 décembre 2008

Les rues de nos quartiers, la rue Friant

Cette voie est le vestige d’un ancien chemin qui, prenant son origine sur l’avenue de Châtillon (aujourd’hui Jean Moulin), se dirigeait vers le Grand-Montrouge.

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Sa première appellation fut celle de la rue du Pot-au-lait, nom antérieur de la voie en question, mais nullement le premier qui lui fut donné. En effet, cette rue s’appelait précédemment : avenue du Grand Montrouge. Plus loin encore dans le temps, il s'agissait de l’avenue de Montrouge et du Chemin du château. Ce château n’était autre, sous Louis XIII que celui du duc de Vitry (« exécuteur » de Concini maréchal de France). La voie remonte donc bien avant le 17ème siècle et probablement même au 16ème siècle. Ainsi, elle existait dans son intégralité sous la forme de notre rue Friant, de l’avenue de la Porte de Montrouge dans le 14ème, et de l’avenue de la République sur la commune de Montrouge. Son tracé sinueux révèle bien un ancien chemin de terre. L’appellation ancienne de « la rue du Pot-au-lait » fait allusion aux laitières qui venaient livrer sur Paris, le lait des fermes de Montrouge, Bagneux et Châtillon ; cela se passait bien avant la construction du périphérique…

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Vue du pont sur la petite ceinture, avant les jardins partagés

Quant au nom du général comte (d’empire) Louis Friant, cette rue reçut son nom en 1864. Ce général survécut à la période révolutionnaire et à l’épopée napoléonienne jusqu’en 1815, bien qu’ayant pris part à de nombreuses batailles. Il mourut septuagénaire en 1829.

R.R. -  Documentation extraite du n° 33 de la Revue d’Histoire du 14ème ardt.

05 décembre 2008

Augusto Severo et Georges Saché ( suite)

Dans un précédent article, nous avions relaté le terrible accident survenu le 12 mai 1902 au dirigeable construit et piloté par Auguste Severo. Quel était ce personnage ?   Sa profession était journaliste mais il était aussi député du Brésil, compatriote de Santos-Dumont. Il suit les traces de ce dernier et construit dans le parc aéronautique de Vaugirard un dirigeable.

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Hangar à dirigeables construit dans les Ateliers Lachambre, fabricants de ballon, à Vaugirard. Financé par Augusto Sévero, pour son dirigeable « Pax »

Convaincu et apôtre de la paix universelle, il baptise son celui-ci  le «  Pax ». L’aéronef qu’il construit est un ballon ellipsoïdal cubant 2.000 mètres cubes environ et mesure 30 mètres de long sur 12 mètres de diamètre. Les hélices propulsives sont placées dans l’axe même du ballon, une troisième dite compensatrice étant posée à l’arrière de la nacelle pour contre-balancer par sa force de propulsion, la résistance de l’air. La direction est obtenue à l’aide de deux gouvernails formés d’hélices horizontales tournant dans des tambours. L’ensemble est rattaché par des armatures en bambou à une nacelle qui supporte deux moteurs Buchet d’une force de 40 chevaux (embryons des moteurs Hispano-Suiza de 650 chevaux de notre moderne « Arc-en-ciel » que pilota Mermoz en 1933 et 1934.

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Le dirigeable Pax, vu par Hergé, père de Tintin

 

L’accident survenu au dirigeable de Severo est dû, sans doute à  l’inflammation spontanée au contact des tubes d’échappement, de masses gazeuses échappées brusquement de l’enveloppe, soit automatiquement, soit par suite d’un tirage fébrile exercé de la nacelle, et précipitées sur le moteur incandescent… Les experts en envisagèrent d’autres : un échauffement excessif des organes de transmissions du mouvement aux hélices de propulsion, placées trop près du bâti de la nacelle, ou bien une dilatation anormale des gaz, conséquence du mauvais fonctionnement des soupapes.

Nous étions à l’époque, aux premiers balbutiements de l’aviation et des « plus légers que l’air ». Aussi,  malgré leur échec dramatique, Severo et Saché  figurent aujourd’hui sur les plaques de nos rues, et plus spécialement dans notre XIV°, puisqu’il y a bientôt107 ans déjà, ils perdirent la vie, lors d’un vol unique et fatal, en s’écrasant en flammes sur la chaussée du Maine, une avenue emblématique de nos quartiers.

R.R. N.D.L.R. Documentation extraite du N° 36 de la Revue d’Histoire du 14e.

 

26 novembre 2008

Auguste Severo et Georges Saché

Deux rues du 14e arrondissement portent les noms de ces deux personnages , qui pour la plupart d’entre nous n’éveillent aucun souvenir. Et pourtant … Ils furent victimes tous deux d’une accident survenu à leur aérostat au début du 20e siècle et  cela se passa avenue du Maine. Rappelons les faits.

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Avant le décollage, Severo au centre, Saché à droite et Santos Dumont, encore peu connu, à gauche

Le 12 mai 1902, au petit matin, le dirigeable « Pax » effectua un court vol d’essai entre Vaugirard et le terrain de manœuvre d’Issy-les-Moulineaux. Le Brésilien Severo et son mécanicien Saché étaient à bord.

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Le décollage

Arrivé à 5h 42 au-dessus du carrefour Maine-Gaîté-Vercingétorix, l’aérostat prenait feu et s’écrasait sur le trottoir . Les deux hommes furent tués sur le coup.

Une plaque commémorative fut apposée en 1913 sur l’immeuble du n° 79 de l’avenue du Maine, mais depuis la rénovation urbaine de ce secteur et la construction d’un nouvel immeuble à cet endroit, aucune plaque n’indique l’épisode de cette tragédie. Mais deux rues de notre arrondissement portent les noms de ces deux héros.

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L'avenue du Maine après la catastrophe; les débris de la carcasse barrent l'avenue

Elles sont situées tout près de la rue des Plantes, à son début, à partir de l’avenue du Maine. Nous relaterons ultérieurement et plus en détail, les circonstances de ce vol qui, avec bien d’autres, marquèrent les débuts parfois tragiques, des « plus légers que l’air » et de l’aviation en général .

N.D.L.R. Documentation extraite du N° 36 de la Revue  d’Histoire du 14e arrondissement du 14e.

06 novembre 2008

Le cinéma "le Mistral", ou les avatars d'un lieu (II)

Nous avons, dans un précédent article (voir l'article), assisté à la naissance d’un théâtre de quartier : « le Théâtre de Montrouge ». Nous reprenons notre récit lorsque la direction de Paul Didier, marque un ralentissement certain de ses activités.

En mai 1905, un nouveau directeur entre en scène : Henri Beinex. Un grand changement dans la programmation apparaît alors. D’un théâtre de quartier, Beinex veut en faire un théâtre moderne et même d’avant-garde. La transformation est immédiate. Un public élégant fréquente la nouvelle salle. Une certaine Clotilde Marigaux, dite Christiane Mendeleys (1873-1957) fait les belles heures de la scène. Elle a fait la connaissance de wague_georges.jpgGeorges Wague et devient son épouse et sa collaboratrice. Elle a déjà pratiqué son art aux « Veillées artistiques de Plaisance » chez le père Brocatin, brocanteur –artiste de l’avenue du Maine…

Christiane Mendeleys est, dit la presse spécialisée : « Un bouton de rose enveloppé dans un lambeau d’azur céleste » ! (sic). Les spectacles présentés se terminent toujours par une pantomime : « L’amour s’envole », joué par cette même Christiane Mendeleys qui reçoit alors un franc succès.

Beinex prend le risque d’accueillir une pièce d’un écrivain anarchisant, Georges Darien, connu surtout par ses œuvres de romancier : « Bas les cœurs » « Biribi », « Le voleur » (cette dernière œuvre fut adapté par Louis Malle en 1967).

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Le 6 mars 1907 a lieu la première de « La toilette » de Darien, en collaboration avec l’acteur Mévisto. Arrêtons-nous un instant sur ce « Mévisto ». Il était un acteur-type du Théâtre Libre d’Antoine,  surnommé « l’assassin », car il interprétait fréquemment des rôles de mauvais garçons. Il assura un temps, avec Beinex, la direction artistique du théâtre, mais les innovations de Beinex ne sont pas suivies par le public qui boude les spectacles. Aussi, les recettes diminuent-elles et le théâtre est mis en liquidation par jugement le 10 juin 1907.

Nous verrons dans un prochain chapitre la transformation du théâtre de Montrouge en un cinéma et ceci pour la période allant de 1911 à 1922. ( à suivre)

R.R. Documentation extraite du n°45 de la Revue d’Histoire du 14ème ardt.

05 novembre 2008

Promenade de ruche en ruche dans les 13ème -14ème arrondissements : samedi 8 novembre à 14h

Simon-Pierre Delorme, apiculteur parisien (si, si, ça existe), conduira cette promenade de ruche en ruche du parc Kellermann au quartier Alésia –Montsouris.

Sur inscription au 01 43 28 47 63, du lundi au vendredi.

20 août 2008

les rues de nos quartiers: la rue Nansouty

4970e9fabb8f7fec587096971fed8260.jpgLa rue Nansouty..., Cette artère au sud de notre arrondissement, débute au niveau de l'avenue Reille, pour s'arrêter  au niveau de la rue Deutsch de la Meurthe qui est son proplongement naturel. Cette rue est plutôt déserte, car elle longe le Parc Montsouris et est bordée en général d'immeubles  dits "bourgeois" sinon cossus. De l'entrée à l'extrêmité de la rue règne la sensation d'une certaine forme de discipline architecturale, homogène et agréable à regarder. Une petite remarque  : au niveau du numéro 6 débute une rue privée,
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très tranquille, "villageoise" et qui est bordée de jolis pavillons, genre maisons de ville. La promenade y est exquise pour l'enchantement quasi provincial que l'on y découvre, et ceci en plein Paris...
8dcc60bc1e32e07fa6b442d99940abde.jpgMais qu'en est-il du personnage qui porte le nom de Nansouty ? Il s'agit d'un militaire : Etienne, Marie, Antoine, comte de Nansouty, né en mai 1768 à Bordeaux. Il était aristocrate. Il mourut relativement jeune en dévrier 1815, soit à 47 ans. Sa personnalité était complexe, dit-on : estimé pour son honnêteté, mais il fut contesté pour son détestable état d'esprit... On le disait goguenard, moqueur, porté à envoyer des "vannes". Son côté ex-gentilhomme exaspérait ses collègues!
On doit savoir qu'il fut élève de l'école de Brienne, (comme Napoléon), puis cadet-gentilhomme à l'Ecole militaire de Paris en 1782. En 1792, il est colonel dans l'armée révolutionnaire, puis sous les ordres de Ney, à l'armée du Rhin... Il passe dans la cavalerie du général Lecourbe. Ses supérieurs l'estiment à juste titre : "il fut un officier plein de mérites et d'intelligence, ami de l'ordre et de la discipline". Excellent officier en somme, et d'une grande intégrité, ce qui est rare à l'époque !
En 1803, il est nommé Chambellan de l'Impératrice ! On le retrouve à Austermitz et à Eylau. En 1808, il est promu premier écuyer de Napoléon... Plus tard, on le retrouve en Espagne, en Bavière, à Ratisbonne. Il participe aux batailles d'Eckmühl, d'Essling et de Wagram. En Russie, il sert sous Murat. Blessé à la Moskowa, il commande la cavalerie de la Garde Impériale. Lors de la rertaite de Russie, il participe aux combats de Dresde et de Leipzig...
Mais Napoléon vaincu, il se rallit sans vergogne aux Bourbons, trahissant ainsi l'Emperuer, comme jadis il avait trahi sa caste, la noblesse...
 En définitive, il fut un opportuniste... sorte de caméléon de l'art militaire et de la politique, changeant de robe selon la nature des événements. Curieux personnage en vérité.
R.R. 
 
N.D.L.R  Ces informations sont tirées du numéro 48 de la S.H.A.du 14e -

18 août 2008

Le 15 août au Mont Souris

Si Paris est un désert le 15 août, le flâneur, lui, devient explorateur, découvreur de terres nouvelles. D’habitude, l’œil pressé les néglige. Ainsi, le quartier du Mont Souris et son parc éponyme, s’arrangent-ils pour offrir au promeneur à cette date, une palette de nouvelles visions et sensations inconnues jusqu’alors.

Sans doute, le silence y est pour quelque chose. Car Paris, aujourd’hui, est plongé dans l’atmosphère que l’on perçoit lors de la descente dans une crypte de cathédrale. Vos pas, dont l’écho rebondit de façade en façade, vous rappellent que vous êtes seul, vraiment seul, en remontant les rues Beaunier, Paul Fort ou Lacaze . Lentement, vous arrivez en haut du carrefour, là où la rue de la Tombe Issoire rencontre la place Jules Hénaffe, et où les réservoirs de la Vanne imposent leur masse comme celle d’un château féodal. Au-dessus, le ciel apparaît libre, tout à fait dégagé des immeubles qui, jusqu’ici l’emprisonnaient dans les couloirs étroits et sombres que faisaient les rues déjà précitées.

Ainsi, à partir de ce carrefour, la longue descente de l’avenue Reille, suit la pente que fait le versant de la vallée de la Bièvre. Elle vous emmène aux abords du parc, à l’entrée donnant sur l’avenue du président Coty. Ca y est, vous êtes soudain devant un tableau de Hubert Robert. De hauts arbres déploient leur chevelure, une vaste pelouse repose vos yeux, la campagne semble s’être introduite dans la ville. Et si vous remontez l’allée latérale à la rue Nansouty, vous arriverez à la lisière de la porte d’Arcueil. Ici, un lieu-dit : «  les Grandes Bornes »,  marquait autrefois l’altitude la plus haute de la rive gauche de Paris, soit 80 mètres. L’aqueduc de la Vanne y débouche. De ce lieu, le panorama devait être immense, il y a quelques millénaires, puisqu’il surplombait la vaste cuvette de la Seine, et cela menait le regard vers son centre situé à plus de cinq kilomètres, ainsi que vers les collines de Montmartre et de Ménilmontant. Aujourd’hui la vue est bouchée ! Il faut se contenter d’un peu d’imagination…

Mais revenons à l’entré du parc, côté nord où nous étions arrivés. Si vous dirigez votre regard vers le sud, vous serez accueilli par une statuaire : « La Paix  armée », statuaire posée sur une colonne très classique et qui jure une peu en ce lieu dédié à la nature. L’œuvre est de Jules Contan. Mais la vraie paix, vous l’appréciez d’une autre manière, car à cette heure matinale, vous êtes ce promeneur « solitaire », cher à Jean-Jacques !

Maintenant, si vous dirigez vos pas  plus avant, il y a quelques années, vous auriez rencontré la copie du palais du bey de Tunis réalisée pour l’Exposition universelle de 1867. Mais  ce palais fut rasé après qu’ un incendie ne le détruisît sans espoir de le voir reconstruit. Toujours dans la périphérie de ce lieu, à quelques pas, et dans le prolongement  de l’axe fait par l‘Observatoire de Paris, la mire du méridien de Paris, érigée en 1806, sous Napoléon, se dresse, blessée dans sa chair, car les avatars de l’Histoire ont fait que le nom de l’Empereur fut effacé sous la Restauration.

Nos découvertes ne s’arrêtent pas là. Orientez votre promenade vers le lac, situé en contrebas de la ligne du R.E.R. que vous franchirez par un pont, tout près de la station  « Cité Universitaire ». Dans l’intervalle vous aurez rencontré une cascade de « poupée » qui vous aura dispensé sa fraîcheurs tout en vous éclaboussant d’un brouillard de gouttelettes. Et sur le lac, vous rencontrerez canards, bernaches, poules d’eau et peut-être un cygne…

Votre visite se terminera peut-être en faisant un salut à « Guignol » où des rires d’enfant se feront entendre. Votre visite aura duré une heure, ou plus. Cette promenade arrive à son terme. Vous vous sentez bien, le ciel est pommelé de petits nuages. Le 15 août à Paris a l’innocence d’un premier jour. Les pigeons du parc vaquent à leurs occupations. Un parfum de bonheur simple s’élève de la tapisserie du gazon – un peu fatigué - .Vous rentrez chez vous, apaisé, détendu. Votre cœur chante un peu plus fort, un peu plus vite, à l’unisson d’une matinée qui fut comme un chant d’oiseau.

R.R

16 août 2008

Le Square Gaston Baty

Parcs et Jardins de notre XIV° (suite)

 Ce square est intéressant par sa position au cœur d’un vieux village de barrières, à l’extérieur du mur des Fermiers Généraux. Sa forme triangulaire est pour le moins curieuse.

L’emplacement de ce jardin apparaît sur le plan de Sagansan, « ingénieur géographe de Napoléon III » en 1861, entre la rue du Maine ( qui débouche au 45 de l’avenue du Maine et les rues Charlot et Jolivet).

En 1864, la rue Charlot reçut le nom du mathématicien Poinsot. Jusqu’à la Grande Guerre, le triangle a très probablement supporté des maisons de faubourg et plutôt des masures. Ce n’est qu’en 1948 qu’un square avec grilles apparaît sur le plan monumental Paris à vol d’oiseau. Il faudra attendre le milieu des années 70 pour qu’un nom soit enfin donné au square, celui prestigieux de Gaston Baty (1885 – 1952), appellation pour une fois en situation puisque cette homme de théâtre dirigea de 1930 à 1942 le théâtre Montparnasse.

Le square a été doté d’une statue en pied du peintre Chaïn Soutine (1894 – 1943), exécutée seulement en 1963 par Arbit Blatas, qui donne une image tragique mais grand artiste, celui-ci étant enterré au cimetière Montparnasse.

Cet endroit de Paris donne à la fois une vision archaïque des anciens faubourgs et peut apparaître à certains comme possédant une atmosphère romantique.

R.R. Documentation extraite du n° 44 de la Revue de la S.H.A. du 14ème.

14 août 2008

La petite place

 

La place Flora Tristan possède le charme des placettes de village. Trois énormes platanes égaient de leurs frondaisons les maisons alentour. On se croirait presque en Provence, pour peu que le soleil joue à cache-cache avec l’ombre et la lumière diffusées sur les façades. Oui, en Provence, car la place le soir est animée. La terrasse de « L’imprévu » est pleine de monde. Les gens sirotent leur apéritif, d’autres dînent sur les tables disposées en plein air. On entend la cascade des voix ruisseler sous la lumière des lampadaires. Les convives s’animent et l’on sent dans l’air, cette forme de gaieté qui s’apparente à l’insouciance. Les visages sont détendus et l’on pourrait imaginer que la fête au village puisse commencer si d’aventure, un accordéon ou une guitare se glissait au milieu de cette petite foule, attentive à déguster des instants de bonheur simple et innocent.

A l’écart, sur un banc, un homme jeune regarde la scène. Il semble perdu dans ses pensées. Qu’évoque pour lui cette petite assemblée ? Celle-ci est réunie, comme autrefois les Anciens se retrouvaient en nos campagnes autour de quelques tables de bistrot, afin de discuter des affaires du jour. « Le bon vieux temps » va-t-on dire. Cela est un cliché mais un cliché qui ce soir, a du sens.

Cependant, aujourd’hui en plein Paris, au cœur du 14ème, il s’agit seulement de quelques habitants du quartier qui sans doute, traduisent leur amitié entre générations, par des éclats de rire, des voix  un peu fortes accompagnées de gestes plus amples, et ma foi, l’illusion est parfaite : je suis en Provence, au seuil de la nuit. La lune accompagne la scène de son regard un peu jaloux et toujours mélancolique. Je m’éloigne sur la pointe des pieds pour ne pas déranger tous ces gens heureux.

La place Flora Tristan en cette soirée d’été, a fait ma conquête.

 

R. R.

12 août 2008

Parcs et jardins de notre XIV°

Notre arrondissement est parsemé d’espaces verts plus ou moins importants. Nous allons essayer de les repérer. Ils offrent au passant des havres de paix, parfois de silence et ils nous font oublier la pollution tenace de nos quartiers.

 Le premier à avoir été ouvert est le square Ferdinand Brunot d’une superficie de 3 943 m2. Il fut ouvert en 1862, donc sous le Second Empire. A l’époque le maire du 14ème était Dareau qui exerça ses fonctions de 1860à 1866.

Anciennement appelé square de Montrouge, il est l’un des 24 squares parisiens aménagés au Second Empire par Alphand et  que Napoléon III offrit sur sa cassette personnelle. Depuis 1947, il est dédié à Ferdinand Brunot, grammairien, historien de la langue française et maire du 14e de 1910 à 1919. Parmi les arbres et arbustes qui l’agrémentent, signalons un arbre de Judée planté en 1996 en hommage à Y. Rabin, Prix Nobel de la Paix. Il est ornée de trois sculptures : un buste de la République, un groupe «  aux mères du XIV° arrondissement », et la « femmes assise » datant respectivement de 1881 –1951- 1969 qui sont autant de témoins de leur époque.

Passons au square de l’abbé Migne d’une superficie de 1518 m2 et qui fut ouvert en 1880. Quatre espaces verts entourent la place Denfert-Rochereau. Ils correspondent à l’emplacement de la barrière d’Enfer du mur des Fermiers généraux. Ce sont les squares de l’abbé Migne, Claude Nicolas Ledoux, Jacques Antoine, Georges Lamarque. Le premier est dédié à l’abbé Migne, théologien, éditeur, imprimeur. Ses ateliers situés près de l’église Saint-Pierre employaient 600 personnes environ et furent anéantis par un incendie en 1868. Du monument initial dédié à Charlet, il ne reste plus que sa stèle dénudée.

Une prochaine étude nous fera découvrir d’autres espaces verts de notre 14ème .

R.R -  Documentation extraite du numéro 47 édité par la S.H.A du 14e.

 

02 août 2008

Un clocher sous haute surveillance...



Vous titubez… votre regard se trouble… malaise… vertige… hallucination ? Une étrange apparition vous éblouit, et vue de la Porte d’Orléans, la métamorphose de l’église Saint-Pierre-de-Montrouge vous apparaît, comme étant un objet étrange venu d’ailleurs.

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Que se passe-t-il donc ? Vue d’ici, à plus de 500 mètre de la porte, emmaillotée, ficelée, serrée en de disgracieuses toiles grises, la silhouette de l’église s’apparente plus à celle d’une fusée posée sur son aire de départ au Cap Canaveral et prête pour un décollage imminent, qu’au traditionnel clocher d’une église construite au XIXe siècle, à l’un des carrefours les plus encombrés de la capitale.

Les projets de tours que nous concocte la municipalité parisienne, ne seraient-ils pas déjà en train de se réaliser dans le quartier du Petit-Montrouge, et cela sous le manteau ? Les Mystères de Paris seraient-ils toujours vivants ? Serait-ce là le ver dans le fruit ? Méfions-nous des camouflages…

En fait de camouflage, le mirage qui nous concerne n’est qu’une apparence. Il s’agit bien là de la réhabilitation du clocher et de son porche qui en ont bien besoin. Des panneaux explicatifs et les équipes d’ouvriers qui s’affairent autour du grand malade sont là pour le prouver. En fait, nous sommes les témoins d’un « lifting » devenu nécessaire après que la pollution et les années passées eussent dégradé les pierres et que la foudre tombée sur le sommet en juin 2006, n’ait eu raison de la croix qui s’y trouvait.

Deux années de travaux sont annoncées pour le rajeunissement de Saint-Pierre. Alors, une peau toute nouvelle lui aura donné un visage sans ride, sans vergiture, sans verrue, et les cloches elles-mêmes, en cours de réhabilitation sous le ciel de Normandie, pourront à nouveau après leur retour, délivrer leurs notes cristallines afin que nos oreilles et nos âmes puissent se sentir émues par l’Angélus du soir.

R.R

28 juillet 2008

Deux rues de nos quartiers

La  période des vacances est propice à découvrir quelques aspects de nos rues.  Ainsi, nous emprunterons aujourd’hui un itinéraire qui nous conduira dans les parages de la rue Daguerre, vers son extrême limite située en haut de l’avenue du Maine. Voici la rue Cels . Cette rue  fait déjà partie du quartier Montparnasse. Orientée nord-ouest – sud-est, elle est longue de 158 m et est large de 10m et a été ouverte en 1850 sur les terrains de Jacques-Martin Cels, dont elle prit le nom, honorant ainsi une  grande famille d’horticulteurs. Jacques Marin Cels est né à Versailles en 1743. Il obtiendra l’emploi de receveur d’octroi à la barrière Saint-Jacques ; sa charge lui laissant des loisirs, il les occupera à cultiver des fleurs, puis créera une pépinière d’arbres d’origine étrangère. Il deviendra inspecteur général des pépinières, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort en 1832, atteint par le choléra… Ses fils continueront son œuvre et se spécialiseront dans les plantes exotiques et orientales.

Cette rue modeste par sa longueur apparaît intéressante par la présence  d’un hôtel : l’hôtel Mistral, au 24 de cette même rue . Cet immeuble, qui fait l’angle avec la rue Auguste-Mie, abrita pendant la dernière guerre, et  à plusieurs reprises, deux hôtes importants : Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. Une plaque commémorative sur la façade de l’immeuble indique leur passage à cet endroit.

Continuons notre promenade par la rue Fermat  toute proche de la précédente. Cette rue longue de 108m. s’appelait autrefois  « Rue neuve de la Pépinière » ( Cels). Elle fut ouverte en 1864, et relie actuellement la rue Daguerre à la rue Froidevaux. Elle prit le nom de Fermat ( probablement à cause de la proximité de l’Observatoire). Pierre Fermat était mathématicien, il était né à Beaumont-de-Lomagne (Gascogne) en 1601 et est décédé à Castres en 1665. Il est le précurseur dans divers domaines : calcul différentiel – géométrie analytique et par correspondance avec son ami Pascal sur le calcul des probabilités. Il est l’auteur du fameux théorème concernant la théorie des nombres et d’un principe général de l’optique géométrique. Il a été conseiller au Parlement de Toulouse et eut la première idée du calcul infinitésimal… Tout un programme !

Cette rue garde encore un certain nombre de maison de faubourg centenaires et d’ateliers d’artistes et d’artisans. Le passage Fermat qui débouchait autrefois après le n° 2 a totalement disparu. Le début de ce passage existe encore rue Froidevaux mais est fermé par une grille.

En attendant de nouvelles découvertes et promenades, bonnes vacances à tous !

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R.R.  Documentation extraite du numéro 47 de la Revue des la S.H.A. du 14e ardt.

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11 juin 2008

Le passage Joanès

4cf88a5b714bc6bb5f694b891810a08f.jpgUn corridor ? Une sorte de sas ? Entre la rue Didot et la rue Joanès, ce passage presque invisible pour l'oeil distrait, s’est trouvé blotti entre deux murs aveugles. C’est un couloir si étroit qu’aucun trottoir n’a pu être prévu. Seul, végète ici un petit immeuble isolé et en retrait, une sorte d’île en pleine mer, une île de silence. En ce lieu, aucune rumeur ne passe et ne parvient à faire éclore le moindre soupçon de vie. Il n’y a rien à voir. On passe et cela suffit. De chaque côté, des murs aveugles, des murs-remparts qui n’offrent que leur ombre à tout regard. Et l’ombre protège l’étranger qui chercherait à sonder les flancs muets de cette quasi forteresse. On souhaiterait que des arbalètrières s’ouvrent sur le ciel, que la lumière traverse l’espace clos de ce boyau, que le rire d’un enfant s’échappe et fleurisse les quelques mousses humides que le pavé luisant déchiffre.

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Mais non, le vide, la vacuité, le non-être s’arrangent pour tenir en haleine le passant jeté dans le désarroi d’une attente insupportable et l’ événement qui ne surgira jamais.  Soudain, une sorte d’angoisse rampante surgit dans l’air, dans la reptation lente d’une quelconque limace. Le promeneur obtiendrait-il un sursis pour surseoir à sa déception vaine ?

Le passage Joanès intrigue par l’incongruité de sa présence en ce point particulier de Paris. Trait d’union ou de rupture ? La rue Didot, flamboyante par ses lumières et pimpante de ses commerces, se refuse à combler le fossé qu’a creusé l’intrus au sein d’un quartier animé et populaire. Deux univers parallèles, deux continents en vis-à-vis. Un océan invisible les sépare. L’union est impossible, le divorce est permanent.

Alors, toi le passant somnambule qui empruntera le passage Joanès, fais attention que le filet de l’imaginaire ne t’étouffe, au milieu du gué, là, où la raison est sans domicile fixe, là où le hasard fantastique parle à voix basse dans la nuit de tes songes, une nuit où le regard blafard d’une lune livide et muette, cisèle la passementerie de quelques rêves insolites...

Toi le flâneur, amoureux des impasses et des cours secrètes, des jardins dérobés, des énigmes du faubourg, des portes cochère que verrouillent les mystères de la ville, ne traverse pas le passage Joanès, qu’en évoquant la protection de la Providence, afin que les issues ne se referment sur tes épaules. Rappelle-toi qu’il y a des lieux  éloignés de toute lumière, où le soleil n’a jamais réussi à placer son empire.

R.R

22 mai 2008

Vu du pont

Le parapet du pont, avenue Jean Moulin est tout entier festonné de mousses et de lichens ; dentelles que le vent et le soleil ont déposé là, au bord du vide, afin que les yeux du passant fixent l’écriture révélant les premiers souffles de la vie. Ce pont surplombe la voie du chemin de fer de Petite Ceinture. De là, en regardant vers l’est, et longeant la rue de Coulmiers, la profonde tranchée en contrebas attire quelques plantes téméraires qui s’accrochent en amateurs d’escalade. La voie ferrée, dans sa plus grande configuration, se présente sous un piteux état. Les traverses délitées malmenées par les assauts de la pluie et du temps, sont devenues peu à peu les vertèbres dénudées d’un animal antédiluvien. Surgit alors, de façon spontanée, l’image d’un squelette, témoin insolite offrant ses blessures en sacrifice, au regard d’un soleil  indifférent,  qui dans la nudité et l’apparence d’une dépouille abandonnée, reste le témoin silencieux du passé, au cœur de la chair vivante de la ville.

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De l’autre côté du pont, on entend le chant aigu d’un oiseau invisible. Il est là, caché parmi l’effondrement de branches cassées qui pourrissent dans le labyrinthe chaotique d’herbes et d’arbrisseaux enchevêtrés. Instant insolite. L’oiseau partage son empire avec le brouhaha incessant que font les voitures glissant plus haut sur la chaussée.

Je me penche par dessus le parapet. J’aperçois la voie du chemin de fer. Les rails, se souviennent-ils encore du dernier chuintement d’essieux que des wagons tintinnabulants faisaient ? La rouille a posé d’un doigt protecteur son ultime vernis sur l’acier inerte, figé dans une pose hiératique. Voit-elle, la nuit, s’engouffrer dans la chambre humide du prochain tunnel, le fantôme d’un train sans voyageurs ? Et que dire des ultimes volutes de fumée des locomotives ? Ne déposent-elles pas encore leurs escarbilles sur les quelques fils téléphoniques, abandonnés çà et là, dans le fossé tout proche ?

Vers l’ouest, et longeant la rue Auguste Caïn, on voit le long du talus, des arbres foudroyés qui achèvent d’expirer, tandis que le lierre monte à l’assaut des robiniers qui suffoquent dans la crispation d’une mortelle étreinte.

Tiens ! un chat… Il attend, il surveille, peut-être l’oiseau qui chantait tout à l’heure. Voilà un autre chat. Ils se tiennent à distance. Ensemble, ils jouent le rôle de sentinelle auprès d’une citadelle abandonnée et tiennent sans doute le registre de leurs chasses nocturnes : souris, mulots, oiseaux. Dans leur langage de chats, comparent-ils l’importance de leurs proies à l’aune de leur appétit ?

Vu du pont de l’avenue, le chemin de fer de Petite Ceinture est une sorte de cimetière au destin incertain, dont les âmes errantes courraient après le dernier train fantôme, celui qui passe aux stations sans s’arrêter, un train qui poursuivrait son voyage éternel, vers un terminus silencieux et invisible, celui du temps…

J’achève ici mon voyage, en prenant garde de ne pas laisser mes bagages sur le quai. Quelque voyageur égaré dans le futur pourrait en disposer et profiter de ma présence invisible pour se souvenir que dans un passé lointain, je suivais la voie d’un chemin de fer, devenu aujourd’hui parfaitement imaginaire.    

R. Rillot