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29 avril 2007

Film : L’ami de la famille, de Paolo Sorrentino

medium_amifamille1.jpgLa Voix l’a vu en avant-première pour vous dans le cadre de Avantpremieres.org, créé par l’ami Pierre Vallet. Il sortira le 2 Mai dans les salles. C’est le dernier film de Paolo Sorrentino, qui concourra pour la Palme d’or à Cannes, comme l’avait fait son précédent film « Les conséquences de l’amour » en 2004, mais qui était rentré bredouille.

Le héros, bien qu’il soit bien difficile de le qualifier ainsi, est un vieil usurier, affreux, laid, d’une avarice sordide. Il a un rapport morbide avec l’argent et avec les femmes. Ses clients, dans une situation infernale, viennent lui faire une cour éhontée et se font plumer. Par flagornerie, ils l’appellent l’ami de la famille, celui qu’on vient voir quand on est pris à la gorge. Il vit seul avec sa mère grabataire tout aussi noire.

Il a compris, comme le lui avait d’ailleurs dit son père qu’il n’était fait que  pour les petits coups, qui l’ont d’ailleurs monstrueusement enrichi.

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Malheureusement pour lui, son attraction maladive pour les femmes va le faire tomber dans un piège gros comme une maison, et croyant faire le gros coup, il va se ruiner, malgré les appels à la prudence de sa mère.

Vous l’avez compris, on nage dans le sordide. Paolo Sorrentino fait dans le pessimisme glauque et noir. D’ailleurs, présent lors de cette avant première, à la question : « Tout le monde, n’est pas aussi horrible. Quelle est la part de fiction ? », il a répondu : « Rien, tout peut être réel. »

Sortie le 2 Mai 

Avec Giacomo Rizzo, Fabrizio Bentivoglio, Laura Chiatti

A.C. 

13 avril 2007

Le come-back, un film de Mark Lawrence

medium_comeback1.jpgDestin mélancolique, même s’il l’accepte avec flegme,  que celui d’Alex Fletcher, chanteur pop naguère triomphant, aujourd’hui oublié au profit de son ancien partenaire. Désormais, il se cantonne aux foires et aux parcs d’attractions.

Subitement, une singulière "dea-ex-machina" se manifeste sous l’aspect juvénile de Haley Bennett, alias Cora Corman, vedette en expansion, qui réclame au has been une chanson d’amour.

Il n’y a qu’un détail qui coince. Le chef d’œuvre doit être prêt dans un délai de trois jours. Or, Alex, excellent musicien, n’est pas un as de la création littéraire.

La fortune, ou chance, joue toujours un rôle prépondérant dans les comédies romantiques. Le défi à relever, pour les scénaristes, consiste généralement à masquer son apparition sous les dehors les plus inattendus possibles. Ici la révélation passe par les plantes et emprunte les traits émouvants de Drew Barrymore.

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Inutile d’en dévoiler davantage : l’histoire est du reste assez prévisible, car elle a déjà été racontée cent fois sous d’autres formes. On retrouve dans le film de Mark Lawrence l’atmosphère pétillante des comédies musicales, où s’illustrèrent jadis Ginger Rogers et Fred Astaire. L’irruption de la pop music et de l’humour britannique – car le film est truffé de mots d’auteur hautement réjouissants – dans un schéma convenu mais toujours efficace, fonctionne parfaitement.

Une touche de satire, un brin de nostalgie, donnent tout son sel à la romance. Elle est fort bien servie par les comédiens, aucun second rôle n’étant sacrifié au couple vedette. Hugh Grant, un peu vieilli, exploite son créneau habituel de séducteur-sans-le-faire-exprès avec un soupçon d’autodérision qui lui va bien.

Josée Cathala

Le come back, un film de Mark Lawrence, avec Hugh Grant, Drew Barrymore, Jason Antoon, Emma Lesser, Haley Bennett.

02 avril 2007

« Une vérité qui dérange » à l’Entrepôt

l’Entrepôt, 7-9 rue Francis de Pressensé75014

medium_veritequiderange1.jpgSi vous voulez compléter votre information sur l’effet de serre et le réchauffement climatique vous pouvez aller au cinéma l’Entrepôt voir ce documentaire «  une vérité qui dérange »qui y est diffusé régulièrement. (Horaire des séances à consulter dans un programme de spectacles)

Le réalisateur Davis Guggenheim donne la parole à l'ancien vice-président des Etats-Unis et candidat malheureux à la Présidence en 2000 : Al Gore. Celui-ci s'est lancé depuis des années dans une lutte contre le réchauffement de la planète et dans un plaidoyer pour l'adoption de technologies et sources d'énergie alternatives. C’est une conférence très claire illustrée de beaux reportages.

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Al Gore dénonce des faits alarmants, mais sans jamais culpabiliser l'auditoire afin de lui faire prendre conscience du danger qui plane sur notre planète. Cette démarche positive permet de réfléchir utilement et de susciter les initiatives pour faire des économies d’énergie.

M. G.

en VO :

Jeu, Dim, Lun : 17:40, Ven, Mar : 13:40, Sam : 15:40

28 mars 2007

Ensemble, c'est tout, un film de Claude Berri

medium_ensemblectout1.jpgSans en avoir l'air, ce film plein de gaîté et de fraîcheur, nous dévoile toutes les difficultés survenues entre quatre personnages que les hasards de la vie ont fait se rencontrer. Partager une vie commune, vivre ensemble, cela n'est pas une sinécure, tant les caractères et les tempéraments peuvent s'affronter dans la vie quotidienne. Mais ce film nous dévoile aussi toute la tendresse et la générosité qui sont cachées en chacun de nous, et qui au fil de l'histoire se révèlent à maintes reprises.

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Audrey Tautou y est particulièrement touchante par son naturel presque enfantin, sa gentillesse et sa fraîcheur innées. Guillaume Canet se forge une identité plus abrupte et contemporaine mais il camoufle à peine une sensibilité à fleur de peau. Quant à Laurent Stocker, très "vieille France", il est l'élément plein de fantaisie décalée qui donne à ses rapports avec autrui une coloration "lunaire" et irréelle. Françoise Bertin est l'aïeule qui nous offre un visage plein de bonté, de nostalgie et d'abandon face à la sollicitude aimante de son petit-fils, et ceci en dépit d'une solitude assumée.

Un film qui pose sur les sentiments humains des couleurs rafraîchissantes et printanières.
                                                                                                                                                           R.R.

27 mars 2007

Ciné-ma Différence: S.O.S.Fantomes

Chassez les fantômes avec Ciné-ma Différence !
Dimanche 1er AVRIL 2007 à 11 heures

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au Cinéma Majestic Passy
18 rue de Passy, Paris 16ème
Entrée 4€
Métro Passy / Parking en face du cinéma

La séance suivante aura lieu samedi 28 avril à 11h à l'Entrepôt (14ème) :
L'Apaema organise des séances bimensuelles de cinéma ouvertes à tous mais destinées en priorité à des enfants, des jeunes ou des adultes handicapés mentaux, autistes ou polyhandicapés. L'objectif est de "profiter comme tout le monde de la possibilité d'aller à une séance de cinéma dans sa ville avec son enfant/son parent [et] pouvoir exprimer son plaisir, son intérêt, son inquiétude, son ennui, par des mouvements, des paroles, des bruits... sans déclencher regards furibonds et remarques désagréables", et de se familiariser avec le cadre et les usages d'une salle de spectacle. 

S.O.S  FANTOMES (Ghostbusters)  en VF
Réalisateur : Ivan Reitman, 1984
avec Bill Murray, Dan Aykroyd, Harold Ramis, Sigourney Weaver, Rick Moranis, Annie Potts
Film américain

Genre : Comédie
Durée : 1h 50mn

Infos et programmes sur le site Internet : www.cinemadifference.com ou au 06 24 78 57 25.

 

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Ciné-ma Différence
Tél : 06 24 78 57 25
www.cinemadifference.com
contact@cinemadifference.com
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Catherine Morhange
Présidente de Ciné-ma Différence
Vice-présidente de l'Apaema
Tel : 06 16 90 76 58
catherine.morhange@cinemadifference.com
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19 mars 2007

Film : La vie des autres, de Florian Henckel Von Donnersmarck

 medium_viedesautres1.jpg avec Sebastian Koch, Martina Gedeck    
Berlin Est, 1984. Georg Dreyman est un auteur dramatique, bien en cour dans les cercles communistes. Sa compagne, Christa-Maria Sieland, est une comédienne reconnue. Le ministre de la culture demande à Anton Grubitz, un officier de la Stasi, la police politique du régime, de surveiller l’écrivain qu’il soupçonne de sensibilité aux idées venues de l’Ouest. En réalité, le ministre cherche à écarter Dreyman, dont il convoite la femme... L’officier truffe l’appartement du couple de micros, sa vie privée est écoutée, épiée, violée, 24 heures sur 24. Mais à travers ses écoutes, le lieutenant colonel Grubitz découvre les tourments, les hésitations de l’écrivain, la trahison de Christa-Maria, la duplicité de son supérieur...
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Ce film remarquable et talentueux de Florian Henckel Von Donnersmarck, jeune cinéaste allemand touche juste, et fort. Il y a dans “La vie des autres” l’Histoire, l’amour, le courage de certains et la lâcheté des autres, une réflexion sur la dictature, la liberté, et un chemin vers la rédemption. Les acteurs y sont tous excellents, et l’auteur a su transcrire l’atmosphère lourde et grise des pays de l’Est, tandis que la marmite bouillonne déjà.
    Gérard Desmedt      

12 mars 2007

ODETTE TOULEMONDE Film d’Eric-Emmanuel Schmitt

Critique à deux voix!

(Pour)

medium_toulemonde1.jpgOui, j'ai aimé ce film! Il dépeint une famille pas si démodée que ça : un logement étroit pour 3, 4, voire 5 personnes, la mère, géniale Catherine Frot a un petit boulot de vendeuse, complété par un travail  ''à la pièce'' fait régulièrement tous les soirs, (agencer des plumes pour des spectacles de cabaret), une fille sans charme, très mal dans sa peau, et un fils, coiffeur à l’heureux caractère, mais qui amène chaque jour un nouveau garçon dans son lit ...La mère donne le ton car elle est fantaisiste, philosophe, sensible, courageuse...On s'attache à cette femme qui décolle de la vie quotidienne au bas mot, qui s'enthousiasme pour des romans, qui chante et danse tout en faisant ses tâches pourtant peu gratifiantes dans cet appartement minuscule. Oui, ce film est à la gloire des femmes seules qui doivent assumer leurs enfants tout en travaillant. Arrive dans sa vie le ténébreux écrivain (Albert Dupontel) de ses romans chéris...mais il ne fait pas le poids à côté d'elle. Cette actrice joue décidément très juste et a beaucoup d'humour, on rit ! Je ne nie pas qu'il y ait quelques clichés...mais tout compte fait, c'est assez normal de s'envoler dans la nuit sur un croissant de lune, avec un amoureux...

B.B. 

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(Contre)

Ce sont plutôt de bonnes choses qui restent de cette femme romanesque qu'est Odette. Sauf que c'est Catherine Frot et que l'on ne croit pas vraiment à son côté inculture de midinette. Alors bien sûr, en fleur bleue amoureuse de son auteur préféré, elle est merveilleuse mais c'est encore un rôle de composition. On pense à la sœur provinciale des  « Sœurs ennemies », à la femme décidée de « Mon petit doigt m‘a dit » et on n‘y croit pas énormément à la femme heureuse d'un rien, qui chante et danse en écoutant des disques de Joséphine Baker, c'est un peu trop rétro. Comment s’identifier à ce personnage équilibré et inébranlable (voir sa réaction très distancée face à la femme battue). Sa vie n’est pas facile pourtant entre le nouveau copain de son fils homosexuel et l’ancien copain de sa fille, toujours affalé devant la télé; mais pour elle, tout va bien. En fait, Odette n’a rien à voir avec vous et moi, c’est une sainte. D’ailleurs, tous les jours, dans ses déplacements invariables, elle fait la rencontre de Jésus. Pas étonnée du tout, elle lui lance à chaque fois un affectueux « ça va Jésus »? Le pauvre Jésus semble en mauvaise passe…

Et lorsqu’elle voit l’homme qu’elle aime repartir vers son foyer et que son cœur lâche, elle s’allonge près de Jésus agonisant. On eût aimé que le film s’arrêtât là, mais un réalisateur incapable de résister à la bluette la fait ressusciter et convoler? Pour le coup, on y croit moins ! On peut trouver la fin lourde et convenue. Dommage.

M-J.C.

05 mars 2007

Michou d'Auber

film français de Thomas Gilou et Messaoud Hattou.

medium_michou1.jpgVoici un film où l'émotivité est forte sans être ridicule, où les bons sentiments ont le goût de l'honnêteté. Cela se passe en 1960, en pleine guerre d'Algérie. Un enfant kabyle est laissé à la DDASS par son père dont la femme est mourante, avec son frère aîné. L'enfant, Messaoud, est pris dans une famille vivant en pleine campagne française, le Berry ; lui est un ancien militaire traumatisé par la guerre d'Indochine, elle est femme au foyer n'ayant pas pu avoir d'enfant.

Toute l'histoire porte sur l'intégration de cet enfant " arabe " dans un milieu particulièrement hostile, enfant que l'on fait appeler " Michel " ou Michou pour les intimes, qui va au catéchisme après avoir dû s'efforcer de ne plus parler d'Allah. Le film est touchant par l'amour que développent ces parents adoptifs, amour qui grandit en passant les barrières des a priori, des idées toutes faites, grâce en grande partie à l'extrême intelligence vive et aimante de Messaoud-Michel.

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Son frère, placé dans une famille plus frustre se montrera vite rebelle. Mais ce qui donne un relief tout particulier au film est le contexte politique de la guerre d'Algérie. Les blessures morales des soldats rentrés, l'action des membres de l'OAS, le racisme affiché, crée une ambiance générale tendue pendant qu'à Paris se multiplient les émeutes.

Et pourtant, chaque personnage du film est le témoin de la complexité humaine, des multiples facettes de toute personnalité qui font que ce n'est pas si simple que cela le racisme ou la différence…Comme le dit le père adoptif à un moment donné, après avoir été reçu -à contrecœur- comme un prince par une famille fêtant l'Aïd, " c'est quoi être arabe ou ne pas être arabe, c'est un peu plus d'un côté, un peu moins de l'autre, et puis çà change quoi…rien pour l'Autre, là-haut " (de mémoire). Les comédiens sont magnifiques et très convaincants. 

                                                                                                                                                 Isabelle Loutrel 

03 mars 2007

L’italien

medium_italien1.jpgDe nos jours, dans la campagne enneigée de la Russie , un couple d’Italiens vient choisir pour adoption un enfant recueilli dans un orphelinat avec un grand nombre d’autres malheureux perdus ou abandonnés .Aussitôt leur choix fait, en attendant que les papiers soient remplis, l’enfant devient pour ses camarades dépités «  l’Italien ».

 Nous avions entendu parler de ces orphelins de Russie et le talent du réalisateur nous les fait rencontrer et suivre au long de leurs journées communautaires remplies de violence, car dans cette société close, la loi du plus fort est sans pitié, mais surtout d’attente . Qui viendra? Des parents potentiels pour ces enfants ?Ou leur mère, prise de remord?

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Ce qui force l’admiration , dans ce film,,outre le jeu fascinant du jeune Vania ( Kolia Spiridonov), c’est le parti pris du réalisateur, Andrei  Kravchuk de jouer la sobriété de ton. Le malheur des enfants n’est jamais souligné, il est suggéré. Les personnages des adultes responsables de cette « Institution » particulière sont remarquablement saisis, dans leur avidité de gain et leur lâcheté. Mais c’est compter sans l’ingéniosité et l’héroïsme de Vania, parfaite figure de  résilience, qui a décidé, lui, qu’il avait droit au bonheur. Une merveilleuse leçon de ténacité et de liberté.

MJC 

 

 

19 février 2007

La Môme

 medium_Lamome.jpgEnfant du "Paname populaire", aujourd'hui bien lointain, cette "Môme", qu'Olivier Dahan ressuscite, est riche en images fortes. Le pavé de Belleville, les cabarets, le monde interlope du milieu croisent l'ascension de la chanteuse découvrant New-York et l'Amérique, les galas à l'Olympia, mais aussi les amours tumultueuses, la descente aux enfers par l'alcool, et enfin la déchéance…

Marion Cotillard est impressionnante de vérité. Elle s'incarne et incarne l'âme et le physique de Piaf. Elle apporte une troublante copie à l'image sans retouche de l 'original, tandis que le montage du film avec ses flash-back incessants donne au film un rythme haletant, parfois brouillon mais toujours puissant.

La tentation de donner à l'ensemble une vision mélodramatique est certaine, et on aurait apprécié de voir plus marquée l'importance de certains personnages secondaires, ceux-ci n'apparaissant qu'en filigrane, sans doute pour ne pas affaiblir l'icône flamboyante de la star.

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Ce film est une biographie attachante qui renforce l'image vivante du mythe d'une vedette toujours éternelle, et dont la chanson était sa seule raison de vivre.

                                                                                                                                                                                                               R.Rillot  

 

 

31 janvier 2007

« Je vais bien, ne t’en fais pas » de Philippe Lioret

medium_18649422.jpgDans la sélection des nominations pour l’attribution des Césars, ce film est particulièrement émouvant. Vous pouvez encore le voir dans les cinémas d’art et d’essai tels que le Denfert ou l’Entrepôt.

Lili (18ans) revient de vacances. Elle s’inquiète de l’absence de son frère jumeau, Loïc, ses parents lui répondent de manière très évasive. Elle apprend seulement qu’il est parti à la suite d’une dispute avec son père. Commence l’attente de plus en plus désespérée de Lili qui se laisse mourir jusqu’au moment où elle reçoit un mot de lui qui la tire de sa dépression. Elle quitte le domicile de ses parents où l’ambiance est de plus en plus lourde et triste. Elle devient caissière et part à la recherche de Loïc pendant les week-ends.

Le film décrit avec une très grande justesse cette quête angoissée, et l’inertie apparente des parents dont on découvre peu à peu la souffrance insurmontable et l’impuissance totale à expliquer la situation à leur fille et à lui apporter le soutien qu’elle attend d’eux.

Les relations entre les parents et les enfants, au moment où ceux-ci deviennent adultes et où l’amour qu’ils éprouvent les uns pour les autres n’arrive plus à se dire, sont admirablement rendues grâce à une mise en scène dépouillée et au jeu des acteurs toujours retenu : un regard, un dos plus voûté  de Kad Mérad expriment sa solitude, sa culpabilité. Isabelle Renauld incarne parfaitement, la mère, totalement déchirée. Mélanie Laurent, Lili, est tout à la fois charmante et émouvante, elle passe de la révolte au désespoir avec une grande sincérité. Toutefois le scénario, bâti à partir d’un roman d’Olivier Adam, comporte des invraisemblances gênantes qui affaiblissent un peu cette description si fine et attachante d’une famille en plein désarroi.

Monique Garrigue

28 janvier 2007

Le grand silence: interview du réalisateur

La Voix vous a récemment présente le film Le Grand Silence, tourné à la Grande Chartreuse par Philip Gröning, seul cameraman, sans éclairage artificiel, sans équipe technique et en respectant l'obligation de silence.Philip Gröning est allemand mais s'exprime en français.

Le site internet des jeunes chrétiens inXL6 a réalisé une interview du réalisateur, qui apporte un grand éclairage à son oeuvre. Interview que vous pouvez lire en cliquant sur le lien suivant: Interview de PH.Gröning

05 janvier 2007

Le grand silence

Une longue file d’attente sur le trottoir devant le cinéma l’Arlequin, rue de Rennes. Une assistance attentive dans un silence quasi religieux. Elle marque sa satisfaction par des applaudissements à la fin de la projection.

Pas d’action, pas de musique, simplement les bruits de la vie de tous les jours dans ce monastère de la Grande Chartreuse. Un cadre exceptionnel au flanc de la montagne dans le Vercors. On devine que la vie doit être rude sous ce climat. On entre dans ce monastère en hiver, quand la neige a tout recouvert. La caméra s’introduit partout, voit tout, d’abord le moine agenouillé à son prie-dieu. Elle insiste pour nous dire qu’il passe de longues heures en contemplation. Puis ce sont les occupations, sans éclat, de la vie de ce solitaire, dans ce cadre si rustique: lectures, repas, préparation de la provision de bois pour l’hiver. Ce sont aussi les temps de vie commune, à la chapelle, au réfectoire le dimanche, à la promenade une fois par semaine.

L’ambiance vous saisit. On redécouvre les vertus du silence, la poésie que recèle les choses les plus simples : le spectacle changeant de la nature selon les saisons, le bruit de la pluie qui tombe, le vent agitant la forêt… On se prend à penser que l’agitation perpétuelle de notre monde nous a, semble-t-il, entraînés dans une course folle qui nous a rendus aveugles sur les beautés ordinaires de ce monde.

Le spectateur brûle du désir de connaître le secret de ces hommes qui ont choisi de vivre une vie si différente de la nôtre. Les voici, au plein de l’écran, l’un après l’autre. Leur regard intense, plusieurs secondes durant nous pénètre : beaux visages pacifiés dont on envie la profondeur !

Un beau film à voir. Ce n’est pas ce qu’on présente d’ordinaire au cinéma. Un film qui nous incite à faire retour sur nous-mêmes, à redécouvrir le sens de la transcendance, la profondeur des choses.

fr Bernard M.

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16 novembre 2006

Désaccord parfait

Une comédie sentimentale

medium_desaccord.jpgL'humour anglais  joint à celui de l'esprit français, donne à ce film une tonalité particulière. Lorsque Alice d'Abanville (Charlotte Rampling) doit remettre au cinéaste Louis Ruinart (Jean Rochefort) le "Batar" d'honneur pour son œuvre, on entre tout de suite dans un univers où fleurissent les petites phrases assassines, les rancoeurs en tout genre, les répliques vachardes accompagnées de banderilles bien placées.

Autrefois, Alice et Louis ont vécu une grande passion, voici de cela trente ans. Puis ils se sont séparés. Aujourd'hui, les règlements de compte alimentent l'acidité de leurs propos, et montrent que les plaies du passé ne sont pas toutes refermées. Mais au delà de ce nouveau face à face, les sources de la tendresse ne sont pas taries. Gestes et paroles révèlent l'âme de chaque personnalité dans une possible et probable réconciliation qui serait à venir, mais qui pour l'instant est bien fragile et aléatoire. A ce stade, le film semble vouloir donner raison à un certain, sinon désenchantement, du moins détachement de chacun, face à l'ambivalence des sentiments.

Dès  le début, un cocktail savoureux et décalé se met alors en place, illustrant les situations, où la fantaisie, le burlesque l'emportent sur le comique convenu ; cocktail soutenu par l'ironie et les sarcasmes d'Alice dont l'image s'oppose à celle de Louis, celle-ci un brin surréaliste, déjantée, en un mot poétique.

Le spectateur retrouvera ici, tant dans les dialogues que dans les situations, le schéma traditionnel de la comédie sentimentale, celle à laquelle nos parents, nos grands-parents adhéraient sans réserve. A vous d'en évaluer le juste équilibre.

On pourra regretter cependant qu'Antoine de Caunes n'ait pas cru devoir prolonger au delà des premières scènes le rythme tonique des premières images, et rendre ainsi les séquences suivantes plus dynamiques. Par moment, on s'assoupit… Dommage.

R. R.

06 novembre 2006

The Queen, ou la fragilité du pouvoir

medium_the_queen.jpgLa mort accidentelle de Lady Diana, survenue le 31 août 1997, et qui bouleversa autant le peuple anglais que de nombreux admirateurs dans le monde entier, a permis à Stephen Frears de montrer avec délicatesse et beaucoup de tact, que derrière le "mur" du pouvoir, l'être humain, qu'il soit Reine d'Angleterre ou Président d'une nation, peut être, face à la raison d'Etat, sujet aux atermoiements, aux hésitations dans les décisions à prendre, et cela devant une opinion publique, plus encline à exprimer ses émotions immédiates, qu'à privilégier les impératifs de la raison.

L'enjeu est ici autant sentimental que politique, car la monarchie britannique, lors de cet événement improbable, a failli perdre sa crédibilité. Elisabeth II, interprétée d'une manière géniale par Helen Mirren, est au centre d'un conflit à la fois d'ordre privé et politique, où Tony Blair joue finement sa carrière.

L'émotion est toujours présente dans ce film. Partagée entre les conventions d'une éducation rigide, passéiste et les élans du cœur, Elisabeth finira par accepter d'aller au devant de ses sujets afin de partager avec eux, leur chagrin et ainsi retrouver in fine, auprès de la nation britannique le prestige d'une monarchie malmenée dans ses fondements.

Ce film est une belle réalisation qui oriente notre réflexion sur les réalités du pouvoir, ses faiblesses, ses incertitudes, mais aussi sur le charisme d'une reine désireuse de retrouver l'affection de son peuple.



                                                                                                                                                          R. Rillot

 

21 octobre 2006

Cinéma: le Diable s'habille en Prada

medium_18668316.jpgExperte dans l’art de distiller les pires horreurs sans jamais élever la voix, elle instaure un tel climat, que nul parmi les subordonnés qu’elle martyrise n’ose avoir l’idée qu’il serait peut-être plus heureux ailleurs. Mieux encore : tous sont persuadés de vivre dans cet enfer velouté les meilleurs moments de leur carrière professionnelle. C’est là tout l’art du diable, surtout vêtu de Prada, et arborant le physique angélique de Meryl Streep, actrice magique s’il en est.

Dans cet univers si admirablement calibré, surgit soudain une jeune apprentie journaliste au sourire innocent, qui porte des vêtements achetés en solde et n’a jamais ouvert Runway de sa vie. L’insolente brigue le poste d’assistante, et en est encore à croire que sa valeur personnelle va lui ouvrir des portes.

Or, le démon, qui dans son arrogance n’aime pas être défié, va s’employer à la dévorer toute crue, de son pull-over à son petit ami. Il n’y arrivera pas entièrement, car Miranda, qui l’incarne, se révèle malencontreusement humaine. Et c’est là d’ailleurs que le film achoppe. Dès lors que l’on quitte le registre fantasmatique, il cesse de séduire, et Miranda perd tout attrait, pour devenir une minable qui court après le pouvoir. Finalement, la satire égare beaucoup de sa virulence au fur et à mesure que s’écoule le récit. Quant à la description de l’univers de la mode, elle sent un peu trop la complaisance.

Reste la composition de Meryl Streep, à qui l’ingénue Anne Hathaway renvoie fort joliment la balle. Suave et glacée, discrètement corruptrice – surveillez ses expressions dans la scène de la voiture – la comédienne déroule dans ce rôle tous les fastes de son talent. Une mention aussi pour Emily Blunt, peste attachante et victime rageuse.

Un film de David Frankel, avec Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt.

Josée Cathala

05 octobre 2006

" Le vent se lève " de Ken Loach, palme d'or 2006

medium_18649233.jpgAu cours de la première guerre mondiale, un traité est signé dans l'urgence entre le nouveau gouvernement irlandais et le roi d'Angleterre. Ce traité maintient le pouvoir anglais en Irlande du Nord. Une partie des combatants de la jeune république acceptent le traité et doit se retourner contre ceux de leurs frères d'armes passés à la lutte armée clandestine pour la libération totale du pays. Un film âpre et fort qui joue de situations extrêmes voire inhumaines pour le salut supérieur du groupe. L'individu lui est sacrifié. La politique telle qu'on ne la connaît plus en Europe! Les scènes de violence truffent ce film pour le situer dans la vérité de ce que fut le combat et ce qu'était la barbarie de l'occupant anglais . L'actualité nous rappelle que la guerre est toujours laide et sale. Ames sensibles s'abstenir.

Marie-Josée Carita

30 septembre 2006

Cinéma: Little Miss Sunshine, l'heure de vérité!

Si vous désespérez d'arriver  à guérir de votre ras le bol de films et séries américaines, avec violences, machoires crispées et dialogues stéréotypés, vous pouvez peut-être essayer la méthode du contre-feu. Vous savez, on allume un feu en avant du feu qui progresse, et l'incendie s'arrête, faute de combustible, parce qu'il rencontre du terrain déjà brûlé. Pour ça, allez donc voir un autre film américain, My little shunshine.Vous y rencontrerez une autre Amérique, celle de l'intérieur, Albuquerque en l'occurence, qui vit comme elle peut, comme nous. Une famille américaine, à commencer par la mère (Toni Collette) medium_toni_collette.jpgqui soutient tout, son mari pas très futé, inventeur d'une méthode de réussite imparable mais dont personne ne veut, son beau-père cocaïnomane, gueulard et anar, son fils retranché dans son silence et enfin sa fille d'une dizaine d'années, la seule qui croit dans la fameuse méthode et veut gagner avec un prix de danse et beauté en Californie, little miss Shunshine. Et lui tombe dessus son frère gay, plaqué et suicidaire, spécialiste de Proust. Tout ce beau monde, s'empile dans le tas de ferraille qui fait office de véhicule familial, et traverse le désert pour aller au concours. Après beaucoup de péripéties, ils y parviennent, et y trouvent une effrayante et débile caricature de l'Amérique qui gagne. Et là, en plus du fossé qui les sépare de cette Amérique, ils héritent du testament du grand-père en forme de règlement de compte avec la civilisation américaine, révèlé  par sa chère petite fille à son insu.

medium_little_shun_reunion_fam.jpg
Ce portrait au vitriol, signé Jonathan Dayton et Valerie Faris, est supposé basé sur un rythme soutenu et  un enchainement de gags, mais il manque un peu de souffle. Néanmoins, il est assez jubilatoire et on y rit volontiers. Les comédiens, Toni Collette (la mère), Grag Kinnear (le pére), Steve Carelle et la petite Abigail Breslin s'en tirent bien et forment un ensemble cohérent et efficace.
A.C.

25 septembre 2006

cinéma: Quand j’étais chanteur : hommage à la roucoule


medium_18654301.jpg Dans un dancing provincial, au pied des volcans auvergnats, un chanteur de bal cinquantenaire pousse la romance en regardant les couples se faire et se défaire. Un soir, apparaît une jeune femme déboussolée, qui entre dans sa vie. D’un point de départ assez courant dans la fiction cinématographique - la rencontre improbable - Xavier Giannoli a tiré un très joli film, à la fois euphorisant et mélancolique. Il creuse dans l’âme des deux protagonistes sans aller trop loin, sans tout révéler. Il leur laisse - et c’est très bien ainsi - une part de secret, procédant par suggestions et par ellipses.
  Avec la même tendresse sans mièvrerie, qu’il accorde à ses personnages, le réalisateur décrit un univers d’orchestres de province, de chanteurs qui se produisent dans les fêtes et les restaurants, d’artistes qui font tranquillement leur métier, sans se soucier d’être vus à Star Academy. Les chansons sentimentales qui rythment le film - il ne faut surtout pas rater le générique de fin, soit dit en passant - instaurent un climat particulier, à mi-chemin entre l’émotion et la jovialité.

medium_18612475_vign.jpg Face à Cécile de France, toute en retenue et en finesse, Depardieu (qui chante soi-même les rengaines nostalgiques formant le répertoire de son personnage) est splendide : un vrai festival, qui n’exclut pourtant ni la pudeur, ni l’humanité.

Un film de Xavier Giannoli, avec Gérard Depardieu et Cécile de France.

Josée Cathala 

16 septembre 2006

Fair play : place à un univers impitoyable

medium_affiche_fair_play.jpgEn servant d’exutoire aux perversions qui hantent la vie de bureau , le squash, le golf et l’aviron trouvent une fonction que le baron de Coubertin n’avait pas imaginée. Si l’essentiel est de participer, ce concept revêt une drôle de signification ici, tous les coups bas de la manipulation au chantage étant permis, dans le but non de gagner mais de rester à bord.

 Les personnages  sont des archétypes : le chef odieux a bénéficié d’une nomination de complaisance, la jeune femme harcelée essaie de protéger son père, le jeune arriviste prêt à tout et le cadre manipulateur jouent les faux amis pour mieux se tirer dans les pattes

 Or, ce n’est pas un hasard. Lionel Bailliu manie la caricature et le symbole pour traiter des thèmes qui sont généralement abordés sous l’angle du réalisme le plus strict : dénonciation de l’univers du travail transformé en lieu de guerre, mise en cause de la course systématique au profit, bref critique sociale.

 Sur ce, il met ses personnages à l’eau. Au sens propre. Tout le monde en stage de canyoning. Le film bascule alors, mais il serait fort dommage de dévoiler ce qui va suivre.

 Il en résulte une œuvre qui ne devrait laisser quiconque indifférent. On peut lui reprocher des maladresses, au niveau technique par exemple ( les dialogues, sur la fin, sont difficilement audibles), ou ne pas apprécier le mélange de genres, ou en vouloir à l’auteur de sa férocité nihiliste, mais sauf exception personne ne devrait s’endormir.

 Un film de Lionel Bailliu, avec Benoît Magimel, Marion Cotillard, Jérémie Rénier, Eric Savin, Mélanie Doutey, Jean-Pierre Cassel  et Malcolm Conrath.

Josée Cathala 

16 juillet 2006

VOLVER de Pedro Amodovar

 

 Dans l'Espagne d'aujourd'hui, deux soeurs, peut-être trois, font l'expérience de la solidarité féminine face à l'irresponsabilité des hommes.

 

C'est au sein de la famille qu'Almodovar situe son dernier film primé au festival de Cannes2006 pour ses merveilleuses interprètes féminines :trois générations de femmes au caractère affirmé et prêtes à tout découvrent que la cruauté du présent se lit souvent dans le passé ."Volver"signifie "revenir", en espagnol. Le sujet, grave, est traité avec humour, santé, et...sens du mystère. On a parfois l'impression de se trouver dans un film d' Hitchcock!

 

Almodovar connaît ses classiques et c'est un plaisir de suivre ses modernes Antigones filant le long des routes d'Espagne bordées d'éoliennes qui nous confirment que, même si parfois on se frotte les yeux, on se trouve bien au XXIè siècle.

 

A voir toutes affaires cessantes.

 

Marie-Josée Carita

16 juin 2006

Cinéma: bonnes nouvelles du front

medium_jouvet.jpgLa fréquentation des salles obscures de France est en hausse. Plus de 20% de croissance par rapport à la même période de 2005, les cinq premierts mois de l'année.

Mieux encore, la part des films français affiche, elle aussi, une meilleure santé, passant, dans cette même période, de 45,5% à 49,3% . (rien à voir bien entendu avec l'article de la constitution du même nom, le célèbre 49.3 !)

05 juin 2006

Le caïman : les voies de la satire

medium_le caiman.jpgQuand le film de Nanni Moretti est sorti, annoncé comme virulente critique de Silvio Berlusconi, celui-ci était encore au pouvoir. Le film a tout de suite soulevé l'enthousiasme. Mais, après la chute de Berlusconi, certains ont pensé qu'il n'était plus utile de dire que le film était bon. Nous avons donc d'autant plus de plaisir de le dire ici. N.D.L.R

 

« Le Caïman » fait partie de ces films dont on ne décèle pas toutes les qualités à la première vision, mais qui vous hantent discrètement, et donnent envie de les revoir. C’est une œuvre très originale, qui juxtapose intelligemment et sans esbroufe plusieurs thèmes et différentes techniques narratives.


La séquence d’ouverture, éblouissante, nous plonge au beau milieu d’un de ces films de genre envahis de meurtres sanguinolents, popularisés par le cinéma italien sous le nom de giallo. C’est l’occasion d’introduire le héros de l’histoire, Bruno, producteur spécialiste de ce genre de films, qui traverse une sombre période  : sa femme et lui se séparent, et il n’a eu aucun projet sérieux depuis dix ans – si ce n’est «le retour de Christophe Colomb », qui vient de lui passer sous le nez. Sa seule consolation est de conter à ses deux petits garçons les aventures improbables d’Aidra, héroïne de ses productions.

Lorsqu’il reçoit d’une apprentie cinéaste un scénario, ses déboires personnels expliquent qu’il tarde tant à voir ce qui saute aux yeux du spectateur le moins averti – c’est-à-dire n’ayant pas ouvert un journal ou regardé la télévision depuis trente ans – à savoir qu’il s’agit d’une biographie de Silvio Berlusconi. 

On peut être dérouté par le mélange de genres, qui promène le public de la parodie de série Z au film politique, du conte noir à la romance. Cet aspect touffu n’amoindrit pas la satire, au contraire. Elle passe par l’éveil à une forme de conscience du producteur, jusque-là fort indifférent à la politique. 

De plus, en jouant sur les images d’archives (le vrai Berlusconi), les visions nées de la lecture du scénario, où apparaît Elio de Capitani, les répétitions avec Michele Placido, et enfin le résultat final (le rôle étant cette fois-ci tenu par Nanni Moretti), le réalisateur nous invite non seulement à une réflexion politique, mais aussi à une promenade dans le processus de création cinématographique. Les comédiens lui servent de complices : Silvio Orlando, exubérant et nuancé, Margherita Buy, surprenante, Jasmine Trinca, très crédible en réalisatrice débutante.

Josée Cathala

Un film de Nanni Moretti, au Gaumont Alésia et aux Sept Parnassiens.

19 mai 2006

Secrets de famille : tu ne tueras point (quoique…)

Le film puise à la grande tradition des comédies britanniques amorales, tradition qui a engendré, de « Tueurs de dames » à « Noblesse oblige » quelques chefs-d’œuvre impérissables. Mais n’est pas Robert Hamer ou Alexander Mackendrick qui veut. Niall Johnson n’a pas la même aisance, et le suspense s’évente assez vite.

Peu importe, au fond. Pour qui veut bien rentrer dans le jeu, et faire preuve d’indulgence, « Secrets de famille » réserve de jolis moments d’humour pince sans rire, dont il serait dommage de se priver. L’histoire débute avec l’arrestation dans un train d’une jeune femme enceinte qui voyage en compagnie d’une grosse malle, laquelle ne semble pas contenir que sa robe de chambre, car elle répand des traînées sanglantes sur le plancher du wagon.

Quelques décennies plus tard, le scénario s’immisce dans un petit village anglais, au sein de la famille du pasteur. Ce dernier subit avec une longanimité toute chrétienne les vicissitudes de sa charge, notamment le harcèlement d’une calamiteuse présidente de comité. Il en oublie sa famille, qui part dans tous les sens : sa femme est sur le point de céder aux avances d’un bellâtre, sa fille change de petit copain tous les deux jours, et son fils est le souffre-douleur de ses camarades d’école, qui font dans l’anticléricalisme primaire.

Heureusement, la nouvelle gouvernante, Grace va remettre de l’ordre dans tout ça. A sa manière, qui est un peu spéciale.

Bien sûr dès la première apparition de la visiteuse, reconnaissable à sa malle, on devine ce qui va suivre. Les voisins pénibles et les écoliers tortionnaires n’ont qu’à bien se tenir.

Ce côté un peu trop attendu empêche le film de décoller vers les sommets. Il demeure un aimable divertissement, où brillent des comédiens de renom . Maggie Smith, grande dame du théâtre britannique, est à l’aise comme une truite dans la rivière. Kristin Scott Thomas et Rowan Atkinson semblent avoir échangé leurs registres habituels – elle, lunaire et décalée, lui tout en finesse et sobriété. Autour d’eux, s’ébattent d’excellents seconds rôles, du plus jeune, Toby Parkes, à la plus âgée, Liz Smith, en passant par Patrick Swayze, Tamsin Egerton et Emilia Fox.

Un film de Niall Johnson, avec Maggie Smith, Kristin Scott Thomas, Rowan Atkinson, Patrick Swayze.

Josée Cathala

09 mai 2006

"L'iceberg" ou le droit à la différence

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Attention, ceux qui aiment le politiquement correct, la frénésie verbale et les acteurs policés, s'abstenir! Ce film est à la fois insolite, loufoque et d'une grande humanité. Le scénario est ciselé, les images sont comme peintes, pas ou peu de musique, pas ou peu de paroles et pourtant on est transporté de bout en bout par une histoire hallucinante de jeune mère de famille qui a soudain l'envie irrésistible d'aller au pôle nord voir un iceberg. L'introduction est si parfaite -une inuite toute souriante nous parlant dans sa langue pour nous dire que l'histoire qui va suivre raconte comment elle a trouvé son mari- que nous sommes scotchés à l'écran, prêts à tout. Sans transition, nous sommes alors transportés dans la banlieue d'une ville lamda. La gérante d'un fast-food se laisse enfermer par mégarde dans un congélateur géant et y passe la nuit. Le lendemain matin, traumatisée et dans un sale état physique, elle prend conscience que ni son mari ni leurs deux enfants ne se sont réellement aperçus qu'elle n'était pas rentrée à la maison. Subitement, à la vue du camion réfrigéré de livraison de frites congelées, elle décide de quitter famille et travail, attirée désormais par le grand froid. Démarre alors une errance peu commune qui la mène dans un petit village de bord de mer où des personnes âgées la prennent en charge, jusqu'à ce qu'elle tombe sur le sourd-muet du pays, marin, qui accepte de la mener jusqu'à un iceberg. Cet homme bourru, abîmé par la vie (il a perdu toute sa famille vingt ans auparavant dans un incendie) s'humanise à son contact. Mais c'était sans compter sur le mari qui ne supporte plus l'absence -cette fois-ci bien décelée- de sa femme et qui arrive jusqu'au port la rechercher. S'ensuit une course poursuite en mer, entre le petit voilier sur lequel a embarqué le nouveau couple et le canot de sauvetage où s'est caché le mari. A tout moment, le film oscille entre le comique et le tragique mais la connaissance des tréfonds humains du réalisateur empêche tout pathos ou toute blague de mauvais goût: c'est l'être humain respecté et respectable qui prime ici en laissant éclater ses fantasmes mais aussi ses faiblesses et même sa profonde fraternité (la scène de la fête du troisième âge à l'occasion de l'embarquement du couple). Les photographies sont incroyablement esthétiques tout en faisant ressortir la personnalité de chaque intervenant (difficile de parler d'acteurs tant ils sont vrais). La mère de famille, complètement dégingandée, meut son corps comme une danseuse et le rend beau. En réalité, tout le monde est beau dans ce film alors que chacun est terriblement commun: c'est la grande magie de "L'iceberg" que d'esthétiser l'homme et de le rendre unique aux yeux de l'autre. C'est ainsi que le vrai couple se reformera après cette aventure initiatique et que le sourd-muet retrouvera l'ouïe et la parole en étant repêché par...l'inuite du début du film, marin de profession!
Isabelle Loutrel

"L'iceberg" de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy (Belgique, 2005).

06 mai 2006

Inside man, le hold-up parfait?

 

medium_inside_man.jpg
Honte à qui osera dévoiler les ressorts souterrains de l’action dans Inside Man, gâchant ainsi le plaisir des futurs spectateurs. La manière dont Spike Lee renouvelle le hold-up cinématographique est éblouissante. La surprise n’apparaît jamais là où on l’attend.

 

Au passage, le réalisateur sonde les fondements abjects d’un certain capitalisme. Toutefois, plus qu’une œuvre engagée, Inside Man est avant tout un brillant exercice de style. Spike Lee place ses pions petit à petit, déroulant son histoire avec une feinte nonchalance.

 

On croit d’abord à une énième variation sur le thème du braquage orchestré par un génial criminel s’étant malencontreusement pris les pieds dans le tapis. La prise d’otages et l’apparition du négociateur, héros récurrent du nouveau polar, ici brillamment incarné par Denzel Washington, ouvrent une nouvelle piste, et l’on s’attend à une série de joutes verbales opposant le flic et le voyou . Or, une fois de plus, Spike Lee prend un chemin de traverse, l’irruption de Jodie Foster, glaciale dans son tailleur chic, entraînant l’histoire dans une direction imprévue, qui fait resurgir le passé sinistre du fondateur de la banque – à noter l’impeccable prestation de Christopher Plummer.

 

Tout ce jeu de chausse-trappes – s’agit-il d’un hold-up ? d’une vengeance ? d’une opération terroriste ? – fonctionne à merveille. Spike Lee s’offre même le plaisir de casser – en apparence – le suspense, car il mêle à la relation du présent des incursions dans le futur, sous forme d’interrogatoires policiers filmés en vidéo.

 

Clive Owen, l’acteur qui monte actuellement, est le pivot autour duquel l’aventure s’articule. Lourde responsabilité. Mais il s’en tire fort bien, avec discrétion et autorité.

Josée Cathala

29 avril 2006

Cinéma: Les enfants du pays

Mai 1940 : dans son village des Ardennes, où il est resté seul avec ses deux petits-enfants, Etienne et Camille, Gustave se croit à l’abri. Quelle menace pourrait les atteindre dans leur forêt ? Les nazis ? Peuh ! L’armée française les balaiera.

 

Ils ne sont pas loin, pourtant. On entend leur propagande à la radio qui relie Gustave au monde extérieur.

 

Mais ce sont des tirailleurs sénégalais, six égarés, qui surgissent soudain dans le hameau désert, au grand effroi du petit Etienne, lequel voit brusquement se matérialiser devant lui le dessin de sa boîte de Banania. C’est le début d’une cohabitation qui dure quarante-huit heures, et s’achève en tragédie. Pendant cette période si brève, Camille vit ses premiers émois d’adolescente avec un enfant soldat, Etienne s’initie à la spiritualité, et Gustave lui-même se transforme à jamais.

 

Pierre Javaux relate ici un épisode assez peu reluisant de l’histoire de France; les soldats africains, connus sous le nom de tirailleurs sénégalais, avaient déjà été en première ligne lors de l’innommable boucherie de 14-18. L’état-major français a récidivé au moment de la drôle de guerre, considérant du reste les conscrits noirs comme un bon moyen d’exaspérer l’armée allemande.

 

Il est dommage que le récit soit alourdi par la maladresse de certaines séquences – dans le bar, notamment – de certains passages du dialogue. Par moments, Javaux trouve la note juste : le papy s’étonne que les tirailleurs – venus des quatre coins de l’Afrique – ne parlent pas la même langue. Un détail qui en dit long sur l’arrogance colonialiste. Quelquefois aussi, surgissent des images superbes : les deux enfants perdus dérivant sur le fleuve …

 

Un film hétéroclite, parfois ennuyeux, parfois émouvant, porté par sa distribution . Parmi les six tirailleurs, trois figures se détachent, incarnées par des comédiens remarquables : le marabout (Pascal Nzonzi), le jeune chef ambitieux (William Nadylam) et le soldat de quinze ans (Ralph Amoussou). Quant à Michel Serrault, on lui pardonne tout, même de cabotiner. Il a beau en faire des tonnes, son humanité affleure dans chacun de ses regards.

Josée Cathala

13 mars 2006

Le temps des porte-plumes

 

Cette histoire, celle que Daniel Duval nous conte, est autobiographique. Elle nous montre un orphelin qui, incompris par sa famille d'accueil, doit pour réussir à exister, lutter pied à pied, et cela en dépit des coups, des vexations de toute sorte, bref de la souffrance psychologique profonde que lui renvoie le monde extérieur.

De belles images d'un monde rural  aujourd'hui disparu, des séquences de vie familiale qui dévoilent la recherche d'une tendresse toujours refusée,  le désarroi affectif d'un petit garçon qui soudain se trouvera sauvé par la présence d'une grand-mère solitaire – "la sorcière" – celle-ci lui accordant un peu de chaleur et de bonté, voilà l'essence même d'un film  qui nous emplit d'émotion, où les dialogues sans mièvrerie sont réduits à quelques paroles rares, où  les diverses situations laissent une impression amère, parfois insupportable, pour nous convaincre qu'un bonheur fauché par les vicissitudes d'une enfance blessée ne peut jamais être comblé tout à fait. Une œuvre sensible qui interroge la responsabilité de chacun.

R.Rillot  

 

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08 mars 2006

« Le nouveau monde » un film de Terrence Malick

Ce beau film retrace l’épopée de navigateurs anglais débarquant en Amérique au 17ème siècle pour y fonder des colonies prospères et « civiliser » les indigènes. Terrence Malik s’est attaché à rendre le choc de deux mondes : une société indienne paisible, curieuse mais non hostile et un rude équipage de navigateurs anglais sûrs de leur supériorité et fermés à tout dialogue.

Mais l’un d’eux, le capitaine Smith , attiré par une jeune indienne, la fille du roi, qui incarne l’innocence et la joie de vivre, pénètre dans ce monde étrange et en ressent la douceur et la paix. Pourtant ces instants de bonheur et de liberté n’auront raison chez lui ni de l’ambition ni de l’esprit de conquête.

Aux violences et aux misères de la conquête succède une période plus douce, celle de la « colonie » familiale où la jeune indienne délaissée trouve un nouveau chemin de bonheur.

De magnifiques images évoquent ces rivages mystérieux et ces profondes forêts du nouveau monde, cette Mère Nature chérie du peuple indien.

Gaumont Alesia

Isabelle Constans

20 février 2006

Fauteuils d'orchestre

C'est un plaisir de voir cette comédie de Danièle Thompson, construite avec brio et si bien tournée. Le naturel des personnages, en particulier celui campé par Cécile de France jeune actrice, crève l'écran. Cette dernière, montée à Paris pour tenter sa chance nous révèle les coulisses d'un monde où les artistes se montrent " à découvert" et sans apprêt. Nous voyons évoluer des êtres sensibles, fragiles qui ont gardé au fond d'eux-mêmes un lumineux tempérament fait de gaieté et de sincérité. Un film réjouissant, à voir de toute urgence.