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12 janvier 2019

Ciné-Quartier Mouton-Duvernet : "Faute d'amour" mardi 15 janvier 20h15

ciné-quartier mouton-duvernet 15 janv 2019 faute d'amour.jpgLe conseil de quartier Mouton-Duvernet a le plaisir de vous convier à la prochaine séance de Ciné- quartier le mardi 15 janvier à 20h15 au cinéma Chaplin- Denfert pour voir " Faute d'amour" de  Andrey Zvyagintsev, prix du jury au Festival de Cannes en 2017.

Drame russe réalisé en 2017 par Andrey Zvyagintsev avec Maryana Spivak, Alexey Rozin, Matvey Novikov. Durée: 2 h 07.

Boris et Genia sont en train de divorcer. Ils se disputent sans cesse et enchaînent les visites de leur appartement en vue de le vendre. Ils préparent déjà leur avenir respectif : Boris est en couple avec une jeune femme enceinte et Genia fréquente un homme aisé qui semble prêt à l’épouser... Aucun des deux ne semble avoir d'intérêt pour Aliocha, leur fils de 12 ans. Jusqu'à ce qu'il disparaisse.

Séance ouverte à tous-  Prix d’entrée :5 € pour le film et le débat

Au cinéma Chaplin Denfert 24, Place Denfert Rochereau 75014. M° et RER Denfert- Rochereau -Bus 38-68-88

CRITIQUE dans Le Figaro par  Marie-Noëlle Tranchant

Faute d'amour, un drame bouleversant de la Russie contemporaine

- Prix du jury au dernier Festival de Cannes, Andreï Zviaguintsev signe une nouvelle œuvre magistrale, après Le retour, Elena, Léviathan.

L'histoire est des plus banales. Un couple qui ne se supporte plus, qui a décidé de divorcer. Un enfant qui pleure derrière une porte, ignoré et déchiré. Le drame pourrait avoir lieu n'importe où. Il se passe en Russie, devant la caméra d'Andreï Zviaguintsev, ce qui lui donne son aspect particulier et une intensité sombre venue des profondeurs, comme un ébranlement souterrain, tellurique.


Les parents d'Aliocha ont chacun une nouvelle liaison. Son père, Boris, vit avec Macha qui attend un enfant de lui. Sa mère Genia est adulée par un homme d'affaires nouveau riche. On les suit alternativement dans leurs occupations quotidiennes, au travail, au supermarché, au restaurant, au lit. Le cinéaste en profite pour brosser un tableau allusif mais cruellement critique de la société russe actuelle. Boris travaille dans une société dirigée par des intégristes orthodoxes, à la morale sourcilleuse, et s'inquiète des répercussions de sa vie privée sur sa carrière. Genia, d'origine modeste, découvre avec son nouvel amant le monde du luxe et de l'argent. Ni l'un ni l'autre ne souhaite s'encombrer de leur fils. Le jour où Aliocha comprend qu'il va être envoyé à l'orphelinat, il s'enfuit. Sa disparition provoque le rapprochement forcé de ces conjoints disjoints qui ne voulaient plus rien avoir de commun.

Généalogie de la trahison

Le drame se noue autour de ces paradoxes. Présent, Aliocha n'intéressait pas ses parents. Absent, il les obsède. Ils ne voulaient plus se parler. L'enfant disparu les force à le chercher ensemble, à attiser leur discorde. Les enquêteurs vont plus loin que n'importe quel psychanalyste. La police déclare vite forfait et confie les recherches à une association humanitaire spécialisée dans les disparitions.

L'enquête est un puissant mélange d'efficacité rationnelle et d'exploration existentielle. Interrogatoires, investigations, indices, fouilles, rien n'est laissé au hasard. Mais tout conduit au mystère. À ce vide irrémédiable, à ce manque d'amour essentiel, inscrit presque génétiquement dans le cœur humain. Avant Aliocha, sa mère a été une enfant mal aimée. Après Aliocha, son père se désintéressera pareillement de son nouvel enfant.

Du passé au futur, Zviaguintsev structure Faute d'amour comme une sorte d'arbre généalogique de l'amour manqué, défiguré d'une génération à l'autre.

On peut lire le film psychologiquement, histoire de famille et de couples d'où ressortent quelques portraits saisissants, comme la mère terrible de Genia. On peut voir la critique sociale et politique d'un pays que la fin du communisme a voué à des tyrannies et à des corruptions nouvelles, au pouvoir de l'argent, à la domination d'une orthodoxie mafieuse que le cinéaste dénonçait déjà dans Léviathan. Tout au long du film parviennent les échos d'une actualité pleine de violences et d'effrois de fin du monde. Mais au fond le vrai suspense reste cette généalogie vertigineuse de l'innocence bafouée, de l'amour éternellement trahi. Zviaguintsev le met en scène avec une lucidité et une opacité vertigineuses, une froideur brûlante, une puissance bouleversante. 

Séances suivantes du Ciné Quartier : les mardis 12 février, 19 mars, 9 avril, 14 mai et 18 juin

Pour plus d’informations ou être informé(e) régulièrement des séances, vous pouvez écrire à l’adresse : cmoutonduvernet@gmail.com

Vous pouvez également consulter : www twitter.com/cmoutonduvernet ou www.facebook.com/cmoutonduvern

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