08 mars 2007

Abbé KELLER: la Cité du Souvenir et la Chapelle Saint Yves

L’Abbé Keller est ordonné prêtre en 1920, à la fin de la guerre de 14-18 qui a fait 1,3 millions de morts chez les soldats, et après la grippe espagnole (venant d’Amérique) qui a tué 400.000 français et 40 millions de personnes dans le monde.

A 24 ans, le jeune prêtre est hanté par la misère qu’il côtoie tous les jours, et, lui qui est issu d’une riche famille, de Wendell, n’a qu’une idée, venir en aide aux plus malheureux et créer pour eux les conditions d’une vie digne.

Nommé vicaire à Saint Dominique, il décide de créer un ensemble où les familles éprouvées et de modeste condition pourront être chez elles. Une opportunité se présente : la zone de fortification est déclassée, le réservoir de Montsouris est juste terminé, et un terrain, le Plateau Saint Yves, est à vendre.

En 1925, l’Abbé Keller lance une souscription par actions et y investit une grande part de sa fortune. Des gens modestes donnent, 80.000 prospectus sont distribués dans Paris les fonds sont rassemblés en un mois. La somme nécessaire est même dépassée. En juillet, la Société Anonyme d’Habitations à Bon Marché « La Cité du Souvenir » est créée, avec un capital de 1.000.000 F.. La société achète le terrain, occupé par 80 habitants. Ils acceptent de partir, l’Abbé Keller leur ayant trouvé un autre lieu.

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180 logements sont construits avec sur la porte de chacun d’eux le nom d’un soldat mort à la guerre. Ils sont répartis en trois immeubles en triangle dont deux sur la rue Saint Yves encadrent l’entrée. Au centre la chapelle, « Dieu est au centre ». Elle est classée monument historique, pour les fresques de Georges Desvallières, l'un des rares expressionnistes français à porter l'étiquette de "rénovateur de l'art chrétien", ce qui semble l’avoir condamné au purgatoire! Après le traumatisme de la guerre de 14-18 où il perdit son fils Daniel, il se consacre en effet à la peinture religieuse, "peintre des mystères douloureux et de la guerre" selon Maurice Denis, co-fondateur avec lui, en 1919, des Ateliers d'Art Sacré.

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La Cité dispose d’un jardin d’enfants, d’un dispensaire, d’un patronage. L’Abbé Keller a créé tout un système, remarquable pour l’époque, de ce qui ne s’appelait pas encore l’action sociale.

Le reste des fonds réunis en 1925 a été utilisé pour l’achat de la Ferme de Montsouris, 26-28 rue de la Tombe-Issoire. En 1934, la Fondation des Berceaux du Souvenir a été créée et reconnue d’utilité publique. En 1953, elle obtient de développer au 26-28 rue de la Tombe-Issoire et au 15-17 villa Saint-Jacques (acquis en 1942), des logements pour des personnes de condition modeste et les activités du Centre d’œuvres de Jeunesse.

Peu avant sa mort en 1986, sentant ses forces faiblir, l’Abbé Keller a cherché à ce que son œuvre continue à vivre dans l’esprit qu’il avait voulu. Malheureusement l’ensemble 26-28 rue de la  Tombe Issoire,  villa Saint Jacques et ferme Montsouris, voit maintenant son avenir en grave indécision. En revanche, la Cité du Souvenir a trouvé le cadre nécessaire à sa pérennité, garde son caractère social et sa chapelle reste ouverte au culte.

Alain CONSTANS

Commentaires

Je suis né en 1938 dans cette cité et y ai vécu jusqu'en 1962 Si je ne peux mettre évidemment en doute toute la partie précédent ma naissance, j'aimerais apporter un bémol à l'action de l'abbé Keller. Il y avait bien prosélytisme de sa part. Pendant la guerre les hommes s'étaient organiser pour assurer un meilleur ravitaillement aux familles nombreuses. La distribution se faisait dans la loge à l'entrée de la cité. Le concierge avait la liste de ceux qui étaient présents à la messe du dimanche. Pas de messe pas de viande. L'abbé a mené un campagne forte contre le film "Le rosier de madame Husson" trop osé à son goût (boules puantes dans les cinémas etc)

Écrit par : Ruel | 03 décembre 2013

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