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19 mai 2006

Secrets de famille : tu ne tueras point (quoique…)

Le film puise à la grande tradition des comédies britanniques amorales, tradition qui a engendré, de « Tueurs de dames » à « Noblesse oblige » quelques chefs-d’œuvre impérissables. Mais n’est pas Robert Hamer ou Alexander Mackendrick qui veut. Niall Johnson n’a pas la même aisance, et le suspense s’évente assez vite.

Peu importe, au fond. Pour qui veut bien rentrer dans le jeu, et faire preuve d’indulgence, « Secrets de famille » réserve de jolis moments d’humour pince sans rire, dont il serait dommage de se priver. L’histoire débute avec l’arrestation dans un train d’une jeune femme enceinte qui voyage en compagnie d’une grosse malle, laquelle ne semble pas contenir que sa robe de chambre, car elle répand des traînées sanglantes sur le plancher du wagon.

Quelques décennies plus tard, le scénario s’immisce dans un petit village anglais, au sein de la famille du pasteur. Ce dernier subit avec une longanimité toute chrétienne les vicissitudes de sa charge, notamment le harcèlement d’une calamiteuse présidente de comité. Il en oublie sa famille, qui part dans tous les sens : sa femme est sur le point de céder aux avances d’un bellâtre, sa fille change de petit copain tous les deux jours, et son fils est le souffre-douleur de ses camarades d’école, qui font dans l’anticléricalisme primaire.

Heureusement, la nouvelle gouvernante, Grace va remettre de l’ordre dans tout ça. A sa manière, qui est un peu spéciale.

Bien sûr dès la première apparition de la visiteuse, reconnaissable à sa malle, on devine ce qui va suivre. Les voisins pénibles et les écoliers tortionnaires n’ont qu’à bien se tenir.

Ce côté un peu trop attendu empêche le film de décoller vers les sommets. Il demeure un aimable divertissement, où brillent des comédiens de renom . Maggie Smith, grande dame du théâtre britannique, est à l’aise comme une truite dans la rivière. Kristin Scott Thomas et Rowan Atkinson semblent avoir échangé leurs registres habituels – elle, lunaire et décalée, lui tout en finesse et sobriété. Autour d’eux, s’ébattent d’excellents seconds rôles, du plus jeune, Toby Parkes, à la plus âgée, Liz Smith, en passant par Patrick Swayze, Tamsin Egerton et Emilia Fox.

Un film de Niall Johnson, avec Maggie Smith, Kristin Scott Thomas, Rowan Atkinson, Patrick Swayze.

Josée Cathala

09 mai 2006

"L'iceberg" ou le droit à la différence

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Attention, ceux qui aiment le politiquement correct, la frénésie verbale et les acteurs policés, s'abstenir! Ce film est à la fois insolite, loufoque et d'une grande humanité. Le scénario est ciselé, les images sont comme peintes, pas ou peu de musique, pas ou peu de paroles et pourtant on est transporté de bout en bout par une histoire hallucinante de jeune mère de famille qui a soudain l'envie irrésistible d'aller au pôle nord voir un iceberg. L'introduction est si parfaite -une inuite toute souriante nous parlant dans sa langue pour nous dire que l'histoire qui va suivre raconte comment elle a trouvé son mari- que nous sommes scotchés à l'écran, prêts à tout. Sans transition, nous sommes alors transportés dans la banlieue d'une ville lamda. La gérante d'un fast-food se laisse enfermer par mégarde dans un congélateur géant et y passe la nuit. Le lendemain matin, traumatisée et dans un sale état physique, elle prend conscience que ni son mari ni leurs deux enfants ne se sont réellement aperçus qu'elle n'était pas rentrée à la maison. Subitement, à la vue du camion réfrigéré de livraison de frites congelées, elle décide de quitter famille et travail, attirée désormais par le grand froid. Démarre alors une errance peu commune qui la mène dans un petit village de bord de mer où des personnes âgées la prennent en charge, jusqu'à ce qu'elle tombe sur le sourd-muet du pays, marin, qui accepte de la mener jusqu'à un iceberg. Cet homme bourru, abîmé par la vie (il a perdu toute sa famille vingt ans auparavant dans un incendie) s'humanise à son contact. Mais c'était sans compter sur le mari qui ne supporte plus l'absence -cette fois-ci bien décelée- de sa femme et qui arrive jusqu'au port la rechercher. S'ensuit une course poursuite en mer, entre le petit voilier sur lequel a embarqué le nouveau couple et le canot de sauvetage où s'est caché le mari. A tout moment, le film oscille entre le comique et le tragique mais la connaissance des tréfonds humains du réalisateur empêche tout pathos ou toute blague de mauvais goût: c'est l'être humain respecté et respectable qui prime ici en laissant éclater ses fantasmes mais aussi ses faiblesses et même sa profonde fraternité (la scène de la fête du troisième âge à l'occasion de l'embarquement du couple). Les photographies sont incroyablement esthétiques tout en faisant ressortir la personnalité de chaque intervenant (difficile de parler d'acteurs tant ils sont vrais). La mère de famille, complètement dégingandée, meut son corps comme une danseuse et le rend beau. En réalité, tout le monde est beau dans ce film alors que chacun est terriblement commun: c'est la grande magie de "L'iceberg" que d'esthétiser l'homme et de le rendre unique aux yeux de l'autre. C'est ainsi que le vrai couple se reformera après cette aventure initiatique et que le sourd-muet retrouvera l'ouïe et la parole en étant repêché par...l'inuite du début du film, marin de profession!
Isabelle Loutrel

"L'iceberg" de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy (Belgique, 2005).

06 mai 2006

Inside man, le hold-up parfait?

 

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Honte à qui osera dévoiler les ressorts souterrains de l’action dans Inside Man, gâchant ainsi le plaisir des futurs spectateurs. La manière dont Spike Lee renouvelle le hold-up cinématographique est éblouissante. La surprise n’apparaît jamais là où on l’attend.

 

Au passage, le réalisateur sonde les fondements abjects d’un certain capitalisme. Toutefois, plus qu’une œuvre engagée, Inside Man est avant tout un brillant exercice de style. Spike Lee place ses pions petit à petit, déroulant son histoire avec une feinte nonchalance.

 

On croit d’abord à une énième variation sur le thème du braquage orchestré par un génial criminel s’étant malencontreusement pris les pieds dans le tapis. La prise d’otages et l’apparition du négociateur, héros récurrent du nouveau polar, ici brillamment incarné par Denzel Washington, ouvrent une nouvelle piste, et l’on s’attend à une série de joutes verbales opposant le flic et le voyou . Or, une fois de plus, Spike Lee prend un chemin de traverse, l’irruption de Jodie Foster, glaciale dans son tailleur chic, entraînant l’histoire dans une direction imprévue, qui fait resurgir le passé sinistre du fondateur de la banque – à noter l’impeccable prestation de Christopher Plummer.

 

Tout ce jeu de chausse-trappes – s’agit-il d’un hold-up ? d’une vengeance ? d’une opération terroriste ? – fonctionne à merveille. Spike Lee s’offre même le plaisir de casser – en apparence – le suspense, car il mêle à la relation du présent des incursions dans le futur, sous forme d’interrogatoires policiers filmés en vidéo.

 

Clive Owen, l’acteur qui monte actuellement, est le pivot autour duquel l’aventure s’articule. Lourde responsabilité. Mais il s’en tire fort bien, avec discrétion et autorité.

Josée Cathala

29 avril 2006

Cinéma: Les enfants du pays

Mai 1940 : dans son village des Ardennes, où il est resté seul avec ses deux petits-enfants, Etienne et Camille, Gustave se croit à l’abri. Quelle menace pourrait les atteindre dans leur forêt ? Les nazis ? Peuh ! L’armée française les balaiera.

 

Ils ne sont pas loin, pourtant. On entend leur propagande à la radio qui relie Gustave au monde extérieur.

 

Mais ce sont des tirailleurs sénégalais, six égarés, qui surgissent soudain dans le hameau désert, au grand effroi du petit Etienne, lequel voit brusquement se matérialiser devant lui le dessin de sa boîte de Banania. C’est le début d’une cohabitation qui dure quarante-huit heures, et s’achève en tragédie. Pendant cette période si brève, Camille vit ses premiers émois d’adolescente avec un enfant soldat, Etienne s’initie à la spiritualité, et Gustave lui-même se transforme à jamais.

 

Pierre Javaux relate ici un épisode assez peu reluisant de l’histoire de France; les soldats africains, connus sous le nom de tirailleurs sénégalais, avaient déjà été en première ligne lors de l’innommable boucherie de 14-18. L’état-major français a récidivé au moment de la drôle de guerre, considérant du reste les conscrits noirs comme un bon moyen d’exaspérer l’armée allemande.

 

Il est dommage que le récit soit alourdi par la maladresse de certaines séquences – dans le bar, notamment – de certains passages du dialogue. Par moments, Javaux trouve la note juste : le papy s’étonne que les tirailleurs – venus des quatre coins de l’Afrique – ne parlent pas la même langue. Un détail qui en dit long sur l’arrogance colonialiste. Quelquefois aussi, surgissent des images superbes : les deux enfants perdus dérivant sur le fleuve …

 

Un film hétéroclite, parfois ennuyeux, parfois émouvant, porté par sa distribution . Parmi les six tirailleurs, trois figures se détachent, incarnées par des comédiens remarquables : le marabout (Pascal Nzonzi), le jeune chef ambitieux (William Nadylam) et le soldat de quinze ans (Ralph Amoussou). Quant à Michel Serrault, on lui pardonne tout, même de cabotiner. Il a beau en faire des tonnes, son humanité affleure dans chacun de ses regards.

Josée Cathala

13 mars 2006

Le temps des porte-plumes

 

Cette histoire, celle que Daniel Duval nous conte, est autobiographique. Elle nous montre un orphelin qui, incompris par sa famille d'accueil, doit pour réussir à exister, lutter pied à pied, et cela en dépit des coups, des vexations de toute sorte, bref de la souffrance psychologique profonde que lui renvoie le monde extérieur.

De belles images d'un monde rural  aujourd'hui disparu, des séquences de vie familiale qui dévoilent la recherche d'une tendresse toujours refusée,  le désarroi affectif d'un petit garçon qui soudain se trouvera sauvé par la présence d'une grand-mère solitaire – "la sorcière" – celle-ci lui accordant un peu de chaleur et de bonté, voilà l'essence même d'un film  qui nous emplit d'émotion, où les dialogues sans mièvrerie sont réduits à quelques paroles rares, où  les diverses situations laissent une impression amère, parfois insupportable, pour nous convaincre qu'un bonheur fauché par les vicissitudes d'une enfance blessée ne peut jamais être comblé tout à fait. Une œuvre sensible qui interroge la responsabilité de chacun.

R.Rillot  

 

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08 mars 2006

« Le nouveau monde » un film de Terrence Malick

Ce beau film retrace l’épopée de navigateurs anglais débarquant en Amérique au 17ème siècle pour y fonder des colonies prospères et « civiliser » les indigènes. Terrence Malik s’est attaché à rendre le choc de deux mondes : une société indienne paisible, curieuse mais non hostile et un rude équipage de navigateurs anglais sûrs de leur supériorité et fermés à tout dialogue.

Mais l’un d’eux, le capitaine Smith , attiré par une jeune indienne, la fille du roi, qui incarne l’innocence et la joie de vivre, pénètre dans ce monde étrange et en ressent la douceur et la paix. Pourtant ces instants de bonheur et de liberté n’auront raison chez lui ni de l’ambition ni de l’esprit de conquête.

Aux violences et aux misères de la conquête succède une période plus douce, celle de la « colonie » familiale où la jeune indienne délaissée trouve un nouveau chemin de bonheur.

De magnifiques images évoquent ces rivages mystérieux et ces profondes forêts du nouveau monde, cette Mère Nature chérie du peuple indien.

Gaumont Alesia

Isabelle Constans

20 février 2006

Fauteuils d'orchestre

C'est un plaisir de voir cette comédie de Danièle Thompson, construite avec brio et si bien tournée. Le naturel des personnages, en particulier celui campé par Cécile de France jeune actrice, crève l'écran. Cette dernière, montée à Paris pour tenter sa chance nous révèle les coulisses d'un monde où les artistes se montrent " à découvert" et sans apprêt. Nous voyons évoluer des êtres sensibles, fragiles qui ont gardé au fond d'eux-mêmes un lumineux tempérament fait de gaieté et de sincérité. Un film réjouissant, à voir de toute urgence.