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16 décembre 2010

Automne à Montsouris

Isa Duig habite le 14e depuis plus de vingt-cinq ans. Enseignante en maternelle, elle pratique la photo avec bonheur. Son sens artistique aigu, qu'elle fait partager à ses petits élèves, se révèle dans ses clichés.

IMG_0008.jpg

Voici le parc Montsouris, surpris un jour d'automne. Couleurs flamboyantes, mélancolie des « feuilles sans sève qui tombent sur le gazon », comme le chantait Georges Brassens, solitudes des jardins désertés à l'arrivée des grands froids... Ses photos sont magnifiques.

Gérard Desmedt

Voir l'albun "Automne à Montsouris"

14 décembre 2010

Le Moulin des trois Cornets

Le quartier Plaisance donne lieu , de par la toponymie des lieux,  à des  interprétations  multiples qui se rapportent  à une  énigme concernant  la rue du « Moulin des Trois Cornets ». Certes, les moulins, jusqu'au début du XIXe siècle, étaient nombreux sur l’axe de la Rue de Vanves et  de ses proches alentours,  territoires appartenant à l’époque au village de Vanves.

 Mais pourquoi : « les Trois Cornets » ?  Plusieurs hypothèses ont été échafaudées : cornets à dés pour le jeu s’y rapportant, terme usité dans les nombreux estaminets du voisinage au 18ème siècle  -Evocation des « tricornes » des Pères Oratoriens qui, établis rue d’Enfer, menaient promener leurs élèves dans ce lieu campagnard -  C’est ensuite, jusqu’au premier tiers du XIXe siècle, la fréquentation de terrains de chasse, d’où l’appellation de « cornet : petit cor (de chasse)  - Enfin,  ce mot aurait été le patronyme d’une famille, propriétaire d’une partie des lieux, mais aucun acte juridique ne vient conforter cette hypothèse. Alors ?

Une étude sérieuse établie par M. Berthieu et rapportée dans le numéro 29 de la revue de la Société historique et Archéologique du 14e, laisse apparaître que le moulin en question se situait au-dessus d’une zone de carrières dont l’exploitation avait été abandonnée au fur et à mesure de l’épuisement des bancs de calcaire.

L’auteur, intéressé par la toponymie des lieux-dits a découvert dans un fascicule édité par les Ets Lambert, exploitant carrier  à Cormeilles-en-Parisis, que les fameux cornets en question étaient des trous d’exploitation créés par les artisans de cette région pour extraire le plâtre. Il s’agit donc d’un terme de carrier !

 Et l’auteur précise : … Pour l’ouverture de puits d’extraction, les carriers commençaient à pratiquer dans le sol un entonnoir large, c’est-à-dire un tronc de cône renversé, en un mot un « cornet », exactement semblable à un cornet en papier. Ils foraient ensuite le puits vertical ; le cornet permettait de déblayer les couches de terre superficielle, avant d’arriver aux bancs de pierre, que l’on perçait comme un puits à eau, afin de parvenir aux couches du matériau à exploiter en galeries horizontales…

 Ainsi, l’énigme de la rue du « Moulin des Trois Cornets » se trouve résolue. Les auteurs de polar peuvent imaginer la suite. R.R

-Documentation extraite du N°29 de la Revue de la S .H .A . du 14e.

28 novembre 2010

Plaisance secret, visite organisée par «Secrets de Paris»

Dimanche 28 novembre 15h : Plaisance secret

gauguin.jpgVisite du quartier Plaisance habité notamment par Gauguin, Cézanne et le Douanier Rousseau ... et évocation de l'histoire du château du Maine
Rendez-vous à la sortie du M° Gaité (côté des numéros pairs de l'avenue du Maine), devant le centre commercial Gaité (75014), à 15h.
Tarif : 10 euros.

Réservation par  courriel :  parisecrets@free.fr

Accessible aux poussettes et aux personnes à mobilité réduite.

le 105, une île en sursis ?

105avGLeclerc.JPGOui, l’avenue du général Leclerc possède une île ! Peut-être la seule de l’arrondissement : une île bien particulière puisqu’il s’agit d’une maison de ville, genre hôtel particulier  accompagné de deux marronniers en pleine forme. Ce petit bijou d’architecture, d’un autre âge, est coincé entre deux immeubles qui le toisent, le menacent en le soumettant à une pression toujours plus forte, tant la distance entre ces monstres semble se raccourcir au fur et à mesure que le temps passe. L’île est devenue ainsi prisonnière de deux mâchoires prêtes à serrer leur proie et l’offrir à une bouche invisible et sournoise.

Le pittoresque et anachronique visage de cette île, qui nous apparaît comme celui d’un hôtel d’un autre siècle, celui du XIXe  en vérité, communique au flâneur étourdi,– il y en a encore au milieu de cette autoroute qu’est devenue l’avenue -  une sorte de lointaine nostalgie, celle que l’on ressent  devant les antiques dentelles que portaient nos grand-mères, à l’aube du XXe siècle!

Je ne saurais recommander au touriste pressé de ralentir le pas devant cette petite merveille oubliée, à l’insu de l’avide promoteur, toujours à l’affût. Merveille d’un petit trésor d’architecture, aujourd’hui condamné sans doute à se faire tailler en pièce sous la lame indifférente d’un bulldozer, qui exprimerait à travers ses muscles de boxeur, sa force brutale, criant haut et fort : «  vive le béton, le béton a toujours raison ».

Le 105, une île en sursis ? Sans doute encore pour quelque temps, une île mystérieuse. Jules Verne en a fait un roman. Vous qui longez ces rivages, peut-être découvrirez-vous sous les marronniers  du site, un Robinson qui dans ses rêves, prolonge le songe d’un homme libre face à l’océan de la mégalopole , déterminé à l’engloutir.

Fiction ? Un jour viendra où la « maison » du 105 soufflera son ultime bougie, et nous ne serons peut-être plus là pour recueillir son dernier soupir…
RR

10 novembre 2010

Secrets de Paris : Visites guidées des quartiers de Paris

Samedi 13 novembre à partir de 15h: Quartier Montsouris. Evocation des principaux peintres et sculpteurs ayant œuvré dans le quartier.

Montsouris.jpgNous nous promènerons tout en découvrant l'histoire des moulins de Moquesouris, du lieu-dit de la Tombissoire, les ateliers de Georges Braque, Salvador Dali, André Derain, Paul Gauguin, Amedeo Modigliani, Chana Orloff, Nicolas de Staël, etc...

 Thomas Dufresne, depuis plus de 25 ans, donne des conférences, écrit des articles et des livres sur l'histoire de Paris et sur l'histoire de l'art. Il est membre de la Société historique et archéologique du 14e arrondissement.Rendez-vous à l'angle des rues Sarrette, Alésia et Tombe-Issoire (75014, M° Alésia) devant la fontaine Wallace, à 15h.
Tarif : 10 euros.
Réservation par courriel parisecrets@free.fr

04 novembre 2010

Quand Landru était notre voisin !

 

Oui... Landru a habité de 1912 à 1915 le 14e, ou plutôt sur sa frontière, à la porte de Châtillon. Mais avant, il était passé par le Boulevard Saint-Germain au N° 58, puis au 6, de la place de Rennes, devant la gare Montparnasse. A partir de 1912, on le rencontre, tenant un garage, situé à 250m de la porte de Châtillon ? C'est ce qui nous intéresse ici.

Ainsi, Henri-Désiré Landru a longtemps déambulé dans le 14e ; il « fréquente » une dame habitant l'actuelle place Victor Basch. En 18 -19, il a une « fiancée » au 330, rue du faubourg Saint Jacques, juste de l'autre côté du boulevard du Port-Royal. Enfin, il sera incarcéré à la prison de la Santé avant d'être transféré à Versailles.

Mais revenons au garage de la porte de Châtillon. Les grands travaux nécessaires à la construction du boulevard périphérique et la destruction systématique des derniers vestiges de la « zone » en 1943, ont fait disparaître les lieux d'origine.

C'est Jules Romains, habitant avenue du parc Montsouris qui nous décrit ce « gentleman-garagiste », avec qui il eut quelques contacts à propos de réparations automobiles, comme étant «  un « monsieur », dont la voix montrait une bonne éducation et qui avait des habitudes de  courtoisie élégante, il ressemblait plutôt à un pharmacien, à un docteur, à un homme de loi !!.. On croit rêver !

Mais quid du garage ? Il était situé à l'extrême limite du Paris d'alors, au 12, de la route de Châtillon sur le territoire de Malakoff. Ces lieux ont subi de profondes transformations. Aujourd'hui, un petit bâtiment technique de la Ville de Paris est situé au N° 32. Immédiatement après, nous rencontrons la bretelle d'entrée qui mène au périphérique en direction de l'ouest parisien. A partir de 1929, le numérotage de l'avenue ayant été modifié, le N°12 devenant le 38, on peut estimé que le garage « Landru » se trouvait sur l'axe actuel du périphérique, là où circulent aujourd'hui des milliers de voiture.

Le « périph » a effacé dans ses  fumées, le souvenir d'un homme qui aimait tant les femmes, qu'il ne pût les rendre à la vie éternelle, qu'en les transformant avec une attention toute particulière, en "fumée" !

R.R - N.D.L.R Documentation extraite du numéro 33 de la S.H.A du 14e.

 

03 novembre 2010

La rue de la Santé (IV)

enceinte Thiers_8243561_n.jpgNous sommes en 1860. Napoléon III a rétabli l'Empire. Sous son impulsion, et avec l'aide du baron Haussmann, il modernise Paris, qui jusqu'alors avait gardé son aspect de ville du Moyen Age. La suppression du mur des Fermiers Généraux libère l'extension de la capitale jusqu'aux limites de l'enceinte de Thiers , enceinte militaire construite en 1841 sous Louis-Philippe. Ainsi, la rue de la Santé qui faisait partie du XIIe arrondissement, ancienne formule établie en 1800, se retrouve à la nouvelle limite des XIIIe et XIVe et de quatre quartiers : Croulebarbe, Maison-Blanche, Montparnasse et Santé. L'annexion de ces nouveaux quartiers ne se fait pas sans réticence, car les Parisiens d'alors  devront payer pour l'aménagement de ces espaces quasi ruraux, dépourvus de voiries, de réseau d'adduction d'eau et d'assainissement.

La démolition du mur des Fermiers généraux exécutée en 1861 ouvre la voie à l'édification d'une nouvelle prison. Cette décision est prise afin d'accroître le nombre de places disponibles, car Paris, dont la population était de 500 000 en 1800, dépassera les 2 500 000 à la fin du siècle. La situation sanitaire des anciennes prisons « intra muros » est intolérable au point de vue de l'hygiène et de la salubrité. D'anciens couvents tenaient lieu jusqu'alors de prisons : Saint Lazare, Sainte Pélagie, Saint Denis, les Madelonettes.

prison_de_la_sante.jpgAinsi, le choix du terrain se porta sur l'enclos de la Charbonnerie. La superficie correspond à la surface recherchée : 25 000 mètres carrés. Le prix est peu élevé et son accès est facile par rapport à la proximité de la Préfecture de Police et du palais de Justice, grâce au nouveau boulevard Saint Michel.

Passant outre aux protestations des habitants du quartier, l'administration fait appel en 1862 à un architecte « rationaliste », Emile Vaudremer qui a travaillé déjà avec Baltard. Il sera en outre l'auteur de l'église Saint-Pierre de Montrouge, des lycées Buffon et Molière, ainsi que de l'église Notre-Dame d'Auteuil.

La future prison sera construite selon la nouvelle philosophie de la pensée hygiéniste et de l'idéologie carcérale en vigueur à l'époque. En avance sur le siècle, elle comportera le tout à l'égout, ainsi que les techniques d'éclairage, de chauffage et de sanitaire résolument nouvelles. Elle sera conçue pour recevoir 500 prévenus et 500 condamnés. Deux chapelles seront construites. En commun, on trouve les réfectoires, chauffoirs, parloirs et ateliers. En 1867, après 6 ans de travaux, les premiers détenus  entrent dans l'établissement. Après 1870, le nombre de détenus dépassera déjà le nombre de places disponibles... Maison d'arrêt, elle ne devait comporter en principe que des prévenus en instance de jugement et des personnes condamnées à des peines légères. Avant la suppression de la peine de mort, les condamnés à mort étaient décapités sous ses murs, la guillotine étant élevée à l'angle du boulevard Arago ! Entre août 1941 et avril 1944, dix-huit patriotes furent exécutés en ces lieux. En 1960, il fut question de détruire cette prison, mais l'administration ne pouvant mener à bien ce projet se contenta de lui donner un « lifting » sommaire.

Ici s'arrête notre promenade, après l'évocation de ce monde clos qu'est l'univers carcéral, lié par les hasards de l'histoire, au monde d'un hôpital devenu célèbre : l'hôpital Saint Anne.

N.D.L.R. - Documentation extraite du numéro 39 de la S.H..A  du 14e

 

21 octobre 2010

La rue de la Santé (III)

Nous continuons notre « balade » rue de la Santé. Nous insisterons aujourd'hui plus particulièrement sur ses abords immédiats et sur le mur des Fermiers Généraux  qui devenait au XVIIIe siècle la nouvelle « frontière » de Paris. Ce mur fut édifié entre 1784 et 1787. Il était haut de trois mètres et faisait vingt-trois kilomètres de pourtour. Son but était de permettre aux Fermiers Généraux de percevoir l'octroi (exemple, la Barrière de Clichy)barrière de Clichy.jpg. Claude-Nicolas Ledoux, est pressenti pour en diriger sa réalisation.. Il crée un boulevard de soixante mètres de large. Aucune construction à moins de cent mètres du mur ne peut être installée. Des pavillons d'octroi sont construits. Ceux de la place Denfert-Rochereau en sont les derniers témoins. Voilà pour l'essentiel.

A partir de la rue de Gentilly, on se heurte à la Barrière de la Fosse-aux Lions, et plus haut sur la rue Saint Jacques, à la  barrière  d'Arcueil. La Fosse-aux-Lions se trouvait entre l'actuel Hôtel "Mariott "et le Foyer international Jean-Monnet de la rue Cabanis, et la rue Dareau. C'était une ancienne carrière. Ici, 500 à 600 chiffonniers avaient établi leur demeure. Ils partaient chaque nuit prospecter les ordures du Paris d'alors... . Par ailleurs, l'arasement partiel du hameau du Petit-Gentilly, du à la construction en 1840, des fortifications de Thiers, enferme la population et l'isole un peu plus dans la misère. Car l'industrie se développe tout le long du cours de la Bièvre. bievre porte d italie.jpg Eugène Sue dans les Mystères de Paris, et V. Hugo dans les Misérables, narreront les dérives de la violence, la déchéance, le crime, la maladie que supporte une population démunie  et déracinée, qui pour l'essentiel venait des campagnes. La nouvelle ceinture de Paris, devient un espace de pauvreté et de vie dégradée. Hospices, prisons, cimetières, industries  polluantes se retrouvent en dehors du Paris intra muros. Ainsi, c'est le lot du faubourg Saint-Jacques, des rives de la Bièvre  (photo de E.Atget, près de la Porte d'Italie) et du faubourg Saint-Marcel.

Cependant a contrario, en 1836, la rue de la Santé voit l'établissement des Augustines du Saint-Cœur-de-Marie.augustines.jpg Les Dames Augustines anticipent d'environ deux décennies le remaniement haussmannien  Depuis Marguerite de Provence, la réputation de salubrité de l'air allant du Val-de-Grâce au boulevard du Midi explique la densification progressive d'hôpitaux et de maisons religieuses. Leur jardin s'étend tout le long de ce qui sera le boulevard Arago et descend jusqu'à l'actuelle rue de la Glacière. Espace, bon air, font de ce couvent un lieu de paix et de sérénité, contrastant avec l'au-delà du mur des Fermiers...

N.D.L.R. Documentation extraite du numéro 39 de la S.H.A. du 14e

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15 octobre 2010

la Rue de la Santé (II)

Dans un article précédent, nous avons vu les prémices et les avatars  relatifs à l'ouverture envisagée d'un hôpital par Anne d'Autriche. Mais continuons notre promenade dans le secteur de « la Santé ».

Louis XIV se rend compte que les murailles encerclant Paris ne sont plus d'actualité. Les progrès dans les techniques de guerre abolissent la nécessité d'encercler les villes, de murailles. Paris, jusque-là possédait celle de Philippe-Auguste. Aussi, le souverain organises de nouveaux espaces hors le glacis de la cité, dont celui de Port-Royal. En 1704, il charge l'architecte Pierre Bullet (eglise Saint Thomas d'Acquin, arc de la Porte saint Martin) de construire une large voie à quatre rangées d'arbres, à la limite nord du hameau du Petit-Gentilly. Il s'agit des boulevards Auguste-Blanqui et Saint-Jacques actuels. La réalisation de ce nouvel axe se fait avec lenteur, de 1705 à 1787... A cette époque, les limites de Paris s'arrêtent au coin de la rue de Lourcine et des Bourguignons, à la hauteur de l'actuel boulevard de Port-Royal. La rue de Gentilly, future rue de la Santé s'achève au carrefour de la rue jean-Dolent et Léon-Maurice-Nordmann  d'aujourd'hui.

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Gabriel de Saint Aubin (1772)

En 1772, l'incendie de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu, situé sur l'île de la Cité, fait ressortir le projet d'un hôpital des cartons,  Les travaux débutent mais s'arrêtent assez vite, car un vigoureux débat médical sur l'aliénation mentale se développe en France à la veille de la Révolution. Seule une ferme qui employait des aliénés y possède 140 vaches. En 1833, cette ferme déménage sur la route de Choisy-le-Roi, à la barrière  de Fontainebleau.

On sait que le 1er janvier 1860, Paris absorbe une partie des territoires des communes avoisinantes : Gentilly, Montrouge, Vanves, territoires compris entre le tracé de l'ancien Mur des fermiers Généraux et l'enceinte construite par Thiers en 1840. Il faut préciser que ce fameux « mur murant Paris, rend Paris murmurant »... fut progressivement démoli et définitivement arasé en 1861. En 1860, une commission est créée pour réformer le service des aliénés. Elle propose de créer dix asiles dans un rayon de vingt kilomètres autour de Paris. Un seul sera retenu dans les murs de la ville. C'est l'architecte Charles-Auguste Questel qui présida à sa conception. Des terrains supplémentaires sont acquis. De nouvelles voies, Cabanis et Broussais, sont ouvertes. La rue de la Santé se désaxe pour isoler la propriété. La rue Ferrus actuelle, et son prolongement, la voie Paul Verlaine dans l'hôpital jusqu'à la rue d'Alésia restent les témoins de l'ancien tracé.

Dans un prochain article, nous parlerons de la prison de la Santé, qui marque le quartier de son incontournable présence et notoriété...

N.D.L.R. Documentation extraite du numéro 39 de la S.H.A. du 14e.

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11 octobre 2010

La rue de la Santé (I)

Jadis, ce fut un chemin de campagne qui menait de la porte Sainte-Geneviève, située sur l'enceinte de Philippe Auguste, vers Gentilly et Arcueil. Il doublait l'antique voie Saint Jacques - le « cardo maximus »- la route de Saint Jacques en direction d'Orléans.

C'est la route marchande des charbonniers. Dans le secteur, on exploite  des gisements de lignite. Les porteurs d'eau, les mégissiers, les tisserands, les tanneurs attirés par la Bièvre toute proche, parcourent cette voie. Cheminant vers le sud, celle-ci s'appuie sur le coteau de Montsouris, puis se prolonge vers Montrouge et Arcueil.

Marguerite_de_Provence.JPGC'est Marguerite de Provence (statue dans le Jardin du Luxembourg), la veuve de Louis IX (Saint Louis) qui donnera son nom à ce quartier. Sur le clos des Charbonniers, endroit où se situe aujourd'hui la Prison de la Santé, elle élève un premier hôpital. Elle possède plusieurs terres dans les environs et souhaite finir ses jours en cet endroit. A cette époque celui-ci, en pleine campagne bénéficiait d'un air pur, comparé aux miasmes du  Paris d'alors.

En 1566, les habitants du quartier Saint-Jacques revendiquent l'autonomie paroissiale, mais il leur faudra attendre le XVIIe siècle pour obtenir gain de cause. Au XVIe siècle, le quartier du Val-de-Grâce est sordide. Toujours plus nombreux sont les habitants et les artisans qui s'installent dans les alentours, près de la Bièvre devenue de plus en plus industrieuse.

Au XVIIe siècle, Paris croît rapidement. Les faubourgs grossissent dans un désordre urbain non maîtrisé. C'est alors que la mère de Louis XIV, Anne d'Autriche fait son entrée. Elle a l'habitude de venir visiter les Bénédictines à qui elle a offert sa propriété du Val-de-Grâce . Cette propriété jouxte le Sanitat de Saint-Marcel qui retient les pestiférés, les lépreux, les syphilitiques. En fait, il s'agirait du premier hôpital construit par Marguerite de Provence sur le clos des Charbonniers. Anne d'Autriche décide alors son fils de repousser plus loin, aux confins du faubourg Saint Jacques,

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Le Faubourg Saint Jacques au 19e, par Johan Barthold Jongkind

ce premier hôpital sur un terrain appartenant à la Commanderie de Saint-Jean de Latran, terrain dit de la Longue Avoine. Acquis en 1646, le terrain restera nu de toute construction en dépit des efforts d'Anne d'Autriche qui prévoyait d'y faire déplacer les malades du Val-de-Grâce et de l'Hôtel-Dieu et de les mettre sous la protection de Sainte Anne ...

Nous poursuivrons notre promenade  ultérieurement, lors d'une prochaine étape de découverte.

N.D.L.R. Documentation extraite du N° 39 de la Revue d'Histoire et  d'Archéologie du 14e.

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06 octobre 2010

La rue Messier

Cette rue est dédiée à la mémoire d'un astronome, Charles Messier ( 1730 - 1817), grand chasseur de comètes et auteur du « Catalogue des nébuleuses ». Cette rue est une des plus courtes du 14e, avec ses 71 mètres. Elle joint le boulevard Arago à la rue Jean-Dolent et offrait, jusqu'à ces dernières années, la particularité de n'avoir aucune ouverture sur sa voie. Car elle est bordée par la partie arrière de la propriété de la Faculté de Théologie Protestante et par la base de la prison de la Santé.

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Depuis, un immeuble moderne est venu faire l'angle de cette rue avec la rue Jean-Dolent. Mais surtout la prison a percé son mur sur la rue en y pratiquant une large porte. Ainsi, est devenue théoriquement possible une évasion par ce point  faible de la clôture, qu'imaginèrent jadis les romanciers Pierre Souvestre et Marcel Allain pour leur immortel Fantômas. Notons enfin que la rue ne possède toujours aucun numéro...

-NDLR -  Documentation extraite du numéro 39 de la S.H.A du 14e

29 septembre 2010

La Villa Mallebay

DSCF5466.JPGLa Villa Mallebay offre la pente douce

D'une plage, au sentier fugitif du regard.

Des pavés ébréchés, tels des galets rugueux

Flottent à la lisière d'un trottoir disloqué.


DSCF5465.JPGQuel étranger, ou quel architecte étourdi

A posé ici des maisonnettes bancales ,

Rochers imaginaires à l'assiette furtive

Face au strident ressac de vagues trop barbares ?


DSCF5464.JPGOn se plait à imaginer de lourds vaisseaux

Aux membrures rehaussées d'un très vieil ivoire

Echoués là, chargés d'épices de l'Orient,

D'exotiques bijoux, et d'étranges trésors.


DSCF5469.JPGMais non .Au fond de cette impasse, aucun galion

N'est entré en ce port asséché, où survit

Seulement une maigre toison d'herbes folles

Que secoue le balai échevelé du vent.


DSCF5471.JPGVilla Mallebay, un océan improbable

A  brisé le sautoir d'un rêve évanoui

Il aura replié ses draps imaginaires

Sur le sarcophage blafard des illusions.

R.R

27 septembre 2010

La rue Marguerin

Cette rue fait partie du lacis de petites voies ouvertes à la Belle Epoque dans le triangle de terrains vagues délimité par l'avenue d'Orléans (du Général Leclerc) et les rues d'Alésia et Sarrette et bâties de beaux immeubles de pierre de taille qu'un siècle entier a épargnés. Elle a reçu, à la veille de l'Exposition universelle de 1900, le nom d'un universitaire aujourd'hui bien oublié : Emile Marguerin ( 1820 - 1884 ), professeur de Littérature et d'Histoire à la Sorbonne.

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Courte comme toutes ses voisines ( moins de cent mètres), cette rue a néanmoins été habitée par deux personnalités marquantes qui par chance, ont chacune une plaque commémorative :

-         au N°3, Louis Pergaud ( 1882 -1915), écrivain de la génération fauchée par la Grande Guerre    (devant Verdun), prix Goncourt 1910 pour « de Goupil à Margot », auteur d'autres oeuvres consacrées à la vie animale, et aussi de « La Guerre des Boutons » , un des rares grands romans humoristiques français, qui fut porté à l'écran après la dernière guerre.

-         Au N° 9, Géo André, l'un de nos plus célèbres champions olympiques d'athlétisme en 1908 et 1924 et un exemple des plus hautes qualités morales. Né en 1889, il mourut lui aussi pour la France, mais au cours de la Seconde Guerre mondiale ( après avoir fait le Première), à la tête de sa compagnie devant Tunis en 1943.

NDLR. - Documentation extraite  du numéro 39 de la S.H.A.

24 septembre 2010

Fête des jardins les 25 et 26 septembre 2010

Les lavandes nous accueillent photo M Belin.JPGCette année, une vingtaine de communes et collectivités seront de la Fête et proposeront aux promeneurs d'élargir leur parcours pour découvrir des jardins de la métropole : Aubervilliers, Clichy-La-Garenne, Colombes, Conseil Général des Hauts-de-Seine, Grand Paris Seine Ouest, Levallois-Perret, Maisons-Alfort, Nogent-sur-Marne, Plaine Commune, Puteaux, Saint-Mandé et Sceaux.

Pendant tout le week-end, le programme sera riche et varié : visites et promenades guidées, conférences, présentation de l'abeille comme auxiliaire des jardiniers pour veiller à la biodiversité, démonstrations de bouturage et de greffe, art floral, dégustations, expositions, ateliers pour les enfants, spectacles, concerts, jeux...

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16 septembre 2010

Le Moulin de la Vierge

Le Moulin de la Vierge

Fut-il heureux le temps ancien où sur la plaine de Montrouge, sur le plateau de Vanves et jusqu'aux limes d'Issy-les-Moulineaux, tournaient les ailes des moulins ? Aux portes de Paris, qui s'arrêtait alors au mur des Fermiers Généraux, ces moulins furent très nombreux, une soixantaine,  peut-être plus dit-on.

Largement ouvert aux vents prometteurs et musclés venant de l'ouest, tout l'espace, compris entre la barrière du Maine ( niveau de la rue de la Gaîté aujourd'hui ), et les territoires de Vanves et de Montrouge, accueillait ces moulins dont on peut encore voir un spécimen dans l'enceinte du cimetière du Montparnasse. Malheureusement ce rescapé est orphelin de ses ailes ! Il reste le seul témoin d'une époque où le quartier de Plaisance était encore une garenne, une campagne...

Seul, le nom d'une rue  de ce quartier peut intriguer le passant attaché à faire revivre par l'imaginaire, les images jaunies et désuètes du passé. Il s'agit de « la rue du Moulin de la Vierge ». Quelle est l'histoire du lieu ? Nul ne le sait. Sans doute, placé sur une motte de terre, ce moulin avait la fierté du bon travailleur qui remplit sa tâche, en offrant aux Parisiens d'alors, la belle farine qui ferait le bon pain. Mais une question se pose quant à l'origine de son patronyme : pourquoi le moulin de la Vierge ? Perpétuait-il un souvenir ? Celui d'une jeune fille habitant ce terroir ancien ? A moins que ce ne fut l'évocation de la Vierge Marie, la mère de Jésus ? Nul ne le sait. Les témoins ont disparu. Seules quelques pierres enfouies sous les fondations et les caves des habitations alentour, pourraient nous dévoiler le secret. Une histoire que se racontaient les meuniers, à propos d'une belle meunière, ou simplement d'une jeune fille d'honnête vertu que chacun admirait pour sa tenue, son charme, sa gentillesse, sa beauté simple, sa fraîcheur encore toute enfantine.

Pur hazard ? Fantasme ? Chacun décidera selon son imagination. Mais quel est le magicien qui saura faire parler les vieilles pierres enfouies à jamais sous les pieds du passant ?

R.R

22 août 2010

la rue Campagne Première et son poète

Cette rue est remarquable par le souvenir qui s'attache au passage furtif d'un poète : Arthur Rimbaud.

Au coin de cette rue et du boulevard Raspail, existait une vieille maison de faubourg qui fut démolie en 1936, et remplacée par un vaste hangar, puis ensuite par un lycée professionnel et aujourd'hui par un lycée hôtelier. Cette vielle maison abritait encore en 1925, un bistrot où se tenait un petit cercle littéraire : le Caméléon, que la comtesse de Noailles fréquenta quelque temps.

A  l'adresse du  14 de la rue Campagne première, le jeune Rimbaud y vécut trois mois, de janvier à mars 1871. Derrièe ce lieu existait en outre une vaste remise pour fiacres et omnibus, seuls moyens de transport à cette époque. Et non loin de là, rue Delambre, était un grand marché aux fourrages, pour l'alimentation des très nombreux chevaux de trait. Max Jacob,  un autre poète, raconte qu'ici, les cochers faisaient la course avec leurs fiacres, à la manière des chars romains... Ce devait être assez spectaculaire !

Mais revenons à la présence ici, d'Arthur Rimbaud. Après avoir rencontré Verlaine le 10 septembre 1871, et après avoir changé plusieurs fois de logement, cela en dépit de l'assistance offerte par Charles Cros, Verlaine, Théodore de Banville, puis de la visite rendue à Victor Hugo ainsi qu'au photographe Etienne Carjat, Rimbaud emménagea en janvier 1872, au 14 de la rue Campagne Première, dans une misérable chambre partagée avec le dessinateur Forain. C'était une chambre sordide aux murs crasseux, avec une seule fenêtre « à tabatière ». C'est l'hiver, et Rimbaud se réfugie souvent au bistrot du rez-de-chaussée, fréquenté par les cochers dont nous avons déjà parlé...

On connaît la suite. Rimbaud, en fin d'année, retrouve Verlaine en mai 1873. C'est successivement Londres, puis Bruxelles en juillet 73. Avec Verlaine,  c'est le drame, le coup de revolver donné  à son « ami », la rupture définitive, et in fine, avec la poésie. Le 9 novembre 1891 il décédera à Marseille, à l'âge de 37 ans, après avoir été  pendant des années ,   le vagabond illuminé que l'on sait, parcourant l' Indonésie, Chypre, l'Arabie et l'Abyssinie, « homme aux semelles de vent, voyant inspiré ».

Souvenons-nous. La rue Campagne Première est un lieu où Rimbaud s'est posé un court instant, instant essentiel dans la vie orageuse d'un grand poète ayant flirté avec l'enfer !

R.R - Documentation extraite du N° 52/53 de la revue de la S.H.A du 14e.

14 août 2010

Le visage de nos rues,

Affairé par ses préoccupations ou le trafic anarchique de la circulation, le passant, le flâneur ont-ils encore le loisir de découvrir le vrai visage de nos rues ? Nos rues, n'est-ce pas l'âme de la ville qui se révèle à travers un autre univers  pressenti et toujours ressuscité, en dépit des mutations inévitables survenues au cours des siècles ?

Ainsi, les rues et les immeubles qui les bordent, les commerces et leurs vitrines, tout ce qui représente le décor urbain, cette scène d'un théâtre, où la ville révélant  ses coulisses, laisse filtrer parfois des trésors oubliés ou perdus, seraient-ils si anonymes, sans couleurs, sans atmosphère ?

Nos quartiers du 14è sont encore les survivants fragiles de lointains faubourgs. Ils portent témoignage de lieux-dits disparus aujourd'hui, ainsi : rue des Plantes, impasse du Rouet, rue du Moulin vert, passage de la Tour de Vanves, rue de la Tombe Issoire, la Voie verte ( rue du Père Corentin), rue du Moulin de la Vierge, la barrière d'Enfer...

Brimborions que tout cela ! Sans doute. Mais ce qu'on ne voit plus ou mal est toujours un trésor caché qui reste toujours à re...découvrir !

R.R

 

11 août 2010

La plus grande nécropole du monde

«  Au delà de ces bornes ils reposent en attendant la vie bienheureuse » est-il écrit en latin à l'entrée des catacombes de Paris, où se trouvent les restes de plus de 6 millions de Parisiens.

Il y a beaucoup de différence entre les Catacombes de Paris et de Rome. Ces dernières étaient selon l'expression de Jean-Paul II de « véritables lieux de repos communautaires, où tous les frères chrétiens, indépendamment de leur rang et de leur profession, reposaient dans l'attente de la résurrection».

Celles de Paris sont dues à la surexploitation des carrières de pierre et au surpeuplement des cimetières parisiens. Longues de 250 km, sous 9 arrondissements, à 35 m de profondeur, elles constituent un véritable labyrinthe. D'abord à ciel ouvert sous les Romains, les exploitations sont devenues souterraines. Pendant des siècles les carriers vont vider Paris de son sous-sol, en ne respectant aucune réglementation. Le premier accident grave s'est produit en 1774, rue d'Enfer, où 14 maisons sont englouties, selon le processus des cloches de Fontis : le plafond d'une galerie s'effondre, constituant une « cloche » » qui remonte par éboulements successifs comme une bulle qui atteint la surface. L'Inspection des Carrières est alors créée par le Roi et va réaliser un gigantesque travail. Elle cartographie tous les vides et consolide le sol sous les voies publiques.

En 1780, le Lieutenant Général de Police Lenoir propose d'y enfouir les ossements qui encombraient les cimetières de Paris, dans un but d'hygiène publique. On a commencé par le Cimetière des Innocents. C'était un véritable charnier. De longues files de chariots funéraires étaient vidées dans les anciens puits d'accès. On supprima d'autres cimetières. C'est ainsi qu'on ne sait pas où sont les dépouilles de La Fontaine, Molière, ou Robespierre, Marat et bien d'autres, sinon dans les catacombes.

Beaucoup de légendes sont attachées à ces lieux. Au 12ème siècle des malfrats s'installent sous le jardin du Luxembourg où se dressait l'hôtel de Vauvert. Pour la population, le diable habitait là, d'où l'expression du « diable vauvert ».

Des évènements dramatiques s'y déroulent aussi. En 1871, les violents combats de la Commune forcent les fédérés à se réfugier dans les catacombes où les Versaillais  pénétrèrent par la barrière d'Enfer. Ils furent tous tués sur place ou faits prisonniers. Plus tard, les Catacombes ont servi à la construction d'abris, ou de bunkers par les Allemands ou utilisés par la Résistance (Rol-Tanguy à Denfert-Rochereau).

Depuis les années 60, les Catacombes sont fréquentées par une population très diverse. Des fêtes illégales y sont organisées. Le nombre de « visiteurs » a diminué, en raison de la lutte entre l'Inspection des Carrières murant des entrées et les cataphiles en rouvrant à quelques mètres. Le quartier Daguerre reste une zone d'accès privilégié.

A C.

 

10 août 2010

Les Atlantes

medium_atalantes-page6.2.jpgLe passant distrait qui ne lève jamais la tête, ne pense pas un seul instant à la position inconfortable des deux Atlantes du 20bis de la rue d'Alésia. Ceux-là ne bronchent, ne faiblissent ni ne murmurent. Seuls, les habitants des étages leurs sont reconnaissants, car sans eux, ils ne retrouveraient peut-être pas leur logis. Mais écoutons les confidences de ces mystérieux Atlantes.

"Nos épaules sont lasses, nos muscles meurtris, nos vertèbres écrasées, nos os brisés et nos cervelles asphyxiées. Nous sommes des esclaves. Parfois, il nous vient à l'esprit de tout laisser tomber... mais que diraient les propriétaires ? Alors nous continuons silencieux à contenir notre souffrance au cœur de la pierre. Passants, n'entendez-vous pas nos cris? Soyez compatissants, faites-nous un petit sourire en passant."

Ce que je fis immédiatement, et ils m'en remercièrent par un clin d'œil !

R. R

28 juillet 2010

L'oasis d'une villa

 

 

Lieu minéral par excellence, la ville laisse survivre parfois, par oubli ou par simple générosité sans doute, des espaces  incertains, qui semblent appartenir à une époque effacée, à un autrefois qui continuerait de repousser avec une patiente obstination, le béton gris d'un urbanisme moderne, si désespérément affligé de médiocrité.

Ainsi, la Villa Deshayes. Ici, le vocable irradie une sorte de musique bucolique, quasi aérienne. Elle offre au flâneur le souvenir d'une mélodie surannée, si tant est que le promeneur égaré puisse se laisser apprivoiser par le silence et la grâce , jointes à une sérénité toute provinciale. De petits immeubles sans prétention, quelques villas, des jardinets pour marionnettes d'où s'échappent une glycine, quelques lilas, des touffes élancées de bambous, et tout au fond de l'impasse, un grand arbre - je crois qu'il s'agit d'un sapin nordique - confèrent à ce lieu l'atmosphère d'une thébaïde reculée, où seul un ermite inspiré offrirait le goût de la méditation au promeneur égaré ; celui-ci, soumis à l'éveil et à la floraison du silence, de son propre silence intérieur, poursuivrait son chemin, soudain illuminé par une joie intime, assistant ainsi à sa propre renaissance.

L'apaisement ressenti convie chacun, à espérer que le rêve ne s'effacera pas au contact de l'écho turbulent de la rue Didot, toute proche. A cet instant, vous retenez votre souffle. L'éternité n'est pas loin de vous submerger.

R.R

 

27 juillet 2010

Richard Wallace (1818 - 1890)

 

Le Fontainier de Paris

Chaque Parisien connaît les « Fontaine Wallace, ornant nos places et offrant au promeneur assoiffé la possibilité de se rafraîchir sans débourser un Euro !

Mais qui était R. Wallace ? D'origine anglaise, il était le fils naturel de Lord Seymour-Conway, marquis de Hetford. Son père, lui donne le goût des œuvres d'art, des faïences anciennes, des bibelots et des objets divers, allant du Moyen Age au XIXème siècle.

Richard parcourt ainsi l'Europe entière pour assouvir son goût de chineur averti et enrichit ainsi la collection Wallace. 1848 le voit de retour en Angleterre, puis le voici à Boulogne-sur-mer provisoirement, avant de rentrer à Paris.

Les événements de 1830, 1848, et surtout la guerre de 1870 lui firent comprendre que la collection Hetford et la sienne ne pouvaient être à l'abri qu'en Angleterre. C'est ainsi qu'il fit construire à Londres une demeure qui rassemble aujourd'hui la plus grande collection privée, la plus homogène en matière de mobilier et tableaux, allant du Moyen Age au XIXème siècle.

Mais les fontaines ? Pendant la guerre de 70, il est à Paris. Par pur souci de générosité, il ouvre plusieurs hôpitaux provisoires, pour les malades et les blessés de Sa Majesté Britannique. Il offre également des « bons de soupe et de nourriture » aux Parisiens affamés. Les journaux de l'époque l'appellent «  le bienfaiteur de Paris ».

Durant la période de guerre et de « la Commune », l'état d'hygiène des Parisiens était dans un extrême délabrement. De plus, l'alcoolisme régnait chez le petit peuple et jusqu'aux plus jeunes. Wallace prit conscience qu'il fallait faire quelque chose en déposant auprès de la Préfecture, une demande d'autorisation pour créer des fontaines d'eau potable, car à cette époque seule la confrérie des porteurs d'eau était habilitée à distribuer de l'eau à Paris.

Ainsi, la première fontaine fut inaugurée en septembre 1872. L'idée était d'en disposer deux dans chaque arrondissement de la Capitale. Le modèle fut créé par Charles Le Bourg, sculpteur. 50 fontaines purent être mises ainsi en service dès 1872. Aujourd'hui Paris en compte 88. A l'origine, un gobelet de fer étamé, retenu par une chaînette était immergé dans une vasque. En 1952, ce gobelet fut supprimé par mesure d'hygiène. Quant aux cariatides soutenant le dôme duquel coule un mince filet d'eau, elles symbolisent quatre vertus : la Simplicité, la Sobriété, la Bonté, la Charité... Tout un programme !

Maintenant, vous savez tout ou presque sur les fontaines Wallace, qui ornent si joliment nos avenues et nos places. Sachez que le 14e arrondissement en compte sept,  raison de plus pour les découvrir au fil du hasard  ou de vos flânerie urbaines. Bonne promenade !

R.R - ( Documentation extraite de la Revue d'Histoire du 14e . N° 52/53.)

 

 

26 juillet 2010

(XIX) les Voies de traverse

 

Villa Virginie, un lierre grimpe jusqu'au bout du ciel.

Alpiniste sans complexe,

Collé à la paroi lisse de l'immeuble,

La lente patience l'a récompensé.

Je le regarde, il domine du sixième étage

La Villa Virginie et  ses pavés descellés.

 

Ebouriffé de prestige, impérial d'orgueil,

Il contourne avec précaution et lenteur

Les paupières entr'ouvertes des fenêtres,

Accrochant ses griffes touffues

Sur les plis profonds de la pierre.

 

Tissant sa toile d'ombre et de géant

Guettant le souffle court du dormeur,

Il s'est élevé jusqu'au toit de l'étoile.

Le ciel médite sur le prédateur,

Araignée vive aux racines de mort.

 

La Villa Virginie est sa dernière demeure.

R.R

 

12 mai 2010

Quelques idées de promenades dans le 14ème

Jeudi 13 mai, de 8h à 18h  : Vide-greniers sur la place Maurice Noguès.

M° et T3 Porte de Vanves. Renseignements et réservation : 06 64 66 29 56. www.brocaparis.com

Samedi 15 mai, 10h30 : visite de la Maison du Fontainier

Les parcours conférence sur l'eau organisés par la société Eau de Paris et ses partenaires vous font découvrir la Maison du Fontainier. En visitant les sous-sols de l'un des principaux témoins de l'Aqueduc dit « de Marie de Médicis », pivot de l'alimentation en eau de la Ville de Paris entre le XVIIe et le XIXe siècle, découvrez, des Romains à nos jours, les grandes périodes de l'histoire de l'eau à Paris. Inscriptions au 01 42 24 54 02 ou par courriel pavillondeleau@eaudeparis.fr. Tarifs : 7 € / 5 € / gratuit pour les moins de 12 ans.

Samedi 15 mai, 14h30 à 22h  : Du côté du Moulin à café, sur le thème du commerce équitable

Rencontre toute la journée avec des producteurs de café du Chiapas, jeux, films, contes,  repas... de la musique et de la poésie (avec Kaledoïk Connexion et Jean Tadié), et bien sûr de la nourriture équitable.

Place de la Garenne. Pernety.

Dimanche 16 mai, 10h à 12h : Eki'mode,  tour du monde de la mode équitable, rue Daguerre

Défilé de mode avec les stylistes d'Ignacio Mejia (Mexique), de Kolam (Inde), et de Salamata Kiemtoré (Burkina Faso). Rue Daguerre.

10 mai 2010

(XVIII) Les voies de traverse

( XVIII) Les voies de traverse

Il est un passage ainsi nommé comme étant celui des Arts. Mais est-il encore un passage ? La direction n'est pas donnée. A l'évidence, le but ne sera jamais atteint. Car, qui dit passage, dit relation entre deux points : un départ, une arrivée. Ici, la vue est si restreinte, si  étroite, que le ciel se fait sentier, l'air et la lumière n'ont d'autre solution pour survivre et s'imposer, que de sauter par dessus les toits. A Paris, les toits ont toujours su sauver la lumière, car le ciel qu'ils reflètent, s'enflamme à la première averse de pluie. Mais le passage des Arts semble n'avoir jamais connu cette liberté d'aller et venir entre les reflets des nuages sur quelques flaques d'eau disposées là pour capter les sourires changeants du ciel.

Ainsi, le passage cultive son énigme personnelle, une sorte de mystère jalousement gardé. Et si d'aventure un artiste venait à passer ici, l'écho de ses pas ne lui renverrait peut-être que l'image d'un passé révolu ou celle d'une guinguette de faubourg. Quelques rapins en goguette croqueraient la servante enjouée ou la maîtresse des lieux, habiles toutes deux à vivifier l'esprit, les cœurs et les corps...

Heureux le temps où le faubourg cultivait la gaîté simple et bon enfant  pour quelques sous oubliés sur la table d'un cabaret enfumé. La saveur aigre-douce  d'une piquette acidulée faisait l'affaire.

Ainsi, le passage des Arts n'est pas prêt d'oublier les heures chaudes du Montparnasse tout proche, où dans la nuit de l'été , les couples dansaient dans un tourbillon d'étoiles enguirlandées de rires et de baisers volés. Le chahut prenait alors la couleur criarde de la liberté, la liberté de vivre à sa guise selon les couleurs du printemps et de l'automne réunies.

R.R

04 mai 2010

(XVI) Les Voies de traverse

Ouest-Ceinture était une petite gare

Où les vents d'ouest et d'ailleurs

S'arrêtaient quelques instants

Pour décharger sur les quais déserts

Leurs effluves d'algues et de varech.

Aujourd'hui, les vents d'ouest

Débarquent du TGV, à Montparnasse

En faisant du 300 à l'heure.

***

Délicieuse est la petite place Jules Hénaffe

Où souvent les joueurs de boule

Se rassemblent en congrès.

Certains afin de gagner un point de bonheur

Préfèrent rêvasser le long des réservoirs de la Vanne

A une rivière qui coulerait de la Lune.

***

Rue Maison Dieu ?

Mais où loge le céleste locataire de ce lieu ?

Aucun indice ne  permet de situer

Le domicile  du Créateur.

Sa maison ne s'inscrit pas dans la pesanteur du jour

Quelque part sans doute entre le néant et l'infini.

R.R

24 avril 2010

(XV) les Voies de traverse

Villa d'Alésia

Il y avait là         autrefois         un patronage

Où tous  les enfants du quartier

Savaient qu'ils y trouveraient

L'asile bienfaiteur d'un cœur chaleureux

Le bienveillant sourire de « l'abbé »

La paix réparatrice d'un lieu

Où l'autre était un frère

Et ce frère un autre toi-même.

***

A l'octroi de la Porte de Vanves

Le gabelou Rousseau

Hante encore les talus du chemin de fer de l'Ouest.

Quelques arbustes et herbes folles

Ignorant la luxuriance des forêts tropicales

Paradent dans les plis d'une maigreur d'ermite.

Ici        un chat peut prétendre faire la course

Avec un guépard imaginaire

Il sera toujours prisonnier de l'une de ces toiles

Que le maître a peinte avec le pinceau enflammé de l'imaginaire.

R.R

17 avril 2010

(XIV) les voies de traverse

Qui prétendra que le passage Tenaille

N'a d'autre fonction que de relier

L'Avenue du Maine à la rue Gassendi ?

L'atmosphère de solitude qui y circule

Incite le flâneur à penser

Que le trait d'union que ce passage propose,

Ne fait qu'accentuer la tristesse qui s'en dégage,

En dépit de la couverture légère de feuillages

Qu'apportent  les maigres tilleuls bien alignés en ce lieu.

Celui-ci n'offre pour tout partage que le désert de  sa nudité.

**

Ah ! la place Flora Tristan !

Un îlot     une île      un rocher

Un parfum de village oublié

Trois platanes et le tour est joué

Deux bistrots     une laverie

Et le peuple ici retrouve

La poésie du faubourg

Celle du jour qui se lève

Le poème unique d'un bonheur mélancolique

Quand à l'ouest      le soir       le soleil tire sa longue révérence.

R.R

20 mars 2010

(XIII) les Voies de traverse

Deux aqueducs aux tracés anciens

Forment deux traits parallèles au pied du pont du chemin de fer de Sceaux.

Ici, les rues de la Sibelle, de l'empereur Julien et Valentinien

Font résonner les musiques oubliées de l'Antiquité.

Ce quartier est tout neuf, austère, limpide, et la lumière y est reine.

Le passé lointain y survit encore par ses racines,

A la façon d'une ruine

Qui annoncerait la mémoire vivante d'une antique cité.

L'eau ne coule plus au sein de ces aqueducs délaissés

Car  le courant interrompu a scellé la mémoire têtue

Et rustique de quelques pierres solitaires et abandonnées.

**

Au pied de la gare Montparnasse, la rue du Commandant Mouchotte

Montre du doigt la place de Catalogne,

Cernée par le demi-cercle des immeubles de Ricardo Bofill.

Les parfums venus du Sud  se mêlent aux vents d'ouest

Que le remugle des TGV charrie à perdre haleine.

Au centre de la place, une fontaine, face contre ciel,

Capte les nuages et les fait s'enlacer avec langueur

Sur le filet tendu par les fées invisibles de la Tour Eiffel.

R.R

13 mars 2010

(XII) les voies de traverse

Le grand cimetière du sud, le long de la rue Froidevaux, laisse filer des     musiques anciennes, dont la mélodie sourde réveilles des  nostalgies enfouies.

Quand, venant du boulevard Raspail, je regagnais par le rue Emile Richard, le logis de mes parents, c'était toujours le soir, à la nuit venue, que la voix des morts, venant de l'au-delà du mur, rythmaient la cadence de mes pas.

Alors, seulement, je me sentais bien en vie...

***

La rue Daguerre est une ligne droite, légèrement creusée en son milieu. Au loin, on aperçoit l'avenue du Maine ,barrant le ciel d'un trait charbonneux..

Et l' on peut imaginer que prospéraient ici les pépinières, les jardins de      quelques maraîchers, installés là depuis que la campagne s'arrêtait devant le mur des Fermiers Généraux.

Aujourd'hui, une ancienne auberge ,la Bêlière possède son piano bar. On y rencontre des artistes, on y fait de la musique. La Bêlière a bien failli mourir. Sauvée ?

On trouve aussi, rue Daguerre, un marchand d'accordéons. Il les répare, et vous propose des cours de musique et de solfège.  Mais où sont les bals populaires d'antan ?

Aucune jardinière, aucune fleur au balcon, ne remplaceront les printemps d'autrefois, où chantait l'alouette des champs,  où des mains attentives forçaient le lilas, où la glycine ornait les portails, où le temps avait la couleur des aurores, lorsque la nuit  écrivait sa petite musique pour accompagner une chanson...

***

Rue de la Santé, c'est l'hôpital Saint Anne, cerné de murs et de cris étouffés. La souffrance se reconnaît ici  par les jardins semés de pavillon tristes, disséminés dans la nuit du silence. Le mal être et le délire sont parcourus par les brumes du soir et les cendres oubliées d'un antique mouroir.

R.R

25 février 2010

(XI) Les voies de traverse

Place Denfert-Rochereau, au beau milieu du pavé luisant

Rugit un lion, fort, beau et grand, fier, solennel et puissant .

Il a une manière unique d'ordonner, de commander sans appel

Au passant, l'impérative direction - privilège de son empire - :

- Si tu veux aller à la Porte d'Orléans

Regarde-moi bien dans les yeux, et si tes pieds un peu lourds,

Sont à ce point abîmés, n'hésite pas, grimpe à  l'instant

Dans un omnibus de la R.A.T.P ! Tu seras vite requinqué !

**

La gare du chemin de fer de Sceaux

Est ce lieu charmant et un peu désuet

Qui pourrait  être un jouet

Pour l'enfant espiègle et rieur

A qui ses parents offriraient, à la place du moderne R.E.R ,

Quelques wagons en bois, tirés par une locomotive à vapeur.

**

Grande est la perspective du boulevard Saint Jacques

Aux belles harmonies classiques

Qu'approuverait un lointain Le Nôtre.

Soudain, débouchant de ses flancs

Surgit, conquérant sur les rails luisants

Le métro aérien, dont l'élan

Retenu par de vigoureux piliers d'acier

Trace sur la vallée de la Bièvre

D'électriques éclairs ; il se sent pousser des ailes

Jusqu'à vouloir se faire la belle.

A la station Saint Jacques, une oiselle gentille

N'en éprouve aucune gêne,

Car la demoiselle, griffant le ciel du bout de ses plumes,

D'une danse véloce et légère,

Honore ainsi par sa voltige aérienne

La jeunesse éternelle du métropolitain,

Jeune homme âgé de plus de cent printemps...

Oui, cela est déjà fort lointain !

On dira plus tard que le métro et l'oiselle

S'étaient rencontrés pour fêter les noces du ciel,

De la plume et d'un chemin de fer aérien

Qui aura toujours le nez en l'air

Et la tête dans les étoiles !

R.R