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24 février 2010

la rue Daguerre

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La rue Daguerre est une ligne droite, légèrement affaissée en son milieu. Au  loin, on aperçoit l'avenue du Maine, barrant le ciel d'un trait charbonneux.

Et l' on peut imaginer que prospéraient ici les pépinières, les jardins de quelques maraîchers, installés là depuis que la campagne s'arrêtait devant le mur des Fermiers Généraux.

Aujourd'hui, une ancienne auberge, la Bêlière, possède son piano bar. On y rencontre des artistes, on y fait de la musique. La Bêlière a bien failli mourir. Sauvée ?

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On trouve aussi, rue Daguerre, un marchand d'accordéons. Il les répare, et vous propose des cours de musique et de solfège.  Mais où sont les bals populaires d'antan ?

Aucune jardinière, aucune fleur au balcon, ne remplaceront les printemps d'autrefois, où chantait ici, l'alouette des champs,  où des mains attentives forçaient le lilas, où la glycine ornait les portails, où le temps avait la couleur des aurores, lorsque la nuit  écrivait sa petite musique pour accompagner une chanson...

R.R

30 janvier 2010

( X) les Voies de traverse

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Quelle généreuse République !

Une grande avenue pour un seul président... Ainsi, M. Coty fut de la sorte choisi. Il nous conduit sous une voûte de platanes, vers un grand parc bien vert, où toutes les souris trottent, trottent en prenant leurs quartiers d'hiver. Le Parc Montsouris ? Une île mystérieuse, où tous les oiseaux du monde font escale, où la campagne est à l'affût de Paris.

La rue du Saint Gothard doucement monte et puis descend comme un sentier de montagne. Ici, les pavés brillent comme des glaciers. La neige s'illumine d'étoiles de givre. Les nuages déplient leurs oriflammes. Et je vois sur le talus, le R.E.R. passer d'un air nonchalant, quand le soleil se glisse dans un lit de fleurs, au couchant.

Rue Saint Yves, il est une maisonnette qui offre ses pampres et ses vieilles tuiles au regard du flâneur montant la pente. Les volets sont fermés depuis longtemps et le crépis des murs est défraîchi. Autrefois, il y avait là un café, un marchand de bois et charbons, un bougnat. Aujourd'hui, il n'y a plus rien à emporter, ni vins, ni limonade, et tout le bois a brûlé. Jadis, la rue chantait un air d'hirondelle, et l'enfant distrait, regardait passer par dessus les toits, l'ombre que faisaient le merle moqueur et le moineau rieur.

R.R

13 janvier 2010

(IX) Les chemins de traverse

C'est une rue où les façades sont bien mises

Mais quelques vitrines sont un peu grises.

Voyez cet enfant qui joue dans la cour

Le temps ralentit et s'arrête rue Liancourt.

*

Oui, la tour de Vanves chante ses souvenirs

Inscrits sur de vieux pavés luisants.

Soeur Anne, ne vois-tu rien venir ?

Car en ce passage, seuls les murs sont vivants.

*

Il pleut Villa Virginie

Un jour où l'averse amie

Fait reluire la pavé luisant.

Flâneur je suis, et l'heure passant

Glane les gouttes de pluie

Où naît la mélancolie.

*

Il ne reste du château qu'une rue étroite,

Des visages gris et des façades trop droites.

Mais ce lieu était juste une folie, jardin

Et maison ne sont plus, qu'un rêve bien lointain.

R.R

 

08 janvier 2010

(VIII) les Chemins de traverse

La rue d'Enfer ne conduit pas aux Enfers

Seul le colonel Denfert-Rochereau a pu connaître l'enfer

Quant aux Catacombes, elles ouvrent leurs portes en fer

Aux vivants, curieux de visiter du décor      l'envers...

*

La rue de l'Ouest a toujours regardé vers le Ponant

Ici       le soleil couchant est moins brûlant

Que celui venu du Levant

Aussi      à Plaisance      les gens se couchent plus tard

Que les villageois de Ménilmontant.

*

On dit que les gens habitant la rue Hallé

Ont le teint moins clair

Que ceux résidant du côté de la Glacière.

C'est une opinion qui n'engage

Que celui qui ignore les brûlures de la glace

Ou les tourments sournois du désert.

*

Ici    l'étal rutilant du poissonnier

Abonde de maquereaux ensoleillés

L'air  y  transporte des fragrances maraîchères

Le poisson a l'œil frais

La salade est accorte et primesautière

On est au cœur de la rue Daguerre.

 

R.R

 

01 janvier 2010

Promenade dans le jardin Atlantique enneigé avec Marie Belin, décembre 2009

Marie Belin a fait très joli reportage photographique du le jardin Atlantique enneigé à la mi-décembre 2009, je vous invite à la suivre dans sa promenade, ses instantanés sont tout à la fois étonnants et malicieux...

voir l'album

30 décembre 2009

(VII) les Chemins de traverse

Point n'est besoin d'être artiste

Pour parcourir la rue des Artistes

Tous les doigts du ciel dessinent une image

Où chaque jour     des moutons noirs

Des moutons blancs      l'aile d'un oiseau

Un cheval gris   ou le nez de Cléopâtre

Naissent et meurent tout simplement       là-haut

Parmi les nuages

Entre les épaules du soleil

Et la chevelure de la lune.

*

Depuis qu'elles ont élu domicile au Parc Montsouris

Ce n'est pas gentil de se moquer des souris

Car chaque nuit      sous la lune blanche

Elles grignotent des reliefs de pique-nique

Que laissent les promeneurs distraits du dimanche.

*

L'avenue Reille est la mieux gardée de Paris

Car un ancien général veille tout près d'ici.

Une avenue sans soucis

Et c'est Paris qui nous sourit.

*

Au Parc Montsouris

Il fut indiqué pendant un certain temps

Sur la mire du méridien de Paris

Que ce fut Charlemagne qui inaugura ladite mire.

Mensonge ! Cela fut le fait de redoutables farceurs

Iconoclaste incultes et blagueurs

Car c'est sous le règne de Napoléon

Que le nom même de l'Empereur

Y fut gravé pour de bon.

 

R.R

 

15 décembre 2009

(VI) les Chemins de traverse

 

Au temps jadis   elle fut appelée « La rue du pot au lait ».

Aujourd'hui, un certain « Friant », général de son état,

Lui a prêté son nom.

Depuis longtemps le lait a été bu

Et les vaches ne remontent plus la rue

Car elles ont quitté la ferme et les prés qui l'entouraient..

***

Je ne sais si le jardin partagé de la rue de Coulmiers

Fleurira le ciel de roses et de lilas

Mais je sais que la salade et la fraise se portent bien

Et sont ici à leur aise.

Il faut cultiver son jardin avec son cœur

Et en amoureux.

***

Point n'est besoin d'avoir lu les Lettres de mon moulin

Pour parcourir la rue Alphonse Daudet.

Les chèvres n'y broutent plus.

Seule la Bouquinerie Alésia a le nez dehors

Et les livres invendus n'ont pas fini de se plaindre,

Triste sort offert à la littérature toute entière

Dont on entend parfois sous quelque porche complice

La plainte et les pleurs infinis.

 

***

La rue Sarrette est fort longue

Et de beaux tilleuls argentés       fort bien plantée.

Fatigués de notre promenade nous pouvons aller nous asseoir

Sur un banc tout près de là

Et vérifier que le géant Isoré garde le carrefour

Où la rue d'Alésia flirte avec la rue de la Tombe Issoire.


R.R

 

12 décembre 2009

(V) les Chemins de traverse

La Villa Brune est un chemin sans issue où fleurit l'ombre

Où chantent la sérénité et le grave silence de l'éternité.

C'est peut-être là qu'aboutissent et s'évanouissent

Les lentes caravanes des illusions perdues.

***

Les pierres de l'hôpital Notre Dame de Bon Secours

Ont gardé la mémoire de l'abbé Carton.

Elles portent les stigmates de la charité

De l'amour du prochain laissés ici en héritage.

L'abbé se promène-t-il encore

Sous les marronniers du jardin

Où longe-t-il les trottoirs de la rue

Qui accompagne son nom ? Qui sait ?

La solitude... la maladie... la souffrance... l'espoir

Est-ce là le vertige de la condition humaine ?

Ont-ils jamais reconnu en l'abbé

Un apôtre de l'Amour      celui qui guérit..

***

Fuyant la porte de Châtillon vers Malakoff

Les vents d'ouest convient parfois

Les bruines  accourues de Bretagne

Et plus souvent du périphérique    la pollution.

***

C'était il y a bien longtemps

Lorsque Paris était à la campagne

Le chemin des Plantes

Voyait le long de ses berges

Passer des charrettes chargées de foin et de blé.

Aujourd'hui la rue a gardé en souvenir de son passé

La légère courbe bucolique d'un sentier

Qui semble encore bordé d'églantines et de lilas.

Sous les trilles du vent les peupliers frissonnent.

R.R

 

28 novembre 2009

(IV) les Chemins de traverse


Chaque dimanche, sur l'avenue Ernest Reyer, des pigeons énamourés roucoulent.

Au premier coup de vent, ils se dispersent dans un froufrou d'étoffe mêlée.

***

Ah ! que de rosiers, que de lilas

Ont jadis ici et là

Parfumé l'étroite rue de Châtillon

Où l'on croit parfois apercevoir voleter en cet endroit

De légers et imprévisibles papillons

Qui n'ont d'autre ambition  que de fleurir de leurs ailes arc-en-ciel

La nostalgie des jours de pluie

Ou la mélancolie des soirées sans soleil.

***

Flâneur du soir, entendez-vous encore, rue auguste  Caïn

Le long du chemin de fer ceinture,

Le souffle de vieilles locomotives qui, cahin-caha

Tiraient des wagons, chargés d'âmes ou de marchandises.

Nos grands-pères les ont connues

Mais aujourd'hui, en ce nid oublié où la verdure se déploie,

La pluie s'écoule en tombant dru

Sur les traverses de bois nu, qui n'en finissent pas de mourir,

Nous offrant en catimini la petite musique de leur ultime chagrin.

 

R.R



 

23 novembre 2009

Nicolas de Staël, la rue Gauguet...

Si vous êtes flâneur invétéré, alors, allez vous promener du côté de la rue de l'Aude et de la rue des Artistes. Vous découvrirez une rue "oubliée", propice à la rêverie, celle qui conduit là où vous n'avez jamais voulu aller. Vous vous laisserez ainsi porter par le sens de la marche, celle qui offre mille surprises.

ndestael.jpgQue peut-on voir rue Gauguet ? Un peintre ou plutôt l'atelier d'un peintre devenu célèbre, qui à 41 ans en 1955 a préféré quitter ce monde. Il s'agit de Nicolas de Staël.

Simple rue en impasse d'ailleurs. C'est là que Nicolas de Staël a donné toute sa démesure. En effet, l'atelier dont la hauteur de plafond atteignait les 8 mètres, permit au peintre de se "donner" à la peinture, celle-ci sauvage, à la mesure du physique de Nicolas. Délaissant le chevalet, accessoire suranné à ses yeux, il peint à même le sol, faisant exploser littéralement le cadre par trop conventionnel de ses prédécesseurs.

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"Rue gauguet", Nicolas de Sataël, 1949, Museum of Fine Arts de Boston

Mais si la rue Gauguet focalise ainsi l'attention par son aspect un peu démodé d'une rue de province, elle se découvre comme la mémoire revivifiée par le vent invisible de l'Art. Et d'ailleurs, cette rue à travers une toile du peintre, n'a-t-elle pas déjà voyagé en s'expatriant aux Etats-Unis : le Museum of Fine Arts de Boston l'ayant recueillie ?

Mais là, ne s'arrête pas la seule découverte essentielle à notre flânerie. Ce quartier, si proche du parc Montsouris, a vu un autre "initiateur" de Nicolas de Staël : Georges Braque. Celui-ci en a été un des premiers admirateurs et a reconnu de suite la violence, la puissance qui  émanaient des œuvres de Nicolas, le recevant dans sa maison située non loin, face au parc et baptisée rue Georges Braque...

Ainsi, de la rue Gauguet à la rue Georges Braque, un lien secret, une "correspondance" s'établit. C'est un couloir où l'imaginaire du promeneur  peut se nourrir des ombres qui ont fui depuis longtemps, mais qui par la magie de leur écho, sont toujours aussi présentes à notre esprit. Le bruit de nos pas s'inscrit alors dans la longue marche de deux peintres,  qui habitèrent en leur temps notre quartier et dont la renommée est devenue universelle.

R.R

19 novembre 2009

Le jardin Atlantique, sur la gare Montparnasse

Le jardin Atlantique recouvre une surface de trois hectares et demi construits à 18 mètres au dessus des voies ferrées de la gare Montparnasse. Terminé en 1994, conçu par les architectes paysagistes François Brun et Michel Pena, ce jardin est une performance architecturale, en raison des lourdes contraintes qui pesaient sur le projet : création d'un parking de 700 places entre le niveau des voies ferrées et le jardin, nécessité d'une centaine d'ouvertures pour l'éclairage et la ventilation, problèmes de structure, d'ombrage,  etc.

On y pénètre par la Place des Cinq Martyrs du Lycée Buffon (jeunes élèves fusillés par l'occupant en 1943), place ronde conçue par Jean Willerval, pour répondre à la place de Catalogne toute proche, dessinée par l'architecte catalan Ricardo Boffil. On y entre aussi par le square Max Hymans, 25 boulevard du Montparnasse ou par une  entrée au sud de la gare.

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Le jardin est bâti sur plusieurs niveaux autour d'une grande pelouse, épaisse et douce, carrée et d'accès libre. Une sympathique fontaine centrale, où il est agréable l'été de se rafraîchir les pieds, supporte des instruments de mesure de la force et de l'orientation des vents, de la pluviométrie, de la température et de la pression atmosphérique. Cet espace est fermé par les immeubles-barres qui l'isolent des bruits de la ville. Le décor est fait de grands mâts, de ponts promenade, de passerelles, d'espaces de sport et de repos. Il utilise des matériaux nobles comme le bois de Kapur ou le marbre de Macauba. Il est planté de végétaux venant de plusieurs continents, comme le micocoulier de Virginie, celui de Provence étant sûrement trop commun, aux yeux de nos grands jardiniers.

Au fond se trouvent le mémorial du Maréchal Leclerc et le musée Jean Moulin (ouvert tous les jours sauf le lundi, de 10 à 18 heures, entrée 2 à 4 €). Vous y trouverez aussi 4 tennis, bleus comme l'atlantique, ping-pong, et un long solarium en teck.

Alors, s'il fait beau, si votre train ou celui de vos chers petits a du retard, n'hésitez pas, allez vous y installer !

A.C.

22 octobre 2009

(IV) - Les chemins de traverse : Vu du pont

Le parapet du pont, avenue Jean Moulin, est tout entier festonné de mousses et de lichens :  dentelles, que le vent et le soleil on déposé là, au bord du vide, afin que les yeux du passant fixent l'écriture révélant les premiers souffles de la vie.

Ce pont surplombe la voie du chemin de fer de Petite Ceinture. De là, en regardant vers l'est, longeant la rue de Coulmiers, la profonde tranchée en contrebas attire quelques plantes téméraires qui s'accrochent en amateur d'escalade. Ici, la voie ferrée, dans sa plus grande configuration, se présente sous un piteux état. Les traverses de bois malmenées par les assauts de la pluie et du temps, sont devenues peu à peu les vertèbres dénudées d'un animal antédiluvien. Surgit alors, de façon spontanée, l'image d'un squelette, témoin insolite offrant ses blessures en sacrifice, au regard d'un soleil indifférent, qui dans la nudité et l'apparence d'une dépouille abandonnée, reste le seul témoin silencieux du passé.

De l'autre côté du pont, on entend le chant aigu d'un oiseau invisible. Il est là, caché parmi l'effondrement de branches cassées qui pourrissent dans un labyrinthe chaotique d'herbes et d'arbrisseaux enchevêtrés. Instant insolite. L'oiseau partage son empire avec le brouhaha incessant que font les voitures glissant plus haut sur la chaussée. Je me penche par dessus le parapet. J'aperçois la voie. Les rails, se souviennent-ils encore du dernier chuintement d'essieu que des wagons tintinnabulants faisaient ? La rouille a posé d'un doigt protecteur son ultime vernis sur l'acier inerte, figé dans une pose hiératique. Voit-elle, la nuit, s'engouffrer dans la chambre humide du prochain tunnel, le fantôme d'un train sans voyageurs ? Et que dire des ultimes volutes de fumée des locomotives ? Ne déposent-elles pas encore leurs escarbilles sur les quelques fils téléphoniques abandonnés ça et là, dans le fossé tout proche ?

Vers l'ouest, et longeant la rue Auguste Caïn, on voit le long du talus, des arbres foudroyés qui achèvent d'expirer, tandis que le lierre monte à l'assaut des robiniers qui suffoquent dans la crispation d'une mortelle étreinte.

Tiens ! un chat... il attend, il surveille peut-être l'oiseau qui chantait tout à l'heure. Voilà un autre chat. Ils se tiennent à distance. Ensemble, ils jouent le rôle de sentinelle auprès d'une citadelle abandonnée et tiennent sans doute le registre de leurs chasses nocturnes, souris, mulots, oiseaux. Dans leur langage de chats, comparent-ils l'importance de leurs proies à l'aune de leur appétit ?

Vu de ce pont, le chemin de fer de Petite Ceinture est une sorte de cimetière au destin incertain, dont les âmes errantes courraient après le dernier train fantôme, celui qui passe aux stations sans s'arrêter, un train qui poursuivrait son voyage éternel, vers un terminus silencieux et infini, celui du temps...

J'achève ici mon voyage, en prenant garde de ne pas laisser mes bagages sur le quai. Quelque voyageur égaré dans le futur pourrait en disposer et profiter de ma présence invisible pour se souvenir que dans un passé lointain, je suivais la voie d'un chemin de fer devenu aujourd'hui parfaitement imaginaire.

R.R.

21 octobre 2009

(III) Les chemins de traverse : la Tombe Issoire

Toute droite, la rue de la Tombe Issoire a la maigreur sèche des ascètes éblouis. Un corset d'immeubles aux fenêtres étroites étouffe ses velléités d'émancipation juvénile. Souvent, il y fait noir, parfois soleil. Et la nuit, au creux des anfractuosités pierreuses, tous les rêves des étoiles se rencontrent à la recherche d'un nid douillet, propice aux voyages interstellaires.

Au pied d'un mur, fait de pierres sauvages et rudes, on voit une tapisserie de plantes grimpantes et frissonnantes où s'essouffle le vent dans l'air frais du soir. L'on voit aussi des vélos et des autos, jouets abandonnés au hasard du caniveau et attendant leur délivrance. Un jour, un enfant rieur et espiègle leur fera peut-être faire un tour de manège tout autour de la Terre, pour mieux vérifier que la porte de la liberté ne reste pas infranchissable.

Si on lève la tête, on voit dans le ciel des graffitis tracés avec le pinceau blanc des nuages. Ils nous font des signes, des sortes d'entrelacs sculptés, bas-reliefs qui se trouvent déposés sur la tombe fantôme du géant Isoré qui, il y  a longtemps, est passé par là, après avoir succombé à un combat surhumain et inégal. Sur le mur d'une école voisine, son effigie monumentale et disproportionnée défie la pesanteur et l'harmonie du lieu.

Rue de la Tombe Issoire, il y a des chiens qui promènent leurs maîtres, des maîtres qui sont perdus dans les rêves de leur chien,  tandis que  sur la ville, la pluie pleure sa détresse de chien perdu.

Beaucoup plus loin, là où la rue hausse ses épaules, les grands réservoirs de la Vanne retiennent l'eau de Paris, qui fait sa toilette, qui lave ses légumes, qui fait briller ses trottoirs. Ici, l'impur se laisse sombrer au fond de vastes bassins d'eau claire et chantante. Et les grands réservoirs ont l'air de beaux et grands châteaux-fort, qui depuis longtemps défendent du haut de leurs mâchicoulis invisibles, les portes  toujours ouvertes de nos soifs insatiables.

Oui, la rue de la Tombe Issoire est la plus antique, la plus mélancolique que nous a léguée Lutèce. Elle se souvient qu'elle fut bucolique en un temps lointain où ici, le chemin d'Orléans croisait les « Hautes Bornes », sommet à partir duquel le versant orienté en direction de la vallée de la Bièvre, conduisait le regard vers les hauteurs de Ménilmontant, et plus près, vers les îles, au milieu du fleuve qui enfanta notre cité, tandis que la colline de Montmartre nous invitait à visiter le lointain horizon de la Plaine de France.

Chacun de nous est un peu l'héritier de la rue de la Tombe Issoire. Elle retient sur le balcon vieilli de l'Histoire, les pas du flâneur où viennent mourir les vagues hésitantes de notre mémoire soumise aux coulées d'une poussière volatile.

R.R

08 octobre 2009

Cité U - la maison des Etats-Unis

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Cette fondation est construite comme un immeuble, avec ses 275 chambres et son entrée sur le bd Jourdan. L'architecte, Pierre Leprince-Ringuet, à qui l'on doit également la Maison des élèves de l'Ecole Centrale à Paris, les ateliers Michelin à Londres, les musées archéologiques de Beyrouth et plusieurs églises dans le Nord de la France, a mêlé la pierre et la brique afin de briser la monotonie de cette grande bâtisse.

La construction fut décidée en 1925 à l' initiative de Myron T. Herrick, ambassadeur des Etats-Unis à Paris, qui réunit 400 .000 dollars souscrits par M. et Mme Homer Gage des universités américaines, de la Fondation Carnegie, de la Société des Amis de la Légion d'Honneur, du Comité France -Amérique et par des personnalités comme le banquier Morgan.

Elle  fut inaugurée en avril 1930.

A l'intérieur dans le hall, deux fresques aujourd'hui disparues  représentaient Lafayette contemplant l'Amérique nouvelle avec ses tours, et le général Pershing débarquant en France, prononçant les paroles historiques : « Lafayette nous voici  ". D'autres fresques et deux salons d'honneur meublés à l'origine en style Louis XV et Louis XVI donnaient un certain cachet à cette fondation.

S.E.

24 septembre 2009

(II) Les Chemins de traverse

Que penserait Antoine Chantin, le jardinier,

S'il voyait les immeubles bourgeois de sa rue, à l'allure sévère,

S'effacer et laisser place à nouveau, à des jardins de lumière,

Que le soleil fleurirait de roses trémières, de lilas blanc,

Embrassant de légères tonnelles aux visages souriants.

****

Guinguette ou bal musette, rue du Moulin vert ?

On dit qu'autrefois un moulin déployait ses ailes de ce côté-là.

Il était ouvert aux quatre vents, à tous les vents que l'amitié rassemble.

Aujourd'hui, c'est autour d'un verre, que les amis se rencontrent

au restaurant du Moulin Vert.

****

Arthur Rimbaud, le poète, dut s'égarer un jour en ce passage,

où il joua et perdit le « d » de son patronyme...

Beaucoup plus tard, cette lettre perdue fut remplacée

A propos d'un poème aux «  semelles de vent», par un « t », posé là, sans rime ni raison.

****

17 septembre 2009

la rue Gauguet

Si vous êtes flâneur invétéré, alors, allez vous promener du côté de la rue de l'Aude et de la rue des Artistes. Vous découvrirez une rue "oubliée", propice à la rêverie, celle qui conduit là où vous n'avez jamais voulu aller. Vous vous laisserez ainsi porter par le sens de la marche, celle qui offre mille surprises.

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Salvador  Dali et et sa femme Gala s’installent au n° 7 rue Gauguet, dans le 14e, près du réservoir de Montsouris au mois de juillet 1932

Que peut-on voir rue Gauguet ? Un peintre ou plutôt l'atelier d'un peintre devenu célèbre, qui à 41 ans en 1955 a préféré quitter ce monde. Il s'agit de Nicolas de Staël, dont le Centre Pompidou a consacré une magnifique exposition en juin dernier.

Simple rue en impasse d'ailleurs. C'est là que Nicolas de Staël a donné toute sa démesure. En effet, l'atelier dont la hauteur de plafond atteignait les 8 mètres, permit au peintre de se "donner" à la peinture, celle-ci sauvage, à la mesure du physique de Nicolas. Délaissant le chevalet, accessoire suranné à ses yeux, il peint à même le sol, faisant exploser littéralement le cadre par trop conventionnel de ses prédécesseurs.

Mais si la rue Gauguet focalise ainsi l'attention par son aspect un peu démodé d'une rue de province, elle se découvre comme la mémoire revivifiée par le vent invisible de l'Art. Et d'ailleurs, cette rue à travers une toile du peintre, n'a-t-elle pas déjà voyagé en s'expatriant aux Etats-Unis : le Museum of Fine Arts de Boston l'ayant recueillie ?

Mais là, ne s'arrête pas la seule découverte essentielle à notre flânerie. Ce quartier, si proche du parc Montsouris, a vu un autre "initiateur" de Nicolas de Staël : Georges Braque. Celui-ci en a été un des premiers admirateurs et a reconnu de suite la violence, la puissance qui  émanaient des œuvres de Nicolas, le recevant dans sa maison située non loin, face au parc et baptisée rue Georges Braque...

Ainsi, de la rue Gauguet à la rue Georges Braque, un lien secret, une "correspondance" s'établit. C'est un couloir où l'imaginaire du promeneur  peut se nourrir des ombres qui ont fui depuis longtemps, mais qui par la magie de leur écho, sont toujours aussi présentes à notre esprit. Le bruit de nos pas s'inscrit alors dans la longue marche de deux peintres,  qui habitèrent en leur temps notre quartier et dont la renommée est devenue universelle.

R.R

15 septembre 2009

Cité U : maison des étudiants suédois

paris-cite-universitaire-internationale-29-suede.jpgCompacte, rappelant un peu le style des gentilhommières du XVIIIe siècle, cette Maison de la Suède ne compte que 40 chambres. Ne voulant pas dépayser les étudiants, les fondateurs lui ont donné une ambiance familiale et chaleureuse.

C'est à l'amitié franco-suédoise que cette Maison doit d'avoir été construite. Conçue par les architectes Peder Clason et Germain Debré, elle a quatre niveaux avec un toit percé d'oeils-de-bœuf.

Sa façade en brique enduite de ciment, ses fenêtres placées à la mode nordique à encadrements moulurés et aux volets bleus, en font une construction typiquement suédoise.

Au rez-de-chaussée, une petite salle de réunion ouvre sur une terrasse prolongée par le parc, enfin sur la façade, les armes de la Suède.

Cette jolie résidence fut inaugurée en 1931.Tout près, se trouvent les Maisons du Danemark et de la Norvège : une petite enclave scandinave dans la cité universitaire.

S.E

04 septembre 2009

A la Cité U, la Maison des Etudiants de l'Asie du Sud-Est ( ex Maison de l'Indochine)

 

Cette Maison des Etudiants fut inaugurée en 1930 sous le nom de Maison de l'Indochine.

C'est un comité présidé par M.Raphaël Fontaine, industriel au pays d'Annam, qui prit l'initiative de cette construction, répondant ainsi au désir des chefs de famille Annamites qui voulaient que leurs enfants deviennent plus savants et bien armés pour la vie mais qui voulaient en même temps qu'ils gardent les qualités et les traditions de leurs ancêtres et de leur civilisation.

« Cet état d'esprit était conforme aux principes de la colonisation française : gouverner l'Indochine sans en détruire les traditions »

Les fonds nécessaires à cette construction furent réunis grâce aux dons de résidents français, d'autochtones et du gouvernement local. La première pierre fut posée en juillet 1928 en présence de l'Empereur d'Annam, Bao Daï.

Les architectes, Pierre Martin et  Maurice Vieu, ont gardé les racines  indochinoises tout en étant moderne et de style métropolitain.

La bâtisse a 100 chambres sur cinq niveaux, avec un jardin aménagé au centre.

L'extérieur est ceinturé par des bandes horizontales blanches et ocres. Des éléments caractéristiques : large débord des toitures, angles relevés, guirlandes en grès vert, menuiserie rouge, couverture en tuiles rondes vernissées, enfin un superbe dragon, inspiré de celui de la pagode de Huang-Lung, apporte une belle ornementation.

L'intérieur rationnellement aménagé a un décor oriental pour une belle salle de réunion, une bibliothèque due au décorateur C.Richard  et une rampe d'escalier conçue sur le motif de la porte de la cour du The-Mieu au palais impérial de Hué. Une maison où il doit faire bon vivre.

S.E

 

21 août 2009

(I) Les chemins de traverse

 

La ligne droite n'est pas toujours le moyen adéquat pour découvrir un pays ou une ville. Le chemin de traverse est cette échappée qui brise les habitudes, le train-train, la paresse. Il permet de découvrir des horizons inconnus, il délivre les choses de leur état de réserve pour nous révéler leurs ombres secrètes. Il ouvre les portes à l'imaginaire, source d'émerveillement, il favorise la poésie du voyage, il flirte avec l'aventure.

Notre arrondissement avec ses rues, ses avenues et ses impasses peut-il être « traversé » en dehors de toute ligne droite ? Oui, sans doute, à condition que la curiosité nous accompagne, que le goût de l'insolite, la fantaisie du regard, la surprise de l'émotion ou tout simplement le geste gratuit qu'offre la poésie cachée sous le boisseau des apparences, se révèlent.

Les textes courts qui suivent pourront peut-être inciter le lecteur à visiter nos quartiers avec un œil nouveau, une approche originale de notre environnement urbain, et pourquoi pas lui permettre de nous confier ses découvertes sous la forme de textes que lui-même aura écrits, et que nous pourrions éventuellement publier. Alors, bonne promenade, nous attendons votre moisson d'impressions.              R.R

 

Qu'est devenu l'ancien chemin de Chevreuse ?

Ici, plane les ombres et le chant

de Jean Moulin le résistant.

La route est toujours droite pour celui qui accepte le sacrifice.

***

Place Hélène et Victor Basch

le clocher de l'église Saint-Pierre

régule la circulation à la verticale

d'un essaim d'automobilistes énervés.

***

Impasse du Rouet, le long du mur décrépi de l'ancienne auberge

s'ouvre le volet d'une fenêtre aveugle.

Alors, le temps passé s'enfuit

à bord d'un nuage célibataire et nostalgique.

***

Je ne sais si le jardin partagé de la rue de Coulmiers

fleurira le ciel de roses et de lilas,

mais je sais que la salade et la fraise

se portent bien et sont ici à leur aise.

***

19 août 2009

Inconnus et oubliés dont les noms sont inscrits sur nos murs : Henri LIORET ( 1848 -1938)

L'homme auquel nous consacrons cette "microbiographie" mériterait assurément le titre de prince des Oubliés. Et, pourtant, au cours d'une vie de huit décennies (abstraction faite de ses années d'enfance), il déploya une si prodigieuse activité que nous devons nous borner à une énumération chronologique :

Fils d'un horloger de Moret-sur-Loing (où il naquit en 1848, aube des temps modernes), il est élève dès sa 14e année à l'Ecole d'Horlogerie de Besançon et en sortira premier en 1866.

    Il "monte" alors à Paris et, vers la fin du Second Empire, il est à la tête d'un très important atelier d'horlogerie rue de Turbigo, où il emploie de nombreux ouvriers spécialistes.

      Après 1875, il installe dans notre Arrondissement une véritable petite usine en un bâtiment épargné par l'incendie (1868) de l'imprimerie de l'Abbé Migne, au N° 18 de la rue Thibaud.

        L'année 1893, il est chargé par le gouvernement de construire une pendule indiquant heures, jours, mois et saisons, qui sera offerte au Tsar Alexandre III en visite à Paris.

          La même année, il rend parlante la célèbre poupée "Jumeau" (du nom même du fabricant de ce jouet). Enregistrement sur cylindre, puis disque à gravure latérale.

            En 1894, Lioret sort le Lioretgraph : premier phonographe produit en France.

            photoEUREKAressort.jpg

              Les années de la fin du XIXe siècle et les premières du suivant, il travaille avec les Gaumont, Pathé, Laudet, Maret, Marage, Rousselot et Maréchal à des appareils pour toutes sortes d'enregistrements.

                Mentionnons encore en 1896 une des plus géniales inventions de ce pionnier hors pair : grâce au procédé de la galvanoplastie, il permet l'enregistrement à l'infini de la parole en continu au lieu de la production disque par disque. On a pu dire que Lioret avait été le précurseur du microsillon...

                  A l'Exposition universelle de 1900 (Paris), Lioret présente des disques d'enregistrement de la voix extrêmement perfectionnés par rapport aux cylindres primitifs. Toutes les vedettes du spectacle viendront chez Lioret pour y déposer leurs "archives vocales".

                    Après ce grand succès sur le plan international, Lioret transfère son établissement de la rue Thibaud au N° 270 du boulevard Raspail, toujours dans notre 14e arrondissement.

                      En 1911, associé avec Ducretet, il concentre ses recherches sur la réalisation du film parlant.

                        Pendant la Grande Guerre, il met au point des appareils permettant de repérer la position des canons ennemis ; puis, d'autres, celle des sous-marins...

                          Honnêtement cité dans le Grand Larousse encyclopédique, Henri Lioret est absent des autres ouvrages publiés en France avec même vocation. Mais il est salué de la mention bien justifiée : "Promoteur de l'industrie phonographique française" dans le "Dictionnaire universel des noms propres" des Editions "Le Robert".

                          R.L.C.

                          18 août 2009

                          la Cité U et la maison de l'Italie

                          maison-l-italie-305159.jpg

                          Tardivement construite du fait de la guerre, la maison de l'Italie fut inaugurée en janvier 1958. Sa belle architecture, fidèle aux années 30, est signée Portaluppi et Klein.

                          Typiques de l'Italie, les arcades du rez-de-chaussée, le fronton qui couronne le corps d'entrée, le porche à pilastres rappellent le style de ce merveilleux pays. Quelques fragments de ruines antiques placés dans le jardin, des pierres sculptées par Mario Nieddu ajoutent à l'ambiance romaine.

                          C'est à un "comité pour la maison italienne de l'étudiant à Paris" que revient l'initiative de cette construction. Le professeur Quaroni, fondateur de ce comité, réunit en 1953 les fonds en grande partie offerts par le Rotary italien.

                          Cette maison comporte 70 chambres et a été restaurée en 1981. C'est un peu de l'Italie dans le parc de la Cité.

                          S.E.

                          16 août 2009

                          Charles Louis du Couedic de Kergoualec ( 1739 - 1780)

                          Inconnus et oubliés

                          Dont les noms sont inscrits sur nos murs

                          kergport.jpgLe nom de cet héroïque marin (qui donna une ultime victoire navale à notre pays, dans les dernières années de l'Ancien Régime), pose plusieurs problèmes d' onomastique, car on y discerne la présence de diverses racines dont la "cohabitation" n'est pas évidente. Ce qui est certain, c'est que le mot "du", qui précède le patronyme "Couédic", n'est pas l'article français contracté ("de le"), mais bien l'adjectif breton qui signifie "noir" ; tandis-que, dans "Couédic", on trouve la racine du mot "ed", c'est-à-dire "blé"...

                          L'administration municipale, auteur de la "Nomenclature officielle des Voies publiques et privées" de Paris a, de toute façon, tranché le problème à sa façon, en dénommant "rue du Couédic" (tout court) notre rue du 14ème, en 1864... Mais, dans le texte de l'articulet intitulé pompeusement "historique", soit deux lignes, elle a tenu à développer les titre, nom et qualité de notre vaillant Breton : "Vicomte Charles Louis du Couédic de Kergoualec". Toutefois, le Grand Larousse encyclopédique ne le titre que chevalier, et orthographie avec un R final (et non un C) son petit domaine patrimonial...

                          Né en 1740, notre chevalier du Couédic était lieutenant de vaisseau en 1779, après vingt cinq années de mer, mais commandait une frégate, "la Surveillante". Par un beau matin d'automne - le 7 octobre - en pleine Manche, il vit une frégate anglaise, mettre le cap sur lui. Les deux vaisseaux étaient d'égale puissance de feu, et, s'observant depuis des mois, s'apprêtaient à engager le combat à la première occasion. Le vaisseau anglais était "le Québec", sous les ordres du commandant Farmer, excellent officier, expérimenté comme du Couédic. Deux cent soixante-dix hommes armaient chacun des deux vaisseaux.

                          surv1.jpgLe combat des deux navires (tableau de George Carter) dura tout le jour. Un boulet français bien placé finit par faire sauter la soute à munitions du "Québec" et couler ce vaisseau.

                          Du Couédic, atteint de multiples blessures, parvint à ramener sa "Surveillante" à Brest : ce n'était plus qu'une quasi-épave, maisl'étendard de la France y pendait encore sur un mat de fortune...
                          Louis XVI fit du Couédic Capitaine de vaisseau, mais ce grand marin ne survécut que quelques mois à sa victoire (printemps 1780).

                          R.- L. C

                          14 août 2009

                          Histoire de l'avenue jean Moulin

                          Indiquée en 1730 sur le Plan Roussel, sous le nom de « Grand chemin de Chevreuse », cette voie a ensuite porté celui d’Avenue de Châtillon, avant de recevoir celui du fondateur du Conseil National de la Résistance, Jean Moulin (1899-1943). Elle part de la place Victor Basch, aboutit Boulevard Brune et mesure 670 mètres (vous pouvez vérifier !)

                          Coïncidence tout à fait fortuite mais bien venue, il se trouve que ce quartier ne possédait pas moins de 60 moulins depuis le13ème siècle : le grain venait des plaines du sud de l’Ile de France : Brie et Beauce. Parmi les plus célèbres : Les moulins de Sans souci, Du Fort-Vestu, du Moque souris, de la Marjolaine, du Bel Air, de l’Alouette, des Lapins, et bien sûr, notre Moulin Vert sis à l’emplacement actuel du restaurant du même nom. Le seul rescapé siège toujours dans le cimetière de Montparnasse et se nomme « le Mouliniste » Il est surprenant de découvrir que ces moulins faisaient en plus office d’auberges ou de cabarets.

                          D’après ‘’Vie et Histoire du 14ème’’de L.R.C.

                          10 août 2009

                          De la Croix des Sages au puits salé

                           

                          Un lieu-dit, c'est, exprimé par un mot ou plus généralement un groupe de mots, un souvenir qui se perpétue, un parfum du passé qui persiste, la survivance poétique de décors ou d'êtres disparus. C'est un peu une main tendue par les générations mortes aux générations vives, une formule à la fois évocatoire et invocatoire

                          Dans l'essai d'inventaire de ce qui subsiste de notre patrimoine en appellation de lieux-dits dans le 14ème, nous avons commencé par un sujet demeuré populaire : les moulins.

                          Nous restons dans le voisinage des moulins pour examiner, du haut du clocher de Saint Pierre de Montrouge, un véritable nid de lieux-dits : nous sommes ici à celui des "Quatre Chemins", appellation qui désignait le carrefour de la route d'Orléans avec ses deux bras Nord et Sud ; de la Chaussée du Maine, ouverte par le duc du Maine, fils naturel de Louis XIV, pour se rendre à son château de Sceaux , et de la route de Chartres, dite aussi de Chevreuse. C'est la grande rocade de la rue d'Alésia qui est venue, sous le Second Empire, ajouter ses deux bras Est et Ouest au carrefour initial.

                          Mais un nom beaucoup plus ancien avait été celui du lieu-dit la "Croix des Sages". Celle-ci était implantée, pense-t-on, là où se trouve le parvis de notre église Saint Pierre du Petit-Montrouge, et il y a probabilité qu'il s'agissait de celle qui fut rompue là en Nivôse An II.

                          Deux puits, de dates très anciennes, se trouvaient non loin de là, et leurs noms restèrent longtemps attachés au lieu de leur situation après leur suppression : c'étaient le "Puits rouge" et le "Puits salé". Le nom du premier était à l'origine celui d'un estaminet de rouliers ; il était situé à la jonction de l'avenue du Général Leclerc et de l'avenue Jean Moulin *. Son nom fut repris par divers commerces avant de disparaître, après avoir été mentionné au cadastre. La couleur rouge était certainement une allusion à la terre du sol montrougien, comme le démontrent tous les travaux entrepris sous nos trottoirs. Quant au "Puits salé", il se trouvait de l'autre côté de l'avenue du Général Leclerc, immédiatement après l'église Saint Pierre. Il était situé au fond d'une courte impasse dite : "Rue du puits salé", donnant accès au magasin de fers d'une grande quincaillerie. Comblé dans ses profondeurs, il devait, dit-on, son nom au salpêtre revêtant ses parois.

                          R.-L. C

                           

                           

                          09 août 2009

                          D'un moulin à l'autre - Défense et illustration de nos anciens lieux-dits

                          Une promenade conduite par l'imaginaire nous fera découvrir un sujet demeuré populaire, celui des moulins qui longtemps ont été présents dans le 14ème

                          Il faut savoir que le nombre de ceux-ci, sur notre territoire, atteignit au cours des siècles, une bonne soixantaine. Une trentaine, plus ou moins exploités, subsistaient encore vers le premier tiers du 19ème siècle. Les minoteries, véritables usines à farine, les supplantèrent dans l'irrésistible mouvement de mécanisation qui caractérisa cette époque. Sur tant de moulins, seuls deux ou trois ne furent pas démolis : le moulin d'Amour (actuelle rue Ernest Cresson) qui devint un atelier de photographie (1) et le fameux moulin de la Charité, dit aussi "Moulin moliniste" (celui-ci très bien restauré il y a quelques années) dans le cimetière Montparnasse.

                          Nos voies, au hasard des décisions administratives, ont contribué à la préservation des appellations de plusieurs des lieux-dits correspondant à des moulins. Curieusement, une rue a disparu avec son moulin, celle dite du "Moulin de Beurre" ; tandis qu'une autre rue dite du "Moulin des Lapins" (2), était créée de toutes pièces dans l'aménagement de la ZAC Didot (1996), à hauteur du numéro 138 de la rue du Château.

                          Il est  regrettable que le beau nom de la rue du Moulin de Beurre, attestant de la qualité de la farine produite là jadis, n'ait pas été repris pour un ensemble immobilier nouveau du voisinage. A Plaisance, en revanche, la rue du Moulin de la Vierge, qui subsiste heureusement, a donné son nom (de même qu'une boulangerie) à un groupe de bâtiments modernes. La pérennité du lieu-dit semble ainsi être assurée.

                          Dans le quartier du Petit-Montrouge, la rue du Moulin-Vert pose problème. Cette voie de près de 700 mètres, qui relie très bizarrement l'avenue du Maine à la rue de Gergovie, mémorise certes un ancien moulin devenu une guinguette, mais il n'est pas démontré, à notre humble avis, que celui-ci se trouvait sur le généreux tracé que lui accorda Haussmann en 1863. En outre, elle est fréquemment confondue avec le célèbre cabaret des Romantiques de la Mère Saguet (qu'on peut vraisemblablement situer vers notre actuelle rue du Texel). Quoi qu'il en soit, des restaurateurs ont repris à diverses époques la dénomination du Moulin Vert sur leur enseigne, sous le patronage officiel de la rue par la Ville, et nul ne la  leur a contestée. Le Moulin de la Marjolaine - au joli nom - disparu de longue date, a néanmoins survécu jusqu'à nos jours dans l'enseigne d'une boulangerie, à la pointe constituée par la jonction des rues de la Tombe-Issoire et du Père Corentin.

                          Bien peu de passants se doutent que le passage de la Tour de Vanves, entre l'avenue du Maine et la rue Asseline, perpétue le souvenir du corps d'un moulin ayant depuis si longtemps perdu ses ailes, que son nom même était sorti de la mémoire collective : autre lieu-dit qui perdure comme un fantôme, grâce à la plaque bleue de l'une des plus modestes voies du 14ème (120 mètres de long, 3,80 mètres de large).

                          Il y a lieu de remarquer que l'industrie moderne, et notamment les minoteries mentionnées plus haut, bien que remontant à plus de 150 ans,  n'ont pas suscité l'apparition de noms de lieux-dits. C'est le cas, dans notre 14ème, des Grands Moulins de Montrouge, disparus dans l'entre-deux-guerres, dont la raison sociale, susmentionnée, ne permet qu'aux plus âgés de nos concitoyens, de se remémorer l'emplacement.

                          R.L.C.

                           

                          06 août 2009

                          le Moyen Age s'installe rue Friant

                           

                          La surprise est offerte à tout promeneur qui remonte la rue Friant vers la porte de Montrouge, lorsqu'il découvre « l'Echoppe médiévale », boutique modeste sans doute, mais qui recèle en son sein moult trésors insolites qui se rapportent tous à l'époque moyenâgeuse, dont nous avons tous perdu les traces visuelles.

                          Ici, nous faisons un bond en arrière de mille ans ! Dès l'entrée, nous sommes accueillis par une armure... une vraie ! et le local exigu regorge de blasons, d'étains, de tapisseries, de vêtements et de bijoux qui fascinent l'œil autant que l'esprit. La première surprise passée, vous êtes tenter d'échanger sur le champ vos habits contemporains pour ceux que portaient les preux chevaliers, les manants et les dames aux atours festonnés. Vous voilà, sans vous en rendre compte, portant déjà un heaume rutilant...Vous ne vous êtes aperçus de rien et cependant, vous avez changé de millénaire. Vous êtes dans une autre époque.

                          « L'échoppe médiévale » est au 10 de la rue Friant. Son téléphone (lui, est résolument contemporain) est : 01 45 49 12 71. ainsi que le site Internet : www.echoppemedievale.com

                          R.R

                           

                          13 juillet 2009

                          Lilliput et le jardin d'Eden

                          A contempler de près ces carrés de légumes, de fleurs, de plantes si diverses, l'œil se trouve saturé, inondé par un patchwork de couleurs, de formes et de volumes mêlés, où l'abondance profusede la flore le dispute au hasard heureux.

                          On se plait alors à rêver d'une terre qui pourrait devenir toute entière un jardin. Terre d'une éternelle et grandiose composition florale, où l'homme eut déposé sa signature d'artiste. Eden mythique ? Peut-être, mais déjà embryon d'un paradis aujourd'hui lilliputien au travers d'un jardin partagé, mais demain qui sait ?

                          Il est là ce petit paradis, près de chez vous, le long du chemin de fer de ceinture, rue de Coulmiers dans le 14ème arrondissement de Paris.

                          Derrière le grillage protecteur, fraisiers, salades, tomates, fines herbes, tournesols et même pampres de vigne se sont donnés rendez-vous pour évoquer en toute simplicité la Nature. O bien sûr, une nature maîtrisée, bien tempérée, lilliputienne, car nous ne sommes ni à Villandry, ni dans les bosquets de Versailles, encore moins dans le domaine de Beauregard, mais... l'esprit est là qui a conduit les doigts de quelques jardiniers inspirés et leur ont donné l'imagination nécessaire, assistée par une persévérance bienveillante pour offrir au flâneur des rues, le loisir de l'évasion gratuite, fortifiante, bien éloignée des émanations sournoises provenant de quelques moteurs diesel remontant l'avenue Jean Moulin.

                          Une lente méditation s'installe. Je contemple ce petit rectangle de nature que Paris sait parfois garder en cachette. La grande ville l'offre en catimini au regard bienveillant du passant rêveur, celui qui sait encore garder au fond de lui cette petite flamme tremblante, mais toujours libre et fidèle, qui fait que la plus minuscule touffe d'herbe, le plus discret des jardinets ont plus de sens et procurent plus d'apaisement que l'agitation redondante, le tintamarre éphémère, les vacuités médiatiques produits par le monde déjanté de nos contemporains.

                          Oui, une touffe d'herbe, posée là, le long du grillage d'un jardinet, me regarde, je lui souris...  nous nous comprenons ! Lilliput serait-il le prémonitoire et dévoué jardinier d'un éternel paradis à venir ? Seul le Temps sera peut-être le chef d'orchestre  inconnu pour diriger une nouvelle "Pastorale" encore non écrite...

                          R. R.

                           

                          12 juin 2009

                          Promenades et concerts

                          Samedi 13 juin, 10h30 La Maison du Fontainier. Parcours conférence de l’eau de Paris à travers le quartier Montsouris. Inscriptions : 01 42 24 54 02 - couriel: pavillondeleau@eaudeparis.fr. 5 € / 3 € / gratuit pour les moins de 12 ans.

                          Concerts Samedi 13 juin, 16h et dimanche 14 juin, 15h et 17h
                          Autour de Michel Lysight, compositeur en résidence. Concert des élèves samedi et des professeurs dimanche. Entrée libre. Conservatoire Darius Milhaud, 26 rue Mouton Duvernet. M° Mouton Duvernet

                          Dimanche 14 juin, 15h : Promenade découverte de la Place d'Alésia à la Porte d'Orléans, organisée par le Conseil de quartier Jean Moulin Porte d'Orléans. Rendez-vous sur la place Hélène et Victor Basch, devant la BNP. Gratuit.

                          10 juin 2009

                          Pleure pas grosse bête, tu vas chez Noblet !

                          pleure pas grosse bete.jpgUn charcutier - traiteur bien connu, une enseigne un peu provocatrice, mais non dénuée d’humour représentant un cochon allant au sacrifice, des décennies de présence au croisement de la rue d’Alésia et de la Place Victor Basch, voilà pour le décor. Aujourd’hui, tout est fini. Noblet n’est plus. Sur le billot de la rentabilité et du changement des modes de consommation, on verra s’installer bientôt, paraît-il, une «  sandwicherie » ! Quel vilain mot pour définir les nouvelles normes d’une « certaine gastronomie », en faisant oublier toutes les nuances du goût, et même du bon goût… Les rillettes de porc sont bien mortes ! Quant au pâté de canard, le volatile qui consentait à lui prêter sa chair, a sans doute pris la poudre d’escampette pour aller s’installer ailleurs, sur les berges du lac du Parc Montsouris, par exemple !

                           

                          angle avenue dorleans et rue dalesia 1b.jpg

                          C’est ainsi. Les lieux de nos quartiers changent comme les humains. Qui se souvient encore qu’il y avait un café, juste en face de chez Noblet : le café Biard, remplacé par une banque, que l’impasse du Rouet était flanqué à son entrée d’une petite auberge : l’auberge du Rouet, appellation bien bucolique, et qu’en face de cette auberge, une petite charcuterie était tenue par M et Mme Lapouyade ? Quant à l’agence B.N.P. située sur la place, à l’angle de l’avenue Jean Moulin et de l‘avenue du général Leclerc, elle a fait suite à une succursale  du C.N.E.P. ( Comptoir National d’Escompte de Paris), elle-même implantée dans les locaux vétustes d’une ancienne auberge et relais de poste : « le Puits Rouge ».

                          Je pourrais poursuivre ce pèlerinage, mais à quoi bon ? « Le cœur des villes se transforme plus vite que le cœur des hommes », disait un certain poète… Et en attendant la réouverture de Noblet, je vous invite à déguster un jambon persillé ou une savoureuse tranche de pâté de campagne. Bon appétit !

                          R.R.

                          14 mai 2009

                          Promenades de la découverte de la nature à Paris

                          Promenade de ruche en ruche : samedi 16 mai à 14h30
                          Simon-Pierre Delorme, apiculteur parisien, bourdonnera d’anecdotes en conduisant cette promenade de ruche en ruche de Port-Royal à Montsouris ;
                          Sur inscription au 01 71 28 50 56 du lundi au vendredi.

                          Atelier céréales équitables à la Maison des 5 sens samedi 16 mai et dimanche 17 mai de 10h30à 18h
                          Venez goûter de drôles de graines : quinoa, riz violet… Bonnes pour notre santé, ces céréales sont issues du commerce équitable.
                          Gratuit, inscriptions sur place pour l’atelier. Pour tous à partir de 5 ans. Maison des 5 sens, square Héloïse-et-Abélard, 22 rue Pierre Gourdault. 75013 Métro Chevaleret ou Bibliothèque François Mitterrand. Bus 27-62

                          Les arbres du quartier Montparnasse : vendredi 29 mai à 14h30
                          Promenade à la découverte de nombreuses essences dont certaines sont peu courantes à Paris en arbres d’alignement. Rendez-vous au métro Raspail.